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Adrien de saint-Alban

Je me souviens qu'en sortant du lycée, je passais presque toujours par la librairie du père Giard. Il avait l'oeil aux aguets, le père Giard. Dès qu'il me voyait arriver, il redoublait de vigilance: il savait que j'étais un voleur de livres.
Je faisais pivoter le tourniquet. Les Garnier Flammarion brillaient de mille feux. Ils étaient là, comme une proie facile. Il y en avait pour tous les prix. Je les ouvrais, les feuilletais, les rangeais en oubliant parfois d'en rendre un à César. A l'affût, toujours en embuscade, le père Giard se méfiait. Il savait la réputation de prédateur dont j'affichais fièrement les traits. Le regard en coin, l'oeil sévère. Il me surveillait. Cependant, j'arrivais toujours à sortir de la librairie avec un livre sous le bras ou sous le manteau, sans payer.

Je me souviendrai toujours du père Giard. Il était petit et trappu.

A la mairie, il s'occupait de la culture avec cette passion débordante de ceux qui sont habités par une foi que nul ne peut ébranler, excepté la mort.

Quelques années plus tard, j'ai appris qu'il avait cassé sa pipe, il avait succombé à une crise cardiaque.

Le père Giard était un brave homme et un fougueux.

Les passionnés meurent souvent d'une crise cardiaque.

Un homme ordinaire meurt dans son lit.

Les génies meurent sur scène. Le père Giard était un génie. A sa façon.

Adrien de saint -Alban

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Adrien de saint-Alban


Rikers Island, version moderne de la roche Tarpéienne?

Depuis que le directeur du Fonds monétaire international (ce Monopoly où seul est admis le beau linge), Fernand Langlois, est brièvement passé par la case prison, Rikers Island est devenue la geôle la plus connue du monde, et plus encore l’incarnation de la chute des puissants. Pour des générations passées sur les bancs des lycées, la célèbre phrase « la roche Tarpéienne est proche du Capitole » venait aussitôt à l’esprit quand un gros bonnet « dévissait » après avoir gravi les échelons menant aux plus hautes fonctions. Il s’agissait de montrer la fragilité des positions acquises. De ladite roche, à Rome, étaient précipités les condamnés pour haute trahison : elle se trouvait à deux pas de la colline du Capitole, lieu emblématique du pouvoir où aboutissaient les triomphes.
Bientôt dira-t-on peut-être, dans des circonstances analogues de descente aux enfers, tant elles ont frappé les esprits : « Passer par la case Rikers Island », sans plus penser à la roche Tarpéienne. Encore un pan de la culture humaniste qui s’en ira aux oubliettes de l’histoire !
Fernand Langlois. Voilà un nom qui ne paie pas de mine.Un beauf, un client fidèle au bar pmu du coin, diront certains. Pourtant, Fernand Langlois fut un homme puissant. Très puissant. Une puissance qui lui a donné le vertige pour finalement le faire sombrer dans le coté obscur.
Fernand Langlois était patron du FMI,organisme international dont l'argent est l'arme absolue pour assurer sa domination sur les pays pauvre de la planète.Oui, Fernand Langlois se croyait au dessus des lois qui régissent le monde. Mais ce qu'il ignorait , c'est qu'il était bien en dessous de celles qui régissent l'ordre des choses. Cet ordre des choses dont il voulait se rendre maître l'a terrassé comme un ouragan arrachant à ses racines un chêne déchu.
Du statut de directeur du FMI, il est passé à celui de violeur impénitent. Ainsi, Fernand Langlois est devenu en l'espace d'un jet de semence la proie des médias américains qui ne laissent aucun répit à ceux qui tirent profit d'un pouvoir conféré par les hommes et non par Dieu.



