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FLORANE

Toulouse.
Je suis un mec qui fait toujours des histoires....

(Façon de parler)
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œuvres
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défis réussis
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"J'aime" reçus

Œuvres

FLORANE

 Il rampait dans le fossé, transi et couvert de boue. Sa capote était imbibée d’eau glacée et plusieurs fois, il avait été tenté de l’abandonner tant elle était lourde. Au loin, le bruit des explosions d’obus et les lueurs dans la nuit lui indiquaient que la bataille faisait encore rage. Cela faisait plus d’une heure qu’il avait déserté cet enfer après que toute sa section ait été envoyée à la boucherie par un officier à moitié fou. Il avait miraculeusement survécu à la mitraille allemande qui les avait fauchés dans le no mans land. Il avait trébuché et dévalé un talus pour se retrouver dans ce fossé qu’il suivait en rampant dans un filet d’eau glacé. Depuis plusieurs jours déjà, il avait décidé que ça suffisait. Que ce combat était absurde et que le commandement était incompétent. Depuis les mutineries, il savait ce qu’il en coûtait réellement de déserter : la mort. Mais il avait fait son choix. Assez de sang, de tueries aveugles. Cette guerre ne profitait qu’aux aristocrates confortablement installés à l’arrière pendant que le pauvre peuple se faisait décimer. Qu’ils aillent eux-mêmes défendre leurs privilèges. Lui, il avait tout donné.
Un arbre déraciné obstruait le fossé de ses branches et il allait devoir sortir à découvert pour le contourner. Il devait être cinq heures du matin en ce mois d’octobre 1917. La nuit était encore noire, faiblement éclairée par un maigre croissant de lune. Tant mieux, elle masquerait sa fuite. Il remonta le talus et risqua un œil. Un champ en friche s’étalait devant lui. Au fond, à cent mètres environ, il distingua les contours d’une grange. Il ne réfléchit pas. Il sortit de son trou comme il jaillirait de la tranchée et courut à découvert jusqu’à la bâtisse comme il monterait à l’assaut. Il s’accroupit au pied du mur, tous ses sens en éveil. Aucun bruit ne lui parvenait de l’intérieur, aucune lumière ne filtrait. Il longea les murs et trouva la porte. Elle était ouverte. Il dégaina son poignard ‘vengeur’ et entra dans la place, le cœur battant à tout rompre. L’obscurité était totale. De la paille crissait sous ses brodequins. Il s’arrêta un long moment et écouta le silence en retenant sa respiration. Il était seul, il en était sûr. Au loin, les détonations s’étaient tues. Le jour allait se lever sur des centaines de morts. Il identifia à tâtons un entassement de bottes de paille. Il sourit de sa bonne fortune car en ces temps de pénurie, trouver de la paille fraîche, c’était inespéré. Il s’aménagea rapidement un espace dans l’entassement et s’y dissimula. Complètement exténué et enfin au chaud, il finit par s’endormir.
Un bruit à l’extérieur le réveilla. Il eut la présence d’esprit de ne pas bouger. Sa main se ferma sur le manche de son poignard de combat. Il s’était installé à plat ventre, dissimulé sous deux rangées de bottes et la tête dirigée vers la porte. Le matin devait être déjà bien avancé car la lumière du soleil entrait révélant la disposition des lieux. Le bruit reprit. Quelqu’un marchait le long des murs, s’arrêtait, repartait. Dans un instant il allait apparaître dans l’embrasure de la porte. Il vit un homme passer le seuil dans une attitude très méfiante, brandissant un couteau, attentif à tout bruit suspect. Cet homme se comportait identiquement à lui-même, à la seule différence qu’il portait un uniforme allemand. Le français sentit son cœur s’accélérer. Ses yeux ne quittaient pas cet homme qui inspectait les lieux. Il songea à un éclaireur d’une patrouille et donc que ses camarades ne devaient pas être loin et envisageaient peut être de s’abriter là. Mais l’allemand ne sembla pas vouloir avertir qui que ce soit. Il rengaina son couteau et ferma aux trois quarts la porte. Il s’assit sur un vieux seau retourné au pied du tas de gerbes. Le français le surplombait. Il le vit poser ses coudes sur ses genoux et cacher sa tête dans ses mains, dans une attitude de fatigue ou de grand désarroi. C’est à ce moment précis qu’il déclencha son attaque. Il ramassa son corps et s’arracha à sa cachette en bondissant, tel un chat sur sa proie. L’allemand surpris par le bruit se retourna mais l’autre était sur lui le poignard brandi prêt à frapper. Il eut la présence d’esprit d’empoigner le bras armé et les deux adversaires roulèrent sur le sol dans une lutte au corps à corps. L’allemand, plus costaud, réussi à se dégager et à dégainer son couteau. Les deux adversaires se firent alors face, la respiration haletante, chacun brandissant une lame d’une main tremblante de peur et d’émotion. Ils restèrent ainsi quelques secondes à s’évaluer, épiant le moindre mouvement précurseur de l’attaque. Leurs respirations étaient fortes, la sueur imprégnait leurs fronts. Rien ne se passait. Les yeux se croisèrent, verts d’un coté, bleus de l’autre. Les barbes drues dues à l’absence d’entretien témoignaient de la même rudesse de la vie des deux cotés du front.
