Partie VII

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Une bonne douche — de celles qui calment les esprits —, s'était imposée. Après tout, ce n'était pas tous les jours qu'il vivait un moment aussi pénible que celui qui s'était déroulé un peu plus tôt dans les bois.

Eddy était rentré chez lui — il avait fait un détour par la cuisine, se ravitaillant un peu plus que nécessaire —, l’esprit complètement embué par ce qu'il avait vécu et par toutes les pensées qui lui venaient en tête à la suite des derniers évènements. Ensuite, il était allé prendre cette fameuse douche, comme pour se laver de tout souvenir. Sans le moindre résultat, bien évidemment. Pour finir, il s'était coiffé et habillé avec soin car même s'il était chez lui et ne comptait pas le moins du monde quitter la maison, Eddy se devait d'être impeccable.

Une fois fin prêt, il observa une dernière fois son reflet dans le miroir et se fit la réflexion qu'il était bien dommage de ne pas profiter du fait qu'il se trouvait être sur son trente-et-un. Probablement aurait-il mieux fait de prévoir une sortie. Cela lui fit penser qu'Anthony n'avait pas donné signe de vie alors qu'à l'accoutumée il ne se passait pas une dizaine d'heures sans qu'il n'indique sa présence à Eddy. Néanmoins, ce silence arrangeait bien le châtain puisqu’il n'avait pas véritablement envie de sortir, ni de voir quiconque, que ce soit en cette fin d'après-midi, pour dîner ou bien plus tard dans la soirée. C'était très rare de sa part, mais il estimait avoir déjà eu sa dose d'émotions pour la journée. Il avait déjà de quoi se prendre la tête — chose qu'il ne faisait pas avant le début de cette histoire — pendant un bon moment.

Il reprit sa place sur le canapé, comme au tout début de l'après-midi. Il aurait certainement mieux fait de rester affalé dessus en jouant au légume plutôt que d'être allé voir Isidore. L'escapade ne lui avait rien valu, hormis cette scène un peu dérangeante qui commençait à le faire tergiverser. Isidore était vraiment stupide. Eddy se demandait ce qui avait pu traverser son esprit de dégénéré.

Cependant, avant d'être stupide, le brun pouvait surtout être qualifié d'insupportable. Une véritable tête à claques. Il n'avait pas répondu à une seule de ses interrogations, ce qui faisait qu'Eddy avait dû lâcher l'affaire. Il ne savait donc toujours pas ce qu'il y avait dans les sacs-poubelle, ni même où vivait la folle psychopathe des bois — dont il suspectait uniquement l’existence —, encore moins ce qu'il était venu faire chez lui en pleine nuit et, pire encore : il ignorait tout de la vérité concernant les rumeurs.

Non seulement l'enquête piétinait, mais de plus, Eddy devait avouer que les interrogations s'ajoutaient. Quant à l'affaire du baiser, elle le laissait plus que confus. Il lui semblait désormais légitime de se demander quelles pouvaient bien être les véritables motivations d'Isidore. Pourquoi avait-il bien pu agir de la sorte ?

Une horrible pensée traversa l'esprit d'Eddy. Il se trouva bête de ne pas y avoir songé plus tôt. Isidore souhaitait uniquement qu'il tombe dans le piège ! Ce n'était pas très malin de sa part ; qui pouvait se laisser aller à tomber dans le piège, il était laid comme un pou — son abominable style n'arrangeant rien. Isidore devait probablement être celui qui lançait les rumeurs. Pour quelle raison ? Eddy l'ignorait. Cet imbécile prenait sans doute son pied de telle manière. Présentement, son but était de compromettre Eddy. Il voulait à coup sûr lancer la rumeur de son homosexualité, Edouard en aurait désormais presque mis sa main à couper.

Une autre question s'imposa alors à son esprit. Pourquoi diable Isidore avait-il décidé de lancer précisément ce type de rumeur ? Gêné, Eddy se redressa brusquement dans le canapé. Telle s'avérait être la véritable question. Un garçon n'en embrassait pas un autre en se disant qu'il se prendrait inévitablement un scud. Le brun avait-il percé à jour son secret ? Impossible, se dit Eddy, le cœur battant la chamade.

S'il y avait bien une chose que le jeune garçon souhaitait cacher, c'était ça. Toutes les questions qu'il évitait de se poser, il ne souhaitait nullement qu'Isidore se les pose à sa place et n'essaie d'y répondre par lui-même, sans le consentement du principal protagoniste.

