Chapitre 49E: décembre 1800

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—''Oh, mais quelles belles boucles... Serais – ce votre maman qui vous aurait coiffée ?

—''Oui.

Malou se pencha vers sa fille et lui caressa l'épaule.

—''C’est maman qui t’as coiffé ? Non, ce n’est pas maman. C’est Madeleine. Elle s’adressa à nous. C’est sa nourrice. Elle adore lui faire des coiffures, et ces anglaises au fer à frisé tiennent depuis notre départ de Bordeaux, soit à la fin du mois de novembre.

Nous allâmes nous asseoir au salon, laissant les enfants découvrir notre maison. Si Marie - Louise resta un temps sur les genoux de sa mère, Amand rejoignit vite son frère à l’étage.

—''Il faudra que j’aille régulièrement voir ce qu’ils font, car Amand fait des bêtises.

—''Ah oui ? Quel genre ?

—''La dernière en vue, c’est d’avoir, avec la complicité passive de sa petite sœur, vidé un paquet de farine dans sa chambre. C’était drôle, car quand il marchait dedans, ça laissait des traces.

—''Armand est intervenu je suppose ?

—''Oui, ils se sont pris une multitude de coups de pieds au derrière.

—''D’ailleurs, n’est t-il pas là ?

—''Il doit être à la voiture avec la toute petite.

—''Ce n’est pas vrai ? Auriez – vous emmené vos jumelles ?

—''Seulement Marie – Augustine, car Marie - Camille est trop fragile. Voulez – vous que nous allions voir ce qu’il fabrique ?

Nous allâmes donc rejoindre Armand, qui fumait accoudé à la porte de sa grande voiture garée dans notre cour. Je lui faisais la bise, et l’odeur de tabac qui imprégnait ses vêtements me donna un haut le cœur. Malou se contorsionna pour attraper le couffin logé sous un des sièges, et me le tendit à bout de bras. Le bébé de cinq mois, emmitouflé dans des couvertures, me fixait de ses yeux bleus. Nous rentrâmes suivies d’Armand, retrouver Marie et les enfants. Je découvrais Marie – Augustine, et dès ce, Marie – Louise arriva pour la caresser.

—''Eu prende ma tite sœur ? s’adressa t-elle à Malou

—''Non. Répondit son père. Va plutôt t’amuser avec tes cousins.

Quand elle commença à piétiner le sol en fixant sa mère, Armand lui donna une violente fessée qui la fis déguerpir en pleurant et en se tortillant.

—''Où sont donc vos maris ? Nous demanda t-il de son accent du sud en posant son verre

—''Tous deux au travail, répondis – je. Marie rajouta. Léon – Paul essayera de ne pas s’attarder pour rentrer. Je terminais. Tout le monde ne peut pas s’accorder des semaines de congés.

—''Je comprend très bien. J’ai la chance d’exercer un métier qui me libère énormément de temps pour ma famille, et je sais que ce n’est pas le cas pour tout le monde. Cependant, si nous avons pu venir, c’est parce que j’avais une visite sur Saint – Germain en Laye.

—''Malou m’en avait parlé dans ses lettres.

—''Ah oui, elle vous en avait parlé ? Et que vous a t-elle dit aussi, que je ne me répète pas ?

—''Que nous a t-elle dit… Que la naissance de ses jumelles l’emplit de cette maternité qu’elle adore… que votre fils Amand était une petite terreur…

Ma nièce riait en m’écoutant. Son mari la regarda.

—''C’est vrai ? Tu as vraiment écrit ça ? N’exagères pas, il n’est pas si terrible.

'' —Écoute, il est