C’est alors que le français réalisa que cette haine qui les poussait à s’en vouloir à mort, était liée à l’endoctrinement basé sur la soit disant différence des deux peuples qu’on leur avait inculqué depuis leur petite enfance. Tout cela au nom de la patrie ou d’une fierté revancharde de vieilles barbes mégalomanes bien planquées. Il fixa les yeux de son adversaire et leva la main gauche en signe d’apaisement. L’autre ne broncha pas. Lentement, il fléchit ses jambes et baissa son poignard jusqu'à venir le poser au sol devant lui. L’autre n’avait toujours pas bougé. Il ne lâcha pas l’arme mais d’un coup de menton, il invita l’allemand à faire de même. L’homme s’exécuta, et les deux adversaires se retrouvèrent accroupis, face à face, les yeux dans les yeux, la main sur leur arme respective. Un moment passa à s’épier dans cette position inconfortable. C’est l’allemand qui recula sa main le premier, immédiatement imité par le français. A ce moment précis, un nuage qui devait occulter le soleil, se déplaça et un plus fort rayonnement envahit la grange. Les deux hommes perçurent ce qui devait être une coïncidence comme un signe de la providence. Ils se laissèrent tomber chacun à leur tour sur les genoux, devant leur couteau. Ils restèrent ainsi à haleter, comme deux gamins ayant couru longtemps après s’être fait surprendre à chaparder des cerises. Ils se regardèrent et cette joie réciproque de s’être sortis de ce mauvais pas se traduisit par des sourires timides, des ébauches de rires.
« Luis », prononça l’allemand en se désignant de la main sur la poitrine.
Le français parut surpris et sourit en se désignant à son tour
« Louis, moi c’est Louis »
- Was ?, s’étonna l’allemand, Louis ?
- Oui. Louis, puis par deux fois, il désigna l’allemand et se désigna, Luis, Louis, Luis, Louis. Ha, ha, ha ! C’est amusant, y a presque pas de différence.
- Ja, dit l’allemand en souriant aussi, fast der gleiche Vorname[1] »
Et comme si rien n’avait existé de toute cette tuerie organisée depuis des années, l’allemand lui tendit une main que l’autre accepta de serrer.
Ils se redressèrent, laissant leurs armes sur le sol.
Le français mit la main dans la poche de sa vareuse et l’allemand eut un geste de recul. Mais l’autre sortait déjà un paquet gris.
« Tabac, c’est du tabac. Pas arme ! », dit-il de sa voix la plus rassurante. Il s’en voulait d’avoir brûlé les étapes. La confiance devait se gagner. Il se demanda comment allait se passer leur prochaine nuit.
« Ach so. Tabak,  nur der Tabak[2] », dit l’allemand soulagé. Il fit signe au français d’attendre et plongea à son tour la main dans une de ses poches. Il en sortit une blague à tabac en cuir. Il fit un signe sans équivoque qui signifiait un échange que l’autre accepta. Ils s’installèrent face à face pour se rouler une cigarette, chacun utilisant le tabac de l’autre et, lorsqu’ils tirèrent à l’unisson la première taffe, ils firent la même grimace ce qui les fit partir dans un grand rire libérateur.
A partir de cet instant, un fort lien d’amitié s’établit entre ces deux hommes que tout prédestinait à se détruire. L’allemand avait lui aussi déserté son armée, ne pouvant plus supporter l’absurdité de ce combat. Bien qu’ils ne connaissent aucun mot de la langue de l’autre les deux hommes parvenaient à se comprendre, car ils avaient les mêmes désirs, les mêmes besoins. Ils partagèrent le peu de nourriture qu’ils avaient sur eux, aucun n’ayant eu le temps de préparer sa désertion. La première nuit se passa sans anicroche, chacun ayant choisi naturellement de faire confiance à l’autre. Et le jour suivant passa en tentative de conversation sur la vie de chacun. Le français plus âgé, avait deux enfants, l’allemand n’était que fiancé, elle s’appelait Mathilda. Ils parlèrent de leur travail avant la guerre, de leurs espoirs après la fin de tout ça. Ils découvrirent qu’ils rêvaient tout deux de voir le Colisée de Rome et ils se promirent de s’y attendre, à midi, dix ans, jour pour jour, après la fin proclamée de cette maudite guerre.
Ils savaient qu’ils ne pourraient pas vivre éternellement dans cette grange. Il leur fallait fuir avant d’être découverts par l’un ou l’autre camp. Ils décidèrent de tenter leur chance dès le lendemain chacun de son côté. Au petit jour, ils se séparèrent après s’être embrassés comme deux frères.
« Viel Glück. Wir sehen uns in Rom ![3] », lui avait lancé Luis.
Ils se séparèrent, chacun dans une direction différente.
 
*
 
11 novembre 1928 devant le Colisée de Rome. 12H00.
Louis s’était placé devant l’entrée principale. Le monument pavoisait pour commémorer la fin de la guerre. Il chercha sans trop y croire, une tête connue dans la foule nombreuse. Une dame l’aborda dans un français aux accents germaniques.
- Excusez-moi monsieur, êtes-vous Louis ?
- Oui, répondit-il intrigué.
- Je suis Mathilda. »

[1] Oui, presque le même prénom
[2] Ah bon, du tabac, seulement du tabac
[3] Bonne chance ! Rendez-vous à Rome.