Subitement décidé à endurer la colère de son frère, Eddy avait la certitude qu'il devait lui parler immédiatement. Il fallait absolument qu'il en sache un peu plus sur l'affreux personnage qu'était le brun. Alors sans plus de réflexions, il sélectionna le numéro de Vincent dans son répertoire et l'appela. La sonnerie retentit plusieurs fois et il tomba sur son répondeur. Cependant, le châtain n'était pas du genre à se décourager aussi facilement, dans de telles circonstances — il avait besoin d’être rassuré. Il appela à nouveau une fois, sans succès. Puis une troisième fois, toujours aussi vaine. Lors de sa cinquième tentative, son frère décrocha en soupirant. Eddy devina bien vite qu'il l'avait interrompu dans des activités nettement plus intéressantes.

— Qu'est-ce que t'as ducon ? Tu peux pas attendre que je rentre ? lâcha Vincent d'une voix agacée.

— C’est urgent, dit simplement Eddy avant de poursuivre. J'ai grave besoin que tu m'expliques c'qu'il s'passe ici dans la rue. Y a trop des putains de trucs bien chelous. C'est flippant.

— De quoi ? Qu'est-ce tu racontes ? T'as craqué ton string ou quoi ? J'capte que dalle. Il s'passe quoi dans la rue, balance… piaffa son frère.

— Comme d'hab'. J'vais pas t'emmerder longtemps. Dis-moi juste des trucs sur Isidore, il m'casse les couilles, répliqua le plus jeune en sachant qu'il était plus qu'inutile de se confier à Vincent, d'autant plus s'il n'avait rien compris et qu’il ne voyait pas où il voulait en venir.

— Quoi ? C'bâtard ? Vas-y quand je rentre j'te jure j'le plante ce connard... Qu'est-ce qu'il a fait ?

— Ben... Il m'emmerde... Juste il existe et ça m'saoule... J'veux aussi le faire chier et tu l'connais... grogna simplement Eddy, ne souhaitant pas s'attarder sur le fait le plus dérangeant de sa journée.

— Bah… J’sais pas… On était juste ensemble au lycée... Non mais laisse tomber, c’est juste un vieux gars sans amis. Personne peut l'encadrer parce qu'il raconte n'importe quoi et qu'il s'y croit à mort. Y a trop de gens qui l'ont marave parce que c'est trop une grande gueule. T’as qu'à lui frapper sur sa tronche aussi, comme je faisais. Comme ça, il arrêtera de trop l'ouvrir, répondit Vincent.

— Ouais... Sa famille sinon ? Tu sais des trucs sur eux ? demanda le châtain.

— Non. Puis j'm'en branle sec. Personne s'intéresse à un pauvre mec comme lui. Il a rien à dire à part de la merde, répliqua son frère.

Eddy se contenta d'hocher la tête, les lèvres pincées.

— Cimer mon frère. 'Scuse de t'avoir emmerdé.

— C’est ça ouais... soupira une nouvelle fois Vincent tout en raccrochant.

L'adolescent n'eut plus qu'à se complaire dans l'inexistence d’informations concernant Isidore et sur le fait qu'il n'était absolument pas en mesure d'appréhender les réactions et les pensées du garçon. L'aura de mystère qui l'entourait s'épaississait toujours plus. Il fallait ajouter à cela que le jeune homme était on ne peut plus imprévisible.

Eddy soupira en s'affalant encore une fois comme une loque sur le canapé. Peut-être que s'il continuait d'ignorer le brun, ce dernier le laisserait tranquille. Après tout il avait lui aussi de quoi constituer une rumeur ; le garçon l'avait bel et bien embrassé et ses potes vivant dans la rue ne mettraient jamais en cause sa parole. Néanmoins, le châtain n'était pas certain que ce genre d'histoires affecte le guignol en question.

Le châtain dégaina de nouveau son téléphone portable, les sourcils froncés. Puis, d'un geste peu sûr, il le rangea de nouveau dans sa poche. Il voulait appeler Anthony, mais il ne savait pas vraiment quoi lui dire. Lui raconter que leur voisin l'avait embrassé ? Qu'il était venu le voir en pleine nuit ? Qu'Eddy était un gros trouillard craignant les monstres sous son lit ou dans son jardin ? Ce n'étaient absolument pas de bonnes idées. Parfois, mieux valait rester seul avec ses doutes, surtout face à quelqu'un comme Anthony qui n'était sans doute pas à même d'appréhender le problème ; ce d'autant plus que — normalement — le chef c'était Eddy, pas lui. Aux yeux du châtain, ce genre de choses était significatif.

Fermant les yeux, il se prit à ruminer l'affaire tout en mordillant ses lèvres. Isidore lui faisait vraiment peur.

Son cerveau s’échauffant comme jamais, Eddy déglutit face à l'effort produit. Il resta assis jusqu'à ce que la soirée se profile doucement et que certains occupants aient rejoint sa chaumière éclairée. Cependant, ses pensées ne se couchèrent pas avec le Soleil.

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