70. Nouvelle année

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J’ai mis exactement la même robe pour Noël, assez sexy sans être vulgaire. J’ai le cœur qui bat à en rompre mes côtes tellement j’ai peur de décevoir Alexandre. Comme le disent mes frères, s’il est prêt à faire une heure de route pour passer le jour de l’an avec une inconnue, c’est qu’il place ses moyens à la hauteur de ses espoirs.

C’est Sarah qui invite, car elle a un salon très vaste et assez de chambres pour héberger chacune d’entre nous. Je ne tiens pas à rester sobre pour cette dernière grosse soirée en ce monde. La voiture garée à cheval sur le trottoir, duvet enroulé sous un bras, bouteille de whisky à la main, je traverse le lotissement. Trois jeunes en train de fumer à une porte me hèlent :

— Bonne fête !

— Merci ! Vous aussi !

— Si vous avez besoin d’autres bouteilles et d’homme virils ! Nous sommes au numéro 5.

— Je note !

Je ne m’arrête qu’une fois à la maison voisine. Je sonne, et la belle Sarah m’ouvre, resplendissante dans sa robe de soirée. Elle m’étreint comme si elle ne m’avait pas vue depuis des mois.

— Ma belle ! Comme ça fait plaisir !

— Moi aussi.

Elle me fait entrer. Il y a une vingtaine de personnes déjà arrivée. Le salon est aménagé autour d’une barre qui laisse supposer les soirées qu’elle offre à son petit-copain, sinon peut-être à des groupes pour se faire de l’argent. La table basse est recouverte de canapés et, dans une bassine de glaçons, baignent des bouteilles de vin cuit et de bière. J’embrasse mes deux autres camarades de danse qui ont accepté l’invitation, et me présente aux inconnus. Le mari sexagénaire de ma professeure me serre dans ses bras.

— Bonjour Fanny, tu vas bien ?

— Oui, et vous !

— Faut me tutoyer. Sinon, je vais me sentir vieux.

— Pas si vieux, Hélène m’a dit que vous faisiez toujours du rock acrobatique.

— Je me suis calmé. Je danse toujours, mais je ne fais plus de portés.

— Il dit ça parce que j’ai grossi, rit sa femme.

— Non, tu es aussi svelte que quand on s’est connus. Mais je me fais vieux, je fais attention. Je viens d’avoir soixante ans, fillette. Quand je sens que le dos ne va pas bien, je m’installe dans mon canapé avec un petit mojito et Hélène me fait un petit spectacle.

Anxieuse, je demande :

— Alexandre n’est pas là ?

— Non, pas encore arrivé, me répond Sarah.

Malgré la réponse, mes yeux trient la foule. Une musique entraînante en fond sonore est couverte par les discussions. Ça piaille aigu chez les filles tandis que les hommes qui ne se connaissaient pas jusque-là partagent leur ressenti sur la discipline qui unit quelques-unes d’entre nous. Le mari de la prof, doyen de la soirée, rit aux éclats, partage sa bonne humeur et le recul que lui permet son parcours de vie.

Un peu à l’écart de la discussion des filles, préoccupée par l’arrivée imminente d’Alexandre, je remarque bien que les yeux des maris suivent de temps à autre la ligne de mes jambes. Sarah penche la tête sur mon épaule et murmure :

— T’es la lionne alpha, ce soir.

— Pourquoi tu dis ça ?

— Mon mec te mate le cul.

De deux doigts vers ses yeux, elle indique qu’elle l’a pris un flagrant délit. Il lève les mains en faisant celui qui ne comprend pas. La sonnette me permet d’éviter le conflit. J’annonce en allant vers la porte :

— C’est le mien !

Je m’éclipse dans le patio et ouvre la porte sur Alexandre, veste de costume par-dessus le t-shirt, bouteille de champagne entre les mains. Ses beaux yeux bleus me transpercent, incapables de dissimuler le bonheur qu’il a de me revoir. En pensant à la peine qu’il a ressenti en apprenant mon absence, j’ai envie de me jeter sur lui pour l’embrasser. Après quelques secondes de statisme, il balbutie :

— Bonsoir. J’ai apporté au cas où.

— Tu n’avais pas besoin.

Contre mes instincts, je lui fais la bise et le complimente :

— Jolie veste.

— Merci. Tu es très jolie aussi.

Je l’invite à me suivre pour retrouver les invités. Il se présente, serre les mains, mal à l’aise mais souriant. Honnêtement, une seule envie m’habite : finir la soirée sur un lit avec lui. Une seule culpabilité me ronge : celle de prendre le train pour Saint-Vaast après.



La soirée commence bien, neutre et cordiale, arrosée d’alcool léger. Mais dans cette ambiance festive, tandis que notre professeur, la jupe courte remontée, montre quelques mouvements à la barre, je fais signe du menton à Alexandre de me suivre à l’écart. Lorsqu’il me rejoint, je me suis assise sur les marches en bois menant à l’étage.

— Ça va ? demandé-je. Tu t’amuses bien ?

— Oui, c’est sympa.

— Même si ce ne sont pas tes potes ?

— Ça change. Toi ça va ?

— Je culpabilise un peu.

Il s’assoit à côté de moi :

— Pourquoi ?

— Je t’ai proposé de venir, et j’ai peur que tu sois déçu.

— On avait juste dit qu’on boirait un verre. Et je bois un verre.

— T’as fait de la route pour moi.

— Ben, j’avais envie de te revoir. Voir que tout allait bien. Ça me fait plaisir d’être ici, je t’assure.

— En fait, pour être franche. Ma mère s’est vachement rapprochée de moi quand elle m’a retrouvée, et nous partons en voyage toutes les deux. Juste que j’ignore combien de semaines ou mois ça va prendre.

— C’est cool. Vous partez où ?

— Dans un pays chaud, c’est notre seul objectif.

Nos regards ne se décrochent pas, donc j’ajoute :

— Si ça te tente, fais-le.

— De ?

— M’embrasser.

— Non. Je suis poli, quand-même ! Je ne force jamais une dame.

— C’est bien, ça. Ce n’est pas que je fasse du pole-dance qui te dérange ?

— Non ! Pas du tout ! Et puis si on écoute tes copines, t’es la meilleure.

— Et si j’étais stripteaseuse, ça te dérangerait ?

— T’es stripteaseuse ?

— Non, mais c’est un job auquel je pense.

— T’es jolie, tu pourrais. J’aimerais bien te voir sur la barre.

— Tu veux ?

Il opine, alors je me lève en le tenant par la main. En retrouvant le salon, ma prof a déjà quitté le mat. Ma main se tend vers l’inox et mes pas me font tourner autour. Je chaloupe sur la musique et mes copines s’exclament. Sarah, quelques secondes, plaque sa main en travers des yeux de son mari, Ma prof me tend le sac de magnésie. Je tamponne mes mains et mes jambes, puis j’enlace le mat entre mes cuisses.

Ma vie a tourné autour de la décence et des qu’en dira-t-on. En me passionnant pour la pole-dance, je me suis toujours posé la question de comment ma famille l’accueillerait. Et encore aujourd’hui, je me demande si ma mère sera à l’aise lorsqu’elle me verra en lingerie fine devant cent paires d’yeux lubriques. Pourtant, au Païen, je me suis sentie moi-même. À l’instant, je sais qu’aucune femme dans cette pièce ne me jugera et que leurs hommes profitent du spectacle sans que la jalousie ne vienne détruire leur couple. Mon improvisation se fait sans réfléchir, emmêlée dans une brume d’alcool, et inspirée par le regard d’Alexandre. Dans la suite de mouvements, lorsque mes jambes se grandissent, ma robe dévoile mon string sans qu’aucun ne s’en offense. Les yeux des garçons pétillent, épient un instant la réaction de leur conjointe, et leurs visages cherchent à masquer leur émoi. Lorsque mes cheveux volent, que mes épaules me tirent vers le bas, mes hanches, libérées du tissu, dévoilent jusqu’à mon nombril. Le silence rend aphone chaque invité, comme il le faisait au Païen. La musique seule vibre jusque dans mes veines. Lorsque la sono entonne What Is Love de Haddaway, mes talons se posent sur le sol, mes mains rebaissent le tissu sur mes jambes, puis mes hanches jouent en chaloupant avec légèreté, tout en embrasant mon ami du regard, sans qu’aucune femme ne me traite de salope. L’érotisme est au cœur de la danse et de la vision que nous partageons. Les yeux d’Alexandre brillent sans se détacher des miens. J’approche de lui, pas à pas. Il danse sur place maladroitement, perturbé par ma bouche mimant les mots de la chanson qui font écho à notre relation. Mes bras forment un collier sur son cou, et lorsque la chanson se termine, mes lèvres se posent sans hésitation sur les siennes. Ma langue envahit sa bouche. Je me fiche que ce soit sans lendemain. C’est ça la liberté !

Sarah lâche une exclamation aiguë. En sueur, sans lâcher la main d’Alexandre, je saisis mon verre. Le mari d’Hélène me dit :

— On a vraiment la sensation que tu ne fais aucun effort.

— Merci.

Le slow qui suit m’invite à me coller contre Alexandre. Mon ventre perçoit l’érection déclenchée par ma démonstration. Faisant mine de ne pas m’en rendre compte, je pose mon visage contre le sien. J’ai envie de lui demander s’il n’est pas déçu, si je suis celle qu’il s’est imaginée, mais les mots ne me viennent pas. Lorsque la chanson change, il me dit :

— J’ai chaud, je vais déposer la veste.

Il s’éloigne et dévoile les biceps écrasés par son t-shirt moulant. La musique techno old school m’invite à danser seule en l’attendant. Les souvenirs du hip hop animent mes muscles. Le beau blond s’assoit et préfère me regarder avec les autres garçons. Seules Sarah et moi battons le carrelage dans une compétition de celle qui improvisera le plus de mouvements.



Minuit arrive bien avant que je sois terrassée ! Nous comptons en chœur l’horloge affichée sur l’écran de télévision.

— Trois ! Deux ! Un ! Bonne année ! !

Ma bouche se plaque contre celle d’Alexandre. Je suis survoltée, animée d’une seule envie : lui. De savoir que je vais repartir au pays des rustres, et que je laisse quelqu’un comme lui derrière, ça me fend le cœur. Mes mains sur ses fesses, je sens l’épaisseur d’un sachet de préservatif. Le mari d’Hélène nous décroche l’un de l’autre pour nous faire la bise à chacun.

Je m’éclipse vers les toilettes, soulager les premiers effets indésirables de l’alcool. Lorsque je finis, trop ivre pour remonter mon string, je le laisse glisser de ma chaussure, puis le ramasse à la main. Je chancèle hors des WC et observe Alexandre qui patiente, son verre à la main en parlant avec le copain de Sarah. Combien de temps va durer le périple pour dénicher la jeunesse éternelle ? Combien de temps va-t-il devoir m’attendre ? Et combien de temps moi-même vais-je devoir patienter ? Ses yeux se posent sur moi, alors, les mains dans le dos, je m’avance vers lui et me blottis pour lui demander.

— T’as pris de quoi dormir ici ?

— C’est dans ma voiture, mais je n’ai pas trop bu, je vais peut-être faire la route.

— Réfléchis-y.

Je glisse mon string entre son dos et sa ceinture, puis me faufile vers la table pour me resservir un verre. Je passe devant lui en lui laissant une caresse sur l’épaule et un clin d’œil. Il me rattrape une fois que je suis éloignée de la musique, au pied de l’escalier.

— Attends !

Je l’observe par-dessus mon épaule et il m’arrête :

— On n’est pas obligés. Je veux dire, ça peut attendre. Et avec ce que tu as vécu, je ne voudrais pas…

— J’ai l’air de ne pas en avoir envie ?

— Bah…

— On peut juste monter tes affaires dans la chambre. Même si on ne fait rien, j’aimerais qu’on passe le plus de temps possible ensemble avant que je parte.

Il opine du menton, me tend son verre avec mon string avant d’ouvrir la porte de la maison :

— Je vais chercher mon duvet.

Il bondit hors de la maison. Sarah qui se dirige vers les toilettes, éclate rire en me voyant faire le porte-manteau, un verre dans une main, mon string dans l’autre.

— Tu sais ce qui plait aux hommes.

— Pas de commentaire, merci.

— On ne viendra pas vous déranger, promis.

Elle s’enferme dans les toilettes. Alexandre revient, alors je monte les escaliers avant lui, en l’imaginant se casser la nuque pour voir sous ma robe. Je pousse la porte de la chambre d’amis encombrés de cartons et de vieux livres. Je ferme la porte pour étouffer la musique. Il déroule son duvet puis me lâche :

— C’est bon ! On redescend ?

— Tout de suite ?

— Ben… Tu ne veux pas profiter de tes amis ?

— J’ai envie de passer du temps avec toi. Du bon temps…

— Ecoute Fanny, t’es bourrée. Et je ne couche pas avec les filles bourrées, c’est une question de principe.

— Je ne suis pas bourrée.

Il sourit en secouant la tête. Il doit me prendre pour une chaudasse. Entre notre premier baiser et ça. L’envie de lui est très présente, et cette soirée va être aussi chaste que toutes celles de mon adolescence. Je me tourne vers la porte avec l’idée que peut-être on ne se reverra jamais. Ma main interrompt son mouvement sur la poignée.

— Tu sais, ça a été un enfer…

Sa main se pose sur mon épaule.

— Je t’écoute, si tu veux en parler.

— T’as dû croire que j’étais une salope.

— Non.

— Une fille qui t’embrasse et qui disparaît ?

— Non. Ta disparition a été affichée partout. J’étais fou d’imaginer ce qu’on te faisait subir.

— Tu sais ? Les premiers jours, je regrettais de ne pas avoir écouté mes envies, de ne pas t’avoir fait monter à l’appartement. On aurait baisé et nous aurions été deux dans la galère. C’est un peu dégueu de penser comme ça, mais…

— Non c’est… comment dire… Logique. Tu ne veux pas parler ?

Ma main quitte la clenche, je me tourne vers lui. Il murmure :

— Si c’est trop dur, je peux comprendre. Même si on continue à se voir et que tu ne me le racontes jamais, je comprendrais.

— J’espère bien qu’on continuera à se voir.

Mon cœur se pince. Les choses doivent être clarifiées. Il me serait pénible qu’il attende plusieurs semaines, peut-être des mois, pour découvrir qu’il n’aime pas ma personnalité. Je l’observe en réfléchissant à mes choix de mots. C’est encore plus stressant de lui dire la vérité que de mentir à l’inquisiteur.

— Il faut que je sois franche avec toi. Comment dire… J’ai payé mon retour en dansant et… j’aime danser. Je veux dire que quand je danse, y a cent mecs, la bave aux lèvres qui me matent et…

— J’avais compris.

— Et aussi, j’ai… Non, mais, ce que je veux dire, c’est que c’est ma passion. Je ne veux pas que tu sois jaloux.

Il sourit paisiblement :

— C’est plutôt eux qui seront jaloux s’il n’y a que moi qui peux te toucher.

Voilà qui me rassure pleinement. Nos regards s’accrochent tandis que j’hésite à lui annoncer l’existence du symbiote. Je pourrais lui cacher longtemps, mais il y a bien un jour où il apprendra son existence. Je lui tourne le dos et il s’inquiète en prenant ma main :

— Ça va ?

Je guide sa paume sous ma robe pour éluder, il vient caresser mes flancs et mon ventre. Il est tendre, prudent, sans audace aucune. Je guide moi-même ses doigts vers ma poitrine, entends son souffle qui se coupe, puis l’accompagne en balade sur mon abdomen. Il prend du recul lui-même et ses doigts flattent mon échine. J’ôte ma robe et mes paumes prennent appui contre la porte. Mes talons aiguilles s’écartent l’un de l’autre pour cambrer ma croupe à hauteur de son bassin. Ses mains me découvrent tout entière.

— Ton dos est sacrément musclé.

Je savoure chacune de ses explorations, de mes omoplates à mes hanches. Comme s’il s’inquiétait de me savoir prête, il finit par passer son pouce sur ma vulve détrempée. Mes narines laissent échapper un soupire pour lui signifier mon empressement. La boucle de sa ceinture frappe le sol, le sachet du préservatif plane jusqu’à mes orteils, et sans se faire plus attendre, son épée pénètre mon fourreau.

Me sachant dissimulée par la musique je gémis à haute voix à chaque coup de rein, sans craindre qu’on vienne nous importuner. Brûlante comme jamais, le plaisir me faisant monter vers les portes de l’orgasme, je lui intime :

— T’arrête-pas !

Alexandre s’agrippe fermement à mes hanches puis se fige dans un ultime coup de rein. Sa peau frémit contre la mienne.

— Désolé.

Il se retire, alors je me retourne et pose un baiser sur ses lèvres.

— C’était délicieux, lui confié-je.

Je lui défais sa chemise, sans qu’il n’ y oppose un seul geste. Son corps est glabre en tout point. Mon appétit charnel est inassouvi alors je m’éloigne en direction du matelas de sol.

— Tu ne veux pas retrouver les autres ?

— Pas tout de suite. On peut attendre que la machine se remette en marche. Je sais que tu as une deuxième capote.

Je m’allonge sur le duvet et lève le bassin dans sa direction. Il sourit en s’agenouillant devant le tapis de sol. Intriguée, je laisse ses mains écarter mes jambes. Sa bouche vient chatouiller mon tatouage, avant de descendre sans équivoque vers mon sexe. Mes poumons prennent une profonde inspiration. Sa langue lape délicatement le haut de ma vulve. Ce n’est pas un homme de l’autre-monde qui ferait ça. Mes muscles se détendent, tandis que ses papilles maintiennent en vie le feu qui me dévore. Deux doigts me pénètrent et viennent accompagner ses lapements. Ils pivotent entre mes muscles, et l’effet est inattendu, électrisant, puissant.

— Oh fuck !

— Ça va ?

— Ne t’arrête pas !

Sitôt qu’il reprend, mon corps entier est bombardé de plaisir. Je me cambre sous sa bouche en lui écrasant la main entre mes cuisses. Il me regarde reprendre mes esprits en s’allongeant près de moi, un air goguenard au coin des lèvres.

— Oh ! Le kif !

Je l’enserre violemment entre mes bras et mes jambes. J’hume son odeur délicieuse. À cet instant, je ne veux plus jamais le quitter. Lui dévoiler mon troisième œil est proscrit, je ne veux pas le faire fuir.



La musique finit par s’arrêter. Alexandre se lève pour éteindre la lumière, puis ouvre le duvet pour le poser sur mes épaules.

— Tu ne t’allonges pas avec moi ?

— Je croyais que tu dormais.

— J’attendais pour le deuxième round.

Il se glisse sous la couverture, alors je l’invite à se place au-dessus de moi. Ses yeux plongent dans les miens malgré la pénombre. Il me dit :

— T’es tellement belle.

— Et toi, t’es tellement dur, me moqué-je.

Mes doigts passent sur son sexe bandé et ma bouche vient attraper la sienne. J’ai envie de douceur, de langueur et ce nouveau baiser vient ressourcer mon intimité. Ses bras se tendent vers son pantalon récupérer le préservatif et lorsqu’il revient entre mes jambes, sa tige reprend place dans mon écrin. En appui sur une main, l’autre maintenant nos deux corps lovés, je rythme la tendresse que je souhaite. Son corps à l’écoute se laisse guider, sans essayer une fois à prendre le dessus. C’est délicieux à souhait.

Lorsque j’ouvre les yeux, la couronne rouge du soleil levant inonde la pièce. Le buste d’Alexandre sous ma main est nu. Sentant mes doigts le palper, il demande :

— Réveillée ?

— Hmmm…

Je resserre mes jambes autour des siennes quelques secondes, mais, ma vessie douloureuse me fait changer d’avis. Je pose un baiser sur sa bouche, m’assois pour évaluer ma nausée, puis enfile ma robe avant de quitter la chambre sur la pointe des pieds. Escale aux toilettes, je reviens et Alexandre n’a pas bougé. J’ôte ma robe et me remets sous la couverture chaude à distance de pouvoir observer son visage.

— Tes potes ont dit quoi quand tu leur as dit que tu ne passais pas le jour de l’an avec eux ?

— Ben je leur ai dit que c’était pour te voir. Mais je suis content car ils m’ont dit qu’avec ce que tu avais vécu, tu ne devais plus être la même, que je ne devrais peut-être pas me faire des idées.

— Alors il leur faut une preuve que tu as conclu ?

— Je m’en fiche de ce qu’ils pensent.

— Prends un selfie.

— Avec toi ?

Je pouffe de rire.

— Ben sans moi, c’est sûr qu’ils ne te croiront pas.

Il se penche pour ramasser son téléphone. Je l’invite à s’asseoir contre le mur. Je m’installe dos contre lui, puis baisse le duvet jusqu’à la taille.

— Qu’est-ce que tu fais ?

— Donne ton bras.

Je place son bras en travers de ma poitrine, tandis qu’il éloigne le téléphone. Mes cheveux sont décoiffés, nos visages marqués du manque de sommeil. Lorsque la photo apparaît, j’ai l’air explosée.

— Attends, je suis trop moche. On la refait. Mets ton menton sur mon épaule, comme ça, oui.

Je change la pose et la seconde photo est réussie.

— Tu me l’envoies ?

Son pouce droit partage tandis que je décroche sa main gauche de mon sein pour l’envoyer entre mes jambes. Je guide ses doigts pour leur dicter la délicatesse que je souhaite le long de mes cuisses. Je veux juste des douceurs en surface, jouant entre mon nombril et mon mont de Venus. Alexandre, plus charmant de tous mes amants, flatte à fleur de doigts sans chercher plus. Il me donnerait presqu’envie de rester.

— J’aimerais t’emmener avec moi.

— J’aimerais venir aussi.

— Et ben viens !

— T’es mignonne, mais, je ne peux pas quitter mon taf comme ça.

Je croise les bras et me rallonge sur le duvet. Il se contente de me caresser du regard.

— Quoi ?

— J’adore les filles tatouées.

— Tant mieux.

— Et t’es super bien gaulée.

— Alors, qu’est-ce que t’attends ?

Il s’allonge, et m’embrasse langoureusement. Je couvre son buste de baiser et descend jusqu’à sa hampe. Il se laisse rouler sur le dos, alors j’enveloppe son gland entre mes lèvres, tout en laissant ma main aller et venir. Je joue avec ma langue quelques secondes, histoire de préliminaires, aspire de toute mes forces…

— Attends !

Je lève le menton :

— Quoi ?

Un soubresaut me surprend et sa semence coule sur mes doigts.

— Désolé ! Je suis désolé ! — Il prend son propre t-shirt pour m’essuyer les doigts, le visage rouge de gêne. — J’ai bandé toute la nuit et…

— T’inquiète, t’es pas le seul à qui ça arrive. Viens.

Je m’allonge en lui ouvrant les bras. À défaut, nous pouvons somnoler avant d’être séparés. Dans quelques heures, nous nous dirons au revoir. Alors autant profiter de la tendresse. Tout en caressant ses cheveux, en humant son parfum, je pense au voyage qui m’attend.

Alexandre, les yeux clos, somnole sous mes caresses et son sexe que je guette, ne retrouve aucune vigueur. Dans le couloir, le sol grince sous les pas des autres invités. Quelques rumeurs parviennent au bas de l’escalier. J’hésite entre rejoindre mes amis et rester avec lui. Mes bras se desserrent et les yeux d’Alexandre s’entrouvrent pour me regarder.

— Je suis désolé.

— On aura bien l’occasion de se rattraper.

J’enfile mon string et ma robe, puis, les escarpins à la main, je rejoins le rez-de-chaussée. Un détour par la salle de bain, et lorsque mes doigts sont lavés, je tombe sur le mari de ma prof :

— Tiens, la petite championne.

— Vous avez dormi ici, aussi ?

— J’étais bien rond, je me suis dit, mieux vaut ne pas prendre le volant. Et le canapé de Sarah est très confortable. — Il se colle contre moi, comme pour me confier un secret. — Le lit était confortable ?

— Ça va.

— Vous nous avez quitté tôt, hmmm ?

— Mais la nuit a été très chaste.

— C’est ça ! Gourgandine !

Il rit, et moi je repense à Jacques et à ses expressions d’une autre époque. Alexandre nous rejoint. Puis après un café, il décide de reprendre la route.

En robe de soirée, frigorifiée malgré le soleil, je l’accompagne jusque sur le parking. Il se moque en riant :

— Je t’avais dit qu’il faisait froid.

Je tremble, il ouvre sa voiture et se retourne. Je me colle contre ses vêtements chauds et l’embrasse langoureusement. Puis il s’assoit, me regarde avec son œil plein de malice et de joie. Le moteur vrombit, la porte claque, et la voiture s’en va, me laissant avec un sentiment de vide. J’ai envie de partir à Saint-Vaast, mais me séparer de lui me fend le cœur. Je ne suis quand même pas déjà en train de tomber amoureuse ? À qui essaie-je de mentir ? Evidemment que je suis en train de tomber amoureuse.

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