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FLORANE

 Il décolla son dos du mur carrelé dès qu’il perçut le bruit strident des freins pneumatiques. Quelques pas à faire pour traverser le quai, porté par la masse des usagers avant de se retrouver debout, au coude à coude dans la chaleur et la promiscuité de la rame. Comme des millions de parisiens, il effectuait sa  transhumance chaque matin et chaque soir. Dans les deux cas, aux heures les plus chargées de la capitale. Les premiers temps, après avoir quitté sa Corrèze natale pour vivre à Paris, il avait trouvé ses épisodes de transport insupportables. Quinze ans plus tard, il était devenu l’usager banlieusard typique muré dans son indifférence lors de ses déplacements souterrains.
Il supportait ses quatre-vingt dix minutes de trajet quotidien en s’évadant par la lecture. Au fil des ans, il avait développé une grande agilité pour effectuer ses trois changements, sans lâcher des yeux les lignes de son roman. Une sorte de conscience mécanique, informée par une vision instinctive hors de son champ de lecture, lui dictait quand il fallait tourner à droite, contourner un individu ou prendre un escalator.
Il lisait beaucoup et était un client assidu de la bibliothèque de son quartier. Il détestait les liseuses électroniques, préférant le contact de ses doigts sur les pages d’un livre. Chez lui, des étagères entières croulaient sous le poids de centaines d’œuvres de toutes sortes. Ces livres étaient ses meilleurs moments de lectures, ceux qu’il jugeait dignes d’être possédés et qu’il aimait à relire au gré de son humeur.
Il était célibataire. A trente neuf ans, il n’avait pas trouvé celle qui aurait pu l’accompagner dans la vie, l’épanouir dans sa vie affective. Il n’avait jamais connu de femme, très complexé par un physique disgracieux. Il en avait beaucoup souffert dans sa jeunesse et s’était fait une raison au fur et à mesure qu’il avait avancé dans l’âge. Plusieurs fois, il avait été tenté de s’inscrire sur un site de rencontre ou de se faire aider à trouver l’âme sœur sans jamais oser franchir le pas. Sa seule initiative concrète avait été de se rendre dans un pays de l’est sur les conseils d’un collègue. Là, confronté au désarroi de ces jeunes filles prêtes à tout pour quitter leur misérable condition, il était rentré bien vite, se reprochant d’avoir envisagé cette solution. Depuis, la lecture était devenue le palliatif à sa vie sociale quasi inexistante car il n’avait plus de famille et aucun ami.
Il travaillait comme magasinier dans une petite entreprise de fournitures de bureau. Toute la journée dans son entrepôt, il gérait les stocks de consommables, préparant les commandes et contrôlant les arrivages. Il était autonome et n’était en contact avec ses collègues des bureaux voisins qu’à travers les bordereaux crachés par l’imprimante. A midi, il avait sa gamelle et, dans le dédale d’étagères industrielles, sous le constant ronronnement d’un tube fluorescent, il s’isolait pour manger tout en poursuivant la lecture de celle ou celui qui, par son talent d’auteur, le faisait s’évader de sa trop grande routine.
Lorsque les portes s’ouvrirent, le flot des voyageurs se rua sur le quai, encadré, comme pour faire une haie d’honneur, de tous ceux qui s’apprêtaient à monter. Le chapitre de son ouvrage était si palpitant, qu’il s’aperçut tardivement qu’il était le dernier à descendre. Dans sa précipitation soudaine, il bouscula assez violemment une jeune femme qui avait entamé de monter. Sous le choc, il échappa son livre et elle, son grand sac à main dont le contenu se répandit sur le sol du wagon.
« Vous ne pouviez pas faire attention !, lui jeta-t-elle en colère avant de se ruer sur ses affaires éparpillées.
- Je, Je suis confus… », prononça-t-il d’un air marri.
Mais la jeune femme finissait de rassembler au plus vite ses effets très personnels, exposés aux yeux de tous, rimmel, tube de rouge à lèvres, clés, plaquette de médicaments, petite pochette scellée destinée à son intimité... Il demeurait hébété sur les premiers centimètres du quai, obstruant le passage des voyageurs qui investissaient la rame en marmottant. Il finit par être bousculé et projeté sur le côté de la porte juste avant que la sonnerie retentisse et que les portes se ferment. La rame démarra aussitôt et il n’eut que le temps de s’en écarter. Il resta ainsi figé dans sa confusion alors que les feux rouges s’évanouissaient dans le boyau sombre. Ce n’est qu’alors qu’il réalisa que son livre était resté à l’intérieur de la rame, sans doute glissé sous un siège. Cela lui fit l’effet d’une grande catastrophe.
« Monsieur ? », fit une voix dans son dos.
Il se retourna. Un homme plus âgé lui tendait un livre.
« Vous l’aviez tombé dans le wagon. »
Il prit machinalement l’ouvrage tendu mais s’aperçut immédiatement que ce n’était pas le sien.
« Je vous remercie, mais ce n’est pas… »
Mais l’homme était déjà parti, rattrapé par sa routine parisienne individualiste.
