J-1

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Lorsque j'arrive, mon rétablissement se fait avec plus de douceur que les fois d'avant, si bien que je n'alerte ni mon fils ni son père. 

Après le départ de mon mari avec Arthur (je lui ai demandé de l'accompagner, prétextant une douleur à la cheville), après le petit-déjeuner de ma dernière, je m'assois par terre, sur le carrelage froid de la cuisine. Je n'ai plus que deux jours, en comptant celui-là, pour résoudre le casse-tête monumental qu'est cette histoire de cinquante-trois morts causés par un camion fou.

La journée passe sans que je ne trouve de réponses. Et puis, mon regard est attiré par une petite affiche sur la porte d'entrée. Les numéros d'urgence. Mais bien sûr! Appeler la police pour qu'elle sécurise l'immeuble. Ou qu'elle fasse un barrage et empêche le camion d'emprunter la descente. Je me rue sur le téléphone. De l'autre côté, ça décroche.

- Police Nationale, je vous écoute.

- Oui, allô madame, c'est Madame Oppkins à l'appareil. Je vous appelle pour vous prévenir : un camion blanc portant le logo de Monop' va s'écraser dans mon immeuble, au 114, rue Ferry peu après 16h.

- Ecoutez madame, cette ligne est sérieuse, nous ne pouvons pas perdre notre temps avec des blagues idiotes. 

- Attendez!

Elle a déjà raccroché. Je retiens un juron. Si même la police refuse de me croire, comment vais-je faire pour empêcher la catastrophe?

Peu avant 16h, je vais chercher Arthur. Avant de monter, je m'attarde devant l'immeuble. Plusieurs piliers le soutiennent par dessous mais aucun d'eux ne le ferait s'écrouler. Ah! si, celui du milieu, le plus gros. Le bâtiment imploserait s'il était détruit. Je calcule rapidement du regard. Oui, vu l'angle du camion, il a dû foncer dedans. De retour à l'appartement, Arthur laisse tomber son sac dans l'entrée, court chercher une feuille et ses crayons et revient tout poser sur la table de la cuisine. Il monte sur une chaise et commence à griffonner sur la feuille. Alice sort de sa poussette et va s'asseoir près de son parc et, avec un lot de cubes multicolores, commence à les mettre les uns sur les autres. Bon, à trois ils tombent mais elle persévère. 

Je me poste près de la fenêtre, pour voir et dehors et la cuisine. Les minutes passent puis le camion arrive. Ce dernier prend de plus en plus de vitesse. Il tourne par à-coups, comme si le chauffeur essayait tant bien que de mal de reprendre le contrôle de son engin sans y réussir.

Je préfère fermer les yeux.

Le bruit effroyable retentit. 

Je ne ressens même plus la douleur. Peut-être m'y attendais-je trop?

Mon souffle rauque ralentit, se fait de plus en plus laborieux avant de s'éteindre totalement. C'est fini.

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