Du fantasme tarifé au "Perp walk"

En passant entre le cordon de policiers, menotté, filmé devant la terre entière, Fernand Langlois se traînait d'un pas lourd et las. Il avait ce visage éteint, mal rasé. Il était fatigué, épuisé, abattu, fini. Le monde entier se délectait de voir l'humiliant défilé, appelé "perp walk" en anglais américain, du suspect menotté dans le dos face à l'objectif des caméras de la planète.
Il n'entendait point les insultes qui fusaient en direction de sa personne, ni les boulets de salive glaireuse des badauds en colère qui tapissaient son costume sombre et dépareillé. Il restait de marbre devant cette foule qui en voulait aux puissants leur arrogance, à ces hommes d'argent responsables de leur misère, à cette caste bourgeoise d'un genre différent dont le but est la prédation généralisée et dont les guerres par procuration est le moyen le plus sûr d'arriver à leur fin. Partout de par le monde, ils affament, ils tuent, exterminent des peuples pour assouvir leur besoin de fortune, leur inextinguible soif d'argent. Le terrain de chasse pour les plus pervers d'entre eux est la planète entière, un défouloir sexuel qu'ils peuvent parcourir quand ils veulent sans la moindre vergogne. La matière première est inépuisable. Leurs extravagances sexuelles n'est que l'aspect visible de leur pouvoir dont la vocation et de mener le monde à la carotte par la promesse de lendemains qui chantent. Des lendemains chantés tous les ans à Davos, lieu de pélerinage de la secte des puissants. La planète est pour eux un vaste lupanar où les filles de joie sont les hôtesses de l'air et les négresses de luxe, un immense bordel où leurs pulsions peuvent s'exprimer librement, sans contrainte, tels des olympiens sur leurs nuages. Une cour de récréation planétaire où les grands ont le droit de vie et de mort sur les petits et les sans grade.
Toutefois, il arrive qu'un grain de sable vienne troubler cette mécanique infernale pour bon nombre de femmes. Dès lors, cette machine bien huilée, qui tourne en roue libre depuis que l'argent est l'auxiliaire caché du sexe et du pouvoir, se grippe, devient comme folle et irrationnelle sans savoir quels ressorts, quelles trahisons viennent détraquer cette perfection en mettant un coup d'arrêt à une carrière fulgurante de l'un de ses membres comme celle de notre héros qui a dégringolé aussi vite qu'il monte ses "juments" ancillaires. Le plus souvent ils se font piéger par la mafia de ce "système" dès lors que celui-ci pressent un vent contraire à ses intérêts.
C'est alors que les médias prennent le relais et, du statut prestigieux de directeur du FMI, il devient ce qui est convenu d'appeler un "violeur".
C'est ce qui arriva à Fernand Langlois.
Les médias américains ne font pas de cadeaux aux violeurs et aux parjures. A New-York, le sexe et la politique font les choux gras de la presse à sensation. Le jugement médiatique passe avant celui de la justice. Le lynchage est la règle. Seul un miracle peut renverser cette machine infernale, une machine puissante qui peut broyer un innocent comme innocenter un coupable.
Les médias new-yorkais se sont jetés sur Fernand Langlois comme sur une proie facile. Bien que riche et puissant, il ne pouvait lutter contre un procureur dont la vocation et la carrière sont de protéger la veuve et l'orphelin. Il en avait fait un principe. Le procureur Vance s'était emparé de l'affaire Langlois comme d'une affaire personnelle. Il était bien décidé à jeter au cachot un homme dont la faiblesse était les femmes, surtout les jolies femmes. Le procureur Vance tenait là une occasion de se racheter de ses erreurs passées, une occasion rêvée qui ne se représenterait peut-être jamais. Une carrière politique s'offrait à lui, elle lui tendait les bras, elle se dessinait alors dans son esprit.
Un destin national s'ouvrait à ses ambitions tel un "hollywood boulevard" à lui seul.
Quand Fernand Langlois pénétra dans l'enceinte du tribunal, il se laissa tomber sur le banc des accusés, comme une bête déjà morte, il s'abandonna au destin, las et humilié pour ne penser qu'à ce qui lui arrivait.
En attendant, juché sur son piedestal, le président du tribunal de Manhattan, attendait les réquisitoires de la partie civile, un réquisitoire à charge contre notre banquier français.
Qu'avait il en tête, Fernand Langlois? A quoi songeait-il?
Sans doute à la vénus hottentote. Cette femme noire qui l'avait trahi. Cette femme par qui le scandale est arrivé. Assurément, elle était trop gourmande. Elle demandait davantage d'argent de jours en jours, au grès de ses fantasmes de plus en plus loufoques. Fantasmes et lubies sexuels, tels sont les ressorts quotidiens de Fernand Langlois, l'homme puissant déchu de son statut parce qu'il n'a pas voulu payer les services rendus à la hauteur de ce que la vénus hottentote espérait. L'addiction à laquelle il s'était enchaîné lui coutait de plus en plus cher. Pourtant, un contrat est un contrat, même pour une negresse.
La foule, amassée dans la cour du tribunal, crachait son fiel, éructait sa haine, expectorait son venin:
"Ordure!", "fumier!" , "socialiste!", c'était les mots qu'il pouvait entendre par l'entrebaillement de la fenêtre, ces mots que cette foule dans un délire haineux lui lançait comme on lapide une femme adultère. Mais, Fernand Langlois demeura imperturbable.
Le coup de massue sur la tête qu'il venait de recevoir l'avait plongé dans un état second. Totalement incrédule devant ce qu'il lui arrivait. Il voulait se pincer comme pour se persuader qu'il était en plein cauchemar, qu'il allait se réveiller, que tout rentrerait dans l'ordre, qu'il serait toujours ce qu'il était, le grand argentier dont le métier est de brasser des dollards et dont la passion est d'embrasser les jolies femmes.
Toute la bourgeoisie new-yorkaise était là. On ne badine pas avec le sexe non consenti à New-York. Ils étaient tous là, venus voir "le violeur de negresses". Ainsi, Fernand Langlois, allait être jugé comme un violeur, un vulgaire violeur. C'en était fini de sa carrière fulgurante de socialiste, héritier spirituel de Jean Jaurès. Désormais, sa renommée internationale, son envergure sociale et intellectuelle allait être enterrées aux cotés des pointeurs à la petite semaine et des voleurs à la tire.
Fernand Langlois voulait se convaincre. Pendant que le président du tribunal égrènait les chefs d'accusation qu'il lui balançait en pleine face, il se remémorait la scène.
Cependant, Il ne voulait y croire. Allait il nous faire un malaise vagal ?
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Adrien de saint-Alban