Il rata sa correspondance et dut attendre la rame suivante en repensant sans cesse à cet incident qui l’avait grandement perturbé. Pendant la fin de son trajet, il n’avait eu de cesse de faire défiler les pages de l’ouvrage qui devait sans doute appartenir à la jeune femme bousculée. Peut-être, pensa-t-il, que dans sa précipitation, elle avait ramassé son livre à la place. Celui-ci était un roman d’une auteure inconnue. Il s’intitulait ‘Les roses sont en retard cette année’, un drôle de titre qui préjugeait d’une histoire sentimentale, d’un drame ou de tout autre récit à l’eau de rose, justement. Il en lit quelques lignes ça et là et le style et les propos le laissèrent perplexe. Il aurait pu en lire le résumé mais il s’interdisait toujours de lire la quatrième de couverture d’un livre nouveau car il ne voulait pas en déflorer le contenu. Il détestait les personnes qui lisaient en sautant systématiquement les descriptions, celles qui lisaient en travers, encore plus celles qui commençaient par la fin. Par respect pour le travail de l’auteur, la démarche et la construction de l’œuvre, il s’imposait de suivre strictement l’entier déroulement. Il referma donc vite l’ouvrage et se dit qu’il allait lui donner sa chance et pas plus tard qu’à la pause de midi car il n’avait plus rien à lire. Ce roman n’était pas bien épais, il le finirait le soir dans son salon et pourrait le restituer le lendemain s’il croisait à nouveau la jeune femme dans le métro.
Le livre s’avéra terne. L’histoire était sans intérêt et le style très plat. La construction des faits faisait que le lecteur en devinait aisément les rebondissements. De nombreux clichés piochés dans des films de grande audience y étaient repris. Il en lut la moitié dans sa thébaïde durant la pause de midi et le finit comme prévu le soir chez lui. L’œuvre lui laissa un goût amer. Il se remémora l’aspect raffiné et élégant de la jeune femme et se dit qu’elle ne s’accordait pas avec la platitude de cet ouvrage. Peut être finalement n’en était-elle pas la propriétaire et que si elle l’était, même s’il ne la recroisait pas, elle n’aurait pas perdu grand-chose. Il repensa à un détail, qu’il avait vu se répéter tout au long de sa laborieuse lecture : certains caractères et principalement des chiffres dans les numéros de page étaient soulignés au crayon à papier. Un petit trait à peine marqué. Il avait d’abord pensé à un marque-page mais parfois, deux pages consécutives portaient le mystérieux soulignement. Il était peu probable qu’un lecteur ne lise qu’une page avant de s’interrompre. Ou bien était-il dérangé ? La jeune femme avait peut être un enfant en bas âge à s’occuper. La toute dernière phrase du livre était elle aussi soulignée : « Elles dansent encore au bal de messire Hiver ». Le pronom ‘elles’ était mis pour les roses dont l’auteure faisait l’allégorie dans son histoire. Par jeu, il se mit à relever tous les caractères soulignés. Cela se révéla fastidieux car il en repéra aussi dans le texte. Il trouva le ‘L’ du mot loin, en première page. Puis le ‘A’ du mot calme sur la page 3. Ensuite, vinrent une série de chiffres comme le 4 de la page 4, le 8 de la page 8, un point à la fin d’une phrase qu’il faillit manquer sur la page 14, un autre huit de la page 18…
Son travail méticuleux dura plus d’une heure pendant laquelle il aligna des chiffres sur une feuille blanche. Lorsqu’il eut atteint la dernière page, il reposa le livre et soupira. Il saisit sa feuille et en fronçant les sourcils essaya de chercher une signification à cette suite curieuse :
la48.804949h6493229460154l-o2.33433427928602079244
Cela ne lui disait rien.  Il réfléchit quelques minutes, envisageant un numéro de téléphone étranger, une combinaison de coffre ou toutes autres suggestions que son imagination féconde lui proposait. Et puis, il y avait cette phrase soulignée : « Elles dansent encore au bal de messire Hiver ». Las de ne rien comprendre, il alla se coucher.
Il eut une nuit agitée, peuplée de rêves angoissants ; course dans les couloirs du métro à la poursuite de sa correspondance, portes se refermant sur lui, wagon très peuplé avec l’impossibilité de progresser vers la porte de sortie... Le bip strident de son réveil électronique le sauva in extrémis d’une foule menaçante alors qu’il s’imaginait acculé au mur carrelé d’une station. Il se leva épuisé de cette nuit tourmentée. Il déjeuna dans le brouillard de son émergence forcée. La douche le rasséréna en même temps que la caféine faisait effet. En séchant ses cheveux, il repensa aux chiffres alignés et qui le narguaient par leur suite illogique. Tous sélectionnés dans ce livre au grès des pages qui se succédaient. Il avait essayé la veille de les réordonner à l’envers, de les considérer un sur deux, de les sommer sans que tout cela n’éveille en lui la moindre chose familière. Avant de se glisser dans son lit, il avait saisi la suite entière dans un moteur de recherche d’internet sans aucun résultat. Pourtant, une fois, il avait fait de même avec le numéro de série de sa machine à laver. Comme par magie, la liste des pièces détachées avait été retrouvée.
