Rupture

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Le sol me semblait loin, beaucoup trop loin. Depuis quand étais-je aussi grand ? Depuis quand avais-je la tête dans les étoiles ? Je n’en savais rien, je n’avais rien remarqué jusque-là. Mon dos glissa, râpa, s’écorcha sur la paroi contre laquelle je me laissais glisser, contre lequel je me laissais tomber. C’était ça ? Se retrouver au pied du mur ? Démuni, sans aucun but, sans aucune idée en tête, simplement cette sensation de manque, de vide, cette douleur qui résonnait dans mon crâne comme les mauvaises basses d’un morceau que tout le monde hait ?
Le bruit des gouttes d’eau tombant dans la baignoire déjà pleine, résonnait dans la pièce. J’étais là, seul, livré à moi-même et à mes émotions, sans aucune échappatoire cette fois : pas d’alcool, pas de joint, pas de potes, pas d’elle, plus d’elle. Je n’avais plus que moi et ces moments repassés en boucles, ces paroles que j’aurais pu dire, cet espoir qui me faisait trembler, ces gestes que j’aurais pu avoir, ses attentions que je n’ai pas jugé utile, ces détails que j’ai négligé, toutes ces choses que j’avais raté. Je ne pouvais m’en prendre qu’à moi-même, j’étais le seul fautif de mes actes, de mon incompréhension. J’étais le seul con à avoir fait ce choix idiot entre eux et elle. À avoir préféré les écouter que la défendre. Et maintenant j’étais là, assis sur le carrelage, le dos contre la porte que j’avais pris soin de verrouiller, face à cette cuve d’eau qui se remplissait peu à peu et dans laquelle je comptais plonger mon corps entièrement, en espérant qu’elle puisse m’apporter le réconfort que ses bras ne me donneront plus jamais… Je ne pleurais pas, j’intériorisé tout, je n’arrivais pas à me sortir de là, c’était comme ça. J’allais imploser, faire une connerie, je le savais, je me connaissais. Sans elle pour me calmer, pour me parler, me dire que tout irait bien, ou pour me dire quand je me comportais comme le dernier des idiots, j’étais une véritable bombe à retardement.
Je ne savais même pas si je pouvais me lever pour me submerger, je ne savais même pas si mes jambes me supporteraient jusque-là, si mon estomac avait décidé de garder un peu de ce que j’avais mangé en lui. Et puis il y avait mon téléphone, ce petit combiné que j’avais balancé un peu plus loin, qui traînait là comme une tâche noire sur le blanc immaculé du sol, et qui semblait me parler, qui semblait m’inciter à le prendre, à composer son numéro, à écouter les sonneries se prolonger dans le silence, tombé sur sa messagerie, attendre le bip, et balancer, balancer tout ce que j’avais sur le cœur, la supplier de revenir, de me pardonner, lui dire qu’elle me manquait, que je voulais et veux faire ma vie avec elle, que j’ai été con, que c’est elle et personne d’autre… Que cette fois, ma fierté, les autres, je m’en fiche, que mon bonheur, c’est elle, qu’elle est mon soleil, ma destinée, mon futur, que c’est avec elle que je veux… Mais j’étais si fier, beaucoup trop fier, je préfère attendre, espérer que ce soit encore elle qui me revienne , que ce soit elle qui envoi le premier message, que ce soit elle qui m’appelle et me dise toutes ces choses…
Alors, je me levais, me dirigeais vers la baignoire, et plongeai à l’intérieur, espérant être lavé de mes pensées, espérant apaisé la douleur, espérant qu’en revenant à la surface, cette merde ne sera plus qu'un cauchemar...

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