# 1337 Extrait de dossier - Jour 13

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Jour 13



J'ai fait un rêve. Ça ne m'était pas arrivé depuis très, très longtemps. C'est étrange, cette sensation de se réveiller et d'être ici. De se retrouver à nouveau dans cette cellule vide, intégralement vide. Il n'y a même pas de lit. Après tout, il n'y en a pas besoin. Le sol est très confortable. Si confortable que j'ai beau me jeter contre les murs de toutes mes forces, je ne fais que rebondir avant de m'étaler sur le sol. Parfois, je me jette jusqu'à l'épuisement. Mais je ne me blesse jamais. Et si j'essaie de me griffer ou de me mordre ou de me mutiler, je m'endors. Je crois que j'en ai déjà parlé il y a quelques temps. Je ne sais plus.

J'ai rêvé d'un serpent. Je sais que c'en est un car j'avais des posters holo de ces animaux dans ma boutique. Mes plantes adoraient être entourées d'animaux du passé. Des animaux qu'on trouvait dans de lointaines contrées, vierges de toute civilisation. Ça n'existe plus, de nos jours, des endroits sans activité humaine. Il n'y a que des villes, à perte de vue.

Il était noir et bleu. Un noir profond et un bleu grisé, mais intense. Avec des écailles rugueuses et en relief, en forme de pyramide. C'était un magnifique serpent. Je n'avais jamais vu cette espèce auparavant. Mais après tout, je ne suis pas un expert.

Je me souviens avoir été un peu effrayé au début. Enfin non, pas effrayé, plutôt impressionné. Il était énorme, ce serpent. Épais comme mon mollet. Il était si long, interminable. Je n'ai jamais vu d'animaux aussi gros. On ne peut voir que des animaux de compagnie à la surface. Des rats, des souris, des chats et des chiens. Ça coûte extrêmement cher, un animal de compagnie. Il n'y a que les fortunés qui peuvent en avoir. Pas forcément ceux des Hauteurs, mais il faut sacrément de pognon quand même.

Il y a des animaux d'élevage aussi. Ils ne quittent pas les usines de bio-fabrique et personne ne les a jamais vus. Personne de mon entourage en tout cas. Ah oui, c'est vrai. Je n'ai pas d'entourage. Disons plutôt que tous ceux avec qui j'ai pu discuter de ce sujet n'en ont jamais vu non plus.

Mais il était magnifique, ce serpent. Et très amical en plus. Je lui caressai le ventre. C'était chaud et rugueux. Il n'a jamais fait mine de me mordre. Il était là, simplement, il me tenait compagnie.

Je me souviens aussi d'un jardin. Il y avait de l'herbe partout, absolument partout. Et quelques pierres disposées en cercle. J'étais assis sur l'une d'entre elles. Le serpent est sorti du rocher d'à côté. Il devait probablement dormir dessous.

Je ne sais pas comment j'ai fait pour rêver. J’espère réussir à nouveau cette nuit. Ça me permet de m'évader. Je laisse mon inconscient faire ce que ma conscience est incapable d'accomplir. Me sentir ailleurs. Être ailleurs. Je n'arrive même pas à m'imaginer chez moi ou dans ma boutique. Je n'en ai que quelques souvenirs, mais rien d'assez intense pour y être vraiment. Et ça s'estompe, de plus en plus. Alors que ce rêve, c'était si réel ! En fermant les yeux, je m'y croirais presque. Mais ce n'est pas suffisant. C'est toujours pareil. Je manque de créativité. J'en ai toujours manqué. Ça m'aurait été bien utile ici, pourtant.

Tant pis, je vais retourner dormir. Et essayer de rêver.

Voyez, enfoirés de bureaucrates ! J'ai trouvé le moyen de m'évader !

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