Il sortit de la douche et comme il lui restait quelques minutes, il reprit le livre. Assis nu dans son fauteuil, la serviette humide sur ses épaules, il s’employa à retrouver les fameuses marques et les examina de près. Il avait approché les pages si prés de son visage qu’il perçut un subtile parfum que le papier avait emprisonné. Tout de suite, il se trouva transporté sur le quai. Il en était sûr maintenant, cette délicieuse fragrance appartenait à cette jeune femme croisée virilement dans le métro. Le fait qu’il soit nu, en possession d’un objet appartenant à cette femme lui provoqua une réaction érotique. Il fut très surpris de la désirer soudain. Il chassa ses idées libertines et consulta sa montre. Il fallait qu’il se dépêche s’il voulait attraper la rame de métro qui précédait habituellement la sienne. Il souhait attendre sur le quai la jeune femme au parfum si troublant pour lui restituer son bien. Il se dit qu’il n’avait qu’une chance infime de la retrouver mais il voulait la tenter. Il osait à peine s’avouer qu’il brûlait d’envie de la revoir, que le fait de lui rendre ce livre lui donnerait peut être le prétexte de l’inviter à prendre un café et de faire sa connaissance. Encore faudrait-il que son audace à ce moment là soit à la hauteur de ses intentions.
Il fit bien attention à se poster sur le quai à l’endroit où il descendait chaque jour. Il avait réussi à prendre deux rames avant la sienne. Il avait scruté le quai, sur toute sa longueur à mesure que les voyageurs arrivaient pour attendre leur correspondance. Il ne vit pas la jeune femme parmi eux. La première rame arriva et les flots de voyageurs se croisèrent et le métro repartit. A partir de cet instant son cœur accéléra, si la jeune femme avait un trajet régulier, elle devrait arriver dans un instant. Sa bouche se fit sèche, il avait préparé une petite phrase un peu originale pour l’aborder mais dans son émotion, les mots commençaient à se mélanger. Il scrutait chaque personne débouchant sur ce quai un peu trop long pour qu’il puisse le contrôler de manière exhaustive. Allait-elle apparaître ? Il y croyait, il le voulait. Elle ne parut pas.
Sa rame arriva déversant ses co-voyageurs habituels. Il reconnut au passage, l’homme qui lui avait restitué le livre et quelques autres visages. Il scruta les personnes qui montaient, au cas où il aurait raté son égérie. Bientôt la rame repartit. Il demeura prostré, son livre entre les mains, déçu et soulagé à la fois car aborder cette femme était une épreuve pour laquelle il ne se sentait pas du tout à la hauteur. Il décida de laisser arriver encore deux rames mais la jeune femme ne se présenta pas. Il se résigna alors à continuer son trajet vers son travail, il serait en retard ; il n’y aurait personne pour le lui reprocher de toute façon.
Sa journée se déroula terne, et sa pause de midi trop longue car il n’avait emporté aucune autre lecture que ce livre qu’il avait déjà lu. Dans tous les cas, il n’aurait pas pu se concentrer sur le moindre récit aussi riche fut-il car ses pensées allaient vers cette inconnue sur laquelle il avait fait une fixation. Dans la matinée, il avait dû refaire un compte de classeurs car il s’était embrouillé, ce qui ne lui arrivait jamais. Plusieurs fois, il s’était surpris à aller fourrer son nez entre les pages du livre afin d’y puiser les dernières molécules de ce parfum qui disparaissait peu à peu. Chaque fois, un ardent désir l’envahissait, le transportait.
Il rentra chez lui sans prendre la peine de faire ses courses comme il en avait l’habitude. Pour son repas, il se contenta d’un yaourt et d’une pomme oubliée car il n’avait pas faim. Il tenta de se changer les idées en regardant la télévision mais bien vite, il s’en lassa, l’éteignit et revint à ses pensées. Il récupéra le livre qui n’était jamais bien loin de lui et replongea dans le casse tête de la série de chiffres alignés. Il aimait les énigmes, faisait souvent des mots croisés, il affectionnait ceux difficiles dont les cases noires ne sont même pas posées sur la grille vierge.
Il remarqua que la majorité des caractères soulignés se trouvaient sur les pages droite. Plusieurs fois, il avait repéré un chiffre souligné à droite alors qu’il aurait pu être identifié sur une page gauche précédente. Parfois pourtant, mais moins souvent, il y avait des marques sur les pages gauche.
« Et s’il y avait deux messages ? », se dit-il.
Il s’empara frénétiquement de son papier et crayon et commença la savante séparation.
A mesure qu’il écrivait son cœur accélérait. Il en était sûr, il brûlait.
Avec les caractères de gauche il écrivit :
09h30-2604
Et avec ceux de droite, il recopia :
la48.844964922946154lo2.3343347928027924
« 09 heures 30, le 26 avril, se dit-il tout excité, c’est un rendez-vous ! Et c’est demain matin ! Mais où ? »
Son regard se posa tout naturellement sur la suite de chiffres.
« Il est là, le rendez-vous, j’en suis sûr ! »
En disant le mot là, il fut attiré par le ‘la’ du début de la suite.
« la, lo… Qu’est ce que ça peut bien… »
Ses yeux s’agrandirent en même temps qu’un sourire victorieux envahissait son visage.
« Hourra ! », fit-il en levant les yeux au ciel et en dansant autour du fauteuil.
« Latitude, longitude ! Latitude, longitude ! », scandait-il à la manière d’un guerrier Apache.
Il se rua sur son ordinateur, son papier en main. Il saisit la liste complète dans un moteur de recherche. Ce qui ne lui ramena rien. Sa joie et son excitation tombèrent d’un bloc.
« Mais non, se raisonna-t-il, c’est forcément des coordonnées GPS. J’ai raison, je suis sûr que j’ai raison. »
Il ressaisit les deux séries de chiffres, séparées d’un espace et sans les lettres. Il croisa les doigts au moment d’appuyer sur entrée et le miracle se produisit : Une carte d’agglomération s’afficha. Une flèche verte pointait un endroit précis dans un jardin public qu’il connaissait bien.
« Oh !, s’exclama-t-il, c’est le jardin du Luxembourg. Il zooma et passa en mode vue des rues. Une croisée des chemins s’afficha avec la proximité d’un banc. L’endroit était au fond du parc, lieu relativement tranquille à cette heure matinale, propice à une rencontre discrète. Il fouilla dans le tiroir de son bureau et finit par extirper un vieux plan de Paris de grande échelle. Il ne disposait pas d’un de ces téléphones modernes capables de l’amener aux coordonnées désirées. Il retrouva rapidement l’endroit indiqué par son ordinateur sur le papier jauni et y fit une marque au feutre rouge.
« Un rendez-vous secret, se dit-il, sur quoi suis-je tombé ? ». Il eut peur d’être mêlé malgré lui à des connivences de terroristes. Peut être à un réseau d’espions. Il se la joua un peu en éteignant soudain toute lampe de son appartement avant de surveiller discrètement la rue, à la recherche d’individus en planque dans une voiture. Il haussa les épaules. Si ce rendez-vous existait, il aurait lieu dans un endroit public. Quel danger courrait-il à s’y rendre ? Se tenir à proximité, comme un simple passant. Voir et comprendre de quoi il retournait. Et puis, il y avait cette femme qui l’obsédait. La revoir à tout prix était sa volonté. A ce rendez-vous, elle s’y rendrait sûrement et il l’y attendrait.
« Demain matin, je serai au rendez-vous, dit-il déterminé, tant pis pour le travail, tant pis pour les colis. Ils attendront. »
Il alla se coucher l’esprit serein et sa nuit fut érotique.
Il franchit les grilles du jardin, s’isolant d’un coup des bruits de la rue et de la densité des personnes sur les trottoirs. Le jardin s’éveillait à cette matinée qui, selon la météo, allait être ensoleillée à partir de onze heures. Les allées étaient désertes, quelques joggeurs slalomaient pour éviter les brouettes des agents municipaux à l’œuvre, balayant les allées, ramassant les souillures de promeneurs irrespectueux.
Il était entré par le palais en tenant le livre contre lui. Il entreprit de traverser tout le jardin par la droite. Lorsqu’il dépassa les terrains de tennis, il consulta sa montre. Neuf heures quinze. Il avait choisi d’être un peu en avance afin de se trouver un point d’observation près du lieu indiqué. Il dépassa la statue de Frédéric Chopin, son cœur accéléra. Bientôt, il serait au point de rendez-vous. Il vit le banc à vingt mètres et avait escompté s’assoir sur une des nombreuses chaises à disposition en se plaçant à l’écart mais ce matin là, les agents municipaux ne les avait pas disposées. Il jura. Il n’allait pas se tenir ainsi comme un poireau au bord du chemin. Il chercha autour de lui, une statue à admirer, Il n’y avait rien. Rien qui puisse lui donner une contenance à part ce banc sur lequel il avait toute légitimité à s’assoir comme le simple promeneur qu’il voulait paraître. Il s’y résigna à contre cœur, sa montre lui indiquait vingt quatre. Il soupira, ouvrit le livre pour se donner une contenance et fit semblant de le lire. Personne ne se trouvait à proximité. Un agent municipal, à vingt mètres, était en train de changer le sac poubelle transparent et semblait avoir des difficultés à le détacher. Une joggeuse affublée d’un casque orange pétard passa devant lui dans une foulée trop lourde pour être efficace. Trente, les minutes étaient écoulées. Son cœur se mit à battre la chamade. Il s’attendait à voir arriver la jeune femme et, lorsqu’elle le découvrirait et le remettrait, peut-être serait-elle impressionnée de sa grande perspicacité à avoir décrypté le lieu de rendez-vous. Il en éprouvait une certaine fierté.
Il vit approcher un homme d’un pas tranquille, arrivant par les pépinières voisines. Lorsqu’il se fut rapproché, il jugea de sa prestance, avec son costume de grand couturier, son foulard de soie, ses cheveux argentés peignés en arrière. Un homme de la haute société, sans doute habitué aux réunions mondaines, qu’il jugea à des années lumières de sa condition d’employé. L’inconnu s’assit sur le banc près de lui après l’avoir gratifié d’un petit signe de tête qui se voulait être un salut. Il le lui rendit tout aussi brièvement.
Les deux hommes demeurèrent ainsi quelques secondes, côte à côte puis l’inconnu désigna de sa main droite gantée, les plates-bandes en face d’eux, de l’autre coté de l’allée.
« Les roses sont en retard cette année », dit-il avec un léger accent étranger.
Il resta interloqué avant de réaliser l’évidence et sans réfléchir aux conséquences, il répondit :
« Elles dansent encore au bal de messire Hiver. »
Alors l’inconnu plongea la main dans sa veste et lui remit une petite enveloppe brune. Dès qu’il l’eut transmise, l’homme se leva et s’éloigna d’un pas plus rapide, disparaissant par l’allée des pépinières.
Il demeura un moment, hébété, la petite enveloppe en main, réalisant peu à peu qu’il s’était substitué à la jeune femme lors de ce rendez-vous. Celle-ci n’était pas parue. Peut être n’avait-elle pas encore pris connaissance des instructions du livre avant de le perdre ? Peut être n’était-elle qu’une intermédiaire ? Il sentit une chaleur l’envahir à mesure qu’il réalisait dans quelle situation il s’était mis sans en mesurer les conséquences. Il s’apprêta à décacheter l’enveloppe qui semblait contenir un objet peu épais. En tâtant entre ses doigts, il reconnut la forme allongée d’une clé USB. Il se ravisa et il lui sembla important d’aller raconter toute son histoire au poste de police du quartier. Il se leva et reprit de traverser le jardin. Lorsqu’il passa à la hauteur de l’agent municipal qui avait enfin réussi à remplacer son sac poubelle, tout se passa très rapidement. En un instant, il se retrouva à plat ventre sur le sol humide, immobilisé par un genou enfoncé dans sa colonne vertébrale et une clé de bras.
« Police !, lui signifia fermement le faux agent municipal, ne bougez pas. Vous êtes en état d’arrestation ! »
Il se laissa relever avec fermeté complètement dépassé par les évènements. Alors qu’il sentait le métal froid des menottes en train d’emprisonner ses poignets, Il vit trois hommes sortir précipitamment des fourrés et rejoindre le policier.
« Beau travail Desault, dit le plus âgé.
- Merci commissaire. Pas fâché de l’avoir enfin serré ce salopard.
- Sûr qu’il nous en aura donné du mal, renchérit un des deux autres, le sourire aux lèvres.
- Allez, on l’embarque au dépôt. On va le cuisiner. »
Les quatre policiers le poussèrent en avant par le chemin le plus court pour quitter le jardin. Un fourgon de police attendait le long du trottoir près de la grille et il y fut presque jeté sous le regard froid des passants honnêtes. Deux policiers en uniforme s’installèrent sur le banc à coté de lui. Il resta enfermé dans un mutisme total alors que le fourgon fendait le trafic matinal parisien à coup de sirène deux tons.
Par la fenêtre grillagée du fourgon, il reconnut Notre Dame et le pont Saint Michel qui l’amenait sur l’ile de la cité. Il eut comme un contentement intérieur dans sa situation des plus dramatiques. Il allait gravir le fameux escalier du 36, quai des orfèvres, celui là même qui était si souvent décrit dans les romans policiers qu’il affectionnait.
« Monsieur Lambert. Monsieur Jacques Lambert, alias ‘La couleuvre’. Il serait temps pour vous de coopérer. Je dis cela dans votre intérêt, monsieur Lambert car sans cela, vu votre délicate situation, vous allez vous retrouver à l’ombre pour au moins vingt ans. »
Le commissaire se bascula en arrière sur sa chaise. Il lui avait dit cela les yeux dans les yeux dans son bureau encombré de dossiers empilés, dans le ronronnement d’un ordinateur hors d’âge qui occupait les trois quart du plateau de son bureau lilliputien généreusement doté par son ministère. Au mur, des affiches d’avis de recherche exposaient des visages durs d’hommes en cavale. Une affiche rappelait qu’un terroriste pouvait prendre l’apparence de monsieur tout le monde. On l’avait obligé à s’assoir près du gros radiateur en fonte. Sa main gauche était reliée à ce dernier par des menottes. On était bien loin des salles d’interrogatoire à la vitre sans tain des séries américaines.
« Je vous ai déjà expliqué mille fois toute l’histoire, dit-il dans un soupir de lassitude, je comprends que les apparences sont contre moi mais ne suis pas cet agent que vous appelez la couleuvre. C’est une erreur. Comment puis-je vous en convaincre ? »
Voilà deux jours qu’il était interrogé et qu’on le croyait espion. Deux jours qu’on s’acharnait à lui faire dire le nom de ses contacts.
« Oui, les apparences, monsieur Lambert. Convenez que les apparences peuvent nous sembler parfois si réelles. Voyez-vous, des renseignements récents sur vous m’indiquent que vous avez fait, il y a quelques années, un petit séjour en Ukraine. Pourquoi nous l’avoir caché monsieur Lambert ? Etait-ce pour rencontrer vos employeurs ? »
« Mais vous dites n’importe quoi. Ce voyage était une erreur. J’étais parti trouver une fiancée. J’ai renoncé quand j’ai compris que tout cela n’était qu’un business. »
« Vraiment ? Nous savons monsieur Lambert, nous savons que des gens comme vous sont très entraînés. Vous demeurez des êtres sans problèmes, capables de rester en sommeil pendant des années avant de vous activer. Cela fait deux ans que l’on vous traque monsieur Lambert, insaisissable couleuvre, tel votre nom de code qui vous va comme un gant. Je voulais dire qui vous allait comme un gant. A présent, maintenant qu’on vous a confondu en possession de documents secret-défense très sensibles, vous allez être mis en examen pour acte de trahison et mise en danger la sécurité nationale. Est-ce que vous réalisez monsieur Lambert, la gravité de votre situation ? »
Il baissa la tête. Pendant toutes ces heures depuis son arrestation, il n’avait eu de cesse de raconter son histoire : Le livre, le code, sa fixation maladive sur cette femme qui l’avait conduit à se rendre à ce rendez-vous. On ne voulait pas le croire. Personne n’essayait d’explorer sa version des faits. Son obstination à nier son implication dans un réseau d’espionnage n’était perçue que comme un système de défense bien connu de ce milieu.
Il fut transféré à la prison de la Santé, dans une cellule du quartier de haute sécurité. Il y était seul ; un luxe réservé aux V.I.P. Il ne savait comment interpréter ce privilège. Quelques jours passèrent avec pour seul contact, son avocat commis d’office. Celui-ci écouta et, comme s’il avait été briffé par le commissaire, conseilla de se mettre à table sans envisager un instant qu’il puisse être innocent.
Il commençait à désespérer, et même à envisager de faire de faux aveux pour que le calvaire cesse. Parfois, il se demandait s’il n’était pas vraiment coupable ; sa vie avant cet évènement qui avait tout fait basculer lui apparaissait si trouble et confuse. Un matin, il fut transféré dans le bureau du commissaire pour un nième interrogatoire. Ce dernier le fit assoir en face de lui mais curieusement ne l’enchaîna pas au radiateur.
« Monsieur Lambert, j’ai peut-être de bonnes nouvelles pour vous, dit le policier avec un grand sourire, il se trouve que nous avons retrouvé l’homme qui, selon votre version des faits, vous a restitué le livre que vous aviez perdu dans le métro. Il confirme votre collision avec une jeune femme. Tout ceci serait-il qu’un regrettable malentendu ? »
Il soupira de soulagement. Un malentendu disait-il mais qui l’avait conduit à être incarcéré, à perdre très certainement son travail après les incursions répétées des enquêteurs chez son employeur. Son tort était de s’être rendu à ce rendez-vous. Il le payait très cher.
« Nous commençons à croire à votre version monsieur Lambert. Cette jeune femme, sauriez-vous la reconnaître si nous vous présentions quelques photographies ? »
Son visage était gravé dans sa tête, depuis le premier jour malgré ses traits en colère d’avoir était bousculée, il était sûr de la reconnaître entre mille. Il acquiesça.
« Très prochainement, le juge vous convoquera pour une identification. Nous sommes sur la bonne voie, monsieur Lambert. Si vous nous avez dit vrai, tout ne sera plus qu’une question de temps. »
Il fut raccompagné dans sa cellule. Sa situation s’améliora. Il eut le droit d’accéder à la bibliothèque de la prison où il fit emplette d’ouvrages. Son ordinaire fut amélioré.
Le deuxième soir, un plateau copieux lui fut proposé par le passe plat de la porte de sa cellule : Une salade de tomates au basilic, un morceau de veau cuit correctement accompagné de petits légumes, une part de fromage et un délicieux baba au rhum. Il se délecta surtout de ce dessert car c’était son gâteau préféré. Son moral remonta en flèche. Bientôt, il désignerait celle par qui tous ses maux étaient arrivés, il serait libre et pourrait tenter de se reconstruire. Tout cela serait un nouveau départ. Il quitterait sûrement Paris, ce qu’il voulait faire depuis longtemps. Il retournerait dans sa ville natale, à Brive, pour y ouvrir une librairie. Il y serait heureux, il en était sûr.
Le passe plat s’ouvrit, il y déposa son plateau vide. Il était rompu à cet exercice comme s’il avait séjourné en prison depuis des années. Le plateau disparut, remplacé par un formulaire.
« Lambert, vous devez remplir ce papier et le signer. C’est important. Je repasse dans un quart d’heure. »
Le passe plat se referma. Il s’empara du document et du stylo et alla s’assoir à la table. Il avait chaud, subitement chaud. Il lut les premiers paragraphes du document se demandant pourquoi toutes affaires cessantes, il devait signer le règlement intérieur du bloc dans lequel il était incarcéré. Il défit les premiers boutons de sa chemise tellement il avait chaud, il sentit des gouttes de sueur perler sur son front. Il comprit qu’il avait de la fièvre. Il dut se concentrer sur les feuillets pour en comprendre le sens car sa vue se troublait. Comme il avait chaud. Il se leva en titubant et actionna la poignée de la fenêtre pour la basculer semi ouverte, la seule position possible. Il alla s’allonger sur sa couche car il avait des vertiges. Il s’obligea à parcourir le document, les yeux froncés. Dès les premières phrases, son attention fut attirée par quelques caractères soulignés au gré des paragraphes. Un léger trait au crayon à papier, très discret. Intrigué, il se mit à les assembler mentalement :
Un A du mot ‘parloir’, le v du mot verrou, le premier e du mot cellule… A mesure qu’il recomposait les mots du message qui lui était destiné, son cœur s’accéléra :
« Avez-vous apprécié votre dessert, monsieur Lambert ? »
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Questionnaire de Scribay

Pourquoi écrivez-vous ?

Dans l'écriture, je trouve une évasion, une canalisation de mon imagination. L'occupation de ma mémoire pendant tout le temps la réalisation de l'œuvre. Ecrire est aussi une fenêtre ouverte sur l'expression de mes sentiments, mon recul sur la vie, les travers de notre monde, l'exploration les cotés obscurs de mon être. Peut être aussi revivre des instants heureux de mon enfance. Ecrire c'est aussi construire une histoire, la soigner pour la rendre fluide, agréable à lire. Me documenter pour rendre des faits plus véridiques, plus puissants. Trouver des astuces pour enchaîner des situations. Aimer et faire aimer mes personnages. Les respecter. Faire découvrir mes textes à ceux que j'aime.

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