George Duroy se demandait s'il était correctement habillé lorsqu'il posa la main sur la poignée de porte. Il se toisa, se jugea apte à l’examen en remettant son col de chemise bien droit. L’appréhension qu’il pouvait décevoir l’angoissait. Son apparence était comme une garantie de crédibilité, de respectabilité. Aussi, lui servait elle de bouclier face au jugement qu’une femme pouvait avoir sur sa personnalité physique. Et donc le moindre détail vestimentaire comptait. Il était toutefois rassuré car il allait séduire par son vocabulaire assez riche et détonant. Il se regarda dans le reflet de la porte pour s’assurer qu’il s’ était correctement apprêté. Il allait pénétrer dans un monde qui n’était pas le sien. Un monde qui n’était plus le sien, celui de l’usine, le monde des hommes et des machines, le monde du bruit et des cadences infernales. Il entrait dans “l’autre monde”. Un monde où il ne serait plus le maître mais un intrus. Le royaume de la toute puissance de la femme où l’homme, l’ouvrier “sale” qu’il était, n’a pas sa place. Un monde propre et feutré où il faut savoir parler, mesurer son langage. Un monde qui décide de la vie et de la mort sociale du salarié. Un monde qui peut se muer en un tribunal implacable et sans merci dès lors que l’ouvrier ne sera plus en mesure de remplir sa tâche de productif. Tel un animal malade ou blessé devenu improductif, il se verra alors signifier la fin de son parcours vers la “déchetterie”, abattoir pour animal humain appelé par euphémisme pôle emploi, où le salarié devenu inutile ira végéter dans l’antichambre de la mort sociale attendant la mort physique.
Les “ressources humaines”. Un concept qui nous vient des ricains. Un doux euphémisme subtilement paradoxal qui vide la personne humaine de sa dignité et de sa substance philosophique pour ne garder que l’aspect purement productif. La recherche de rentabilité exige de la “ressource humaine” corvéable et échangeable à souhait. Un matériel humain “flexible”. De la chair à canon en temps de guerre, de la chair à patron en temps de paix. De la chair “renouvelable”. La mode est au jetable et au renouvelable. Le patron n’ a qu’à se servir. Ressources naturelles, on creuse et on a du pétrole, sans se soucier à qui appartient ce pétrole. Les “ressources humaines”. Depuis que l’éboueur est devenu “ripeur”, la femme de ménage une “technicienne de surface”, le service du personnel le bureau des “ressources humaines”, le salarié n’a jamais été autant méprisé, humilié, bafoué. On le flatte par une carotte sémantique, une carotte qu’en fin de compte on lui fourre dans le cul une fois le dos tourné. La vaseline étant fournie par les syndicats. Le salarié comme ressource humaine on le presse comme un citron. Une ressource renouvelable et inépuisable. Une fois pressé et qu’il a donné tout son jus, on le jette et on en prend un autre. Comme un puits de pétrole sitôt épuisé, on en creuse un autre et ainsi de suite. On le jette à pôle emploi dès qu'on ne veut plus de lui. Si c’est une vieille peau on le met à la retraite, on lui fait comprendre par des moyens divers et variés qu’il n’est plus bon à rien, désormais mauvais à tout.
Voilà ce que signifie le concept ”ressources humaines”.

George Duroy courba l’échine et entra.

Lorsque Wonderwoman aperçut George Duroy sur le pas de porte, elle s’avança vers lui la main tendue pour le saluer, le sourire aux lèvres, un sourire convenu. Il ne se faisait pas d’illusion sur cette femme. Une femme puissante, le gendarme de la boîte, un gendarme dressé à l’affût de tout absentéisme injustifié. Petite de taille mais grande dans l’échiquier du pouvoir, un pouvoir exclusivement aux mains des femmes. Un pouvoir dont les hommes ont été exclus. Un féminisme instauré comme une chape. Un féminisme imposé. Un féminisme idéologique. Un féminisme exclusif, étriqué pondu par un esprit non moins étriqué. L’ennemi du féminisme est la femme elle même. Derrière sa silhouette avenante se cache une femme sans merci pour le type qui oublie que tous les jours il doit franchir les tourniquets de sécurité avec pour mission servir l’entreprise. Il a signé pour en chier. Et il en chiera tant que Wonderwoman n’aura pas sonné le gong de la retraite, à moins que l’esclave n’ait rendu l’âme avant l’échéance programmée. Les cancers, les suicides ou risques psychosociaux pour utiliser un euphémisme à la mode liés aux cadences, les troubles musculosquelettiques, les AVC, les malaises cardiaques, les rachialgies, autant de pathologies qui guettent l’ouvrier esclave moderne dont toutes les wonderwomen macronnisées du monde se foutent comme de leur première culotte.

Adrien de saint- Alban
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J'ai un mal fou à accepter l'absence. A vrai dire, elle m'avait habitué à sa plume et à sa présence. Oui, elle m'avait habitué pourtant. Le texte, à peine couché, j'avais déjà une lectrice. J'étais au milieu de l'océan de l'incertitude et , tel un sémaphore, il y a avait toujours cette lumière rouge , cette clochette qui me disait:
"je suis là , je t'ai lu".
Je me souviens que c'était toujours la première à réagir à une publication. Dans la solitude de la feuille blanche, devant mon écran, elle était toujours là, si lointaine de l'autre coté, mais si proche de moi, comme une inspiratrice. Avec une gentillesse infinie et beaucoup de bienveillance, elle m'envoyait ses remarques en colis recommandé avec accusé de reception, m'invitant à corriger mes maladresses. Elle me comprenait comme si nous avions grandi ensemble, comme une jumelle, connu les même épreuves, essuyé les mêmes larmes. Aux blessures de l'âme, elle répondait par un poême. A la violence du destin, elle répondait par la douceur. Comme pour mieux le narguer.
Son épée c'était ses mots à elle. Une femme combattante, une princesse qui avait son royaume. Elle fourbissait et pourfendait.Elle faisait le boulot à notre place, elle avait le courage et la résilience de ces femmes hors du commun. Etait-elle plus perspicace à comprendre les choses? Oui, sans doute. Cette prespicacité distribuée au compte goutte aux seule âmes dignes.
Petitprince était au dessus de tout. Elle parcourait les toits du monde, prête à fondre comme un aigle sur sa proie. Elle prodiguait cette douceur et cette politesse avec ses mots comme pour narguer gentiment la bêtise sans la fâcher, cette bêtise du monde, peut-être pour en atténuer les soubressauts.

https://youtu.be/JedpnuZVmpg

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