J- 2

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J'atterris brusquement chez moi. Le souffle court, je me rétablis à l'aide du bar placé comme par hasard sous ma main.

- Maman?, me demande une petite voix.

Je lève les yeux. Mon fils me fixe avec un regard surpris. Comme la fois d'avant.

- Tout... tout va bien Arthur. Ne t'inquiète pas.

Mon petit garçon se lève de sa chaise et s'approche.

- Alors pourquoi tu allais bien, et après tu t'es pliée en deux? T'es malade?

- Non, non, ne t'inquiète pas. Retourne manger, on doit partir à l'école.

Arthur, sans me lâcher des yeux, engloutit son petit déjeuner, passe les bretelles de son sac, court embrasser son père. Juste avant de partir, il dépose un petit bisou sur la joue rebondie de sa petite soeur. Un spectacle toujours aussi attendrissant. Mon fils revient me prendre la main et nous descendons ensemble l'escalier de l'immeuble où nous habitons. Le trajet vers l'école me semble bien court. J'ai un peu de mal à quitter Arthur, sachant que je vais mourir dans la journée. Et qu'Arthur aussi.

Le maître lui tend la main. Mon fils dépose un dernier baiser sur ma joue avant de s'en saisir. Presque à reculons, je rentre chez moi. Esteban, mon mari, m'attend pour partir. Il m'embrasse avant de dévaler l'escalier. Je le suis des yeux, referme la porte et m'adosse à elle. Alice, dans sa chaise haute, me fixe tout en buvant goulûment son lait. Je lui souris. Elle lâche son biberon qui rebondit sur le sol. Tendant les bras vers moi, ses mignons sourires font fondre mon cœur. Je la prends tout contre moi, ramasse le biberon et lui redonne. Et la voilà qui termine son repas dans mes bras, la petite manipulatrice! Enfin, je n'ai rien contre et tout pour. 

La serrant toujours contre moi, je déambule dans l'appartement. Maintenant que je sais que ma mort est survenue juste après le goûter d'Arthur, je me demande à présent ce qui en est la cause.

Je retourne à la cuisine. Je pose Alice dans son parc, pars chercher mon ordinateur, un bloc note et un stylo et reviens le plus vite possible. Je ne veux pas laisser Alice seule. Je sais que nous mourrons toutes deux à la fin du jour. Alors je veux pas la quitter des yeux.

La journée passe.

Peu avant 16h, je vais chercher Arthur. De retour à l'appartement, Arthur laisse tomber son sac dans l'entrée, court chercher une feuille et ses crayons et revient tout poser sur la table de la cuisine. Il monte sur une chaise et commence à griffonner sur la feuille. Alice sort de sa poussette et va s'asseoir près de son parc et, avec un lot de cubes multicolores, commence à les mettre les uns sur les autres. Bon, à trois ils tombent mais elle persévère. 

Je me poste près de la fenêtre, pour voir et dehors et la cuisine. Les voitures passent, rien de bien extraordinaire. Ah, un camion. Ils sont rare par ici. Il porte la marque du Monop'. Normal, il y en a un juste en bas de la rue. Dans la cuisine, tout va bien. Arthur gribouille et Alice mâchonne un cube. Un mouvement brusque attire mon attention. Le camion prend de plus en plus de vitesse. Il tourne par à-coups, comme si le chauffeur essayait tant bien que de mal de reprendre le contrôle de son engin sans y réussir. Va-t-il s'écraser contre l'immeuble? 

Je secoue la tête. Même s'il nous rentrait dedans, le bâtiment ne pourrait tout simplement pas s'écrouler! Pas possible. Mais le doute s'insinue sous mon crâne. Le camion disparaît de mon champs de vision, signe qu'il arrive juste devant nous. J'attends, crispée. Mais non, il ne vas rien faire je me suis imaginée un film...

Et alors que j'allais soupirer de soulagement, le bruit effroyable retentit. 

La douleur arrive. Le regard larmoyant, je baisse les yeux. Sur ma chemise blanche, une large tache rouge s'étiole. Un morceau de plâtre assez important m'est tombé dessus. Mon corps s'effondre sur lui même. Je ferme les yeux pour ne pas voir Arthur ni sa soeur. La vision d'horreur, je l'ai déjà eue, et je ne veux plus jamais la voir.

Mon souffle rauque ralentit, se fait de plus en plus laborieux avant de s'éteindre totalement. C'est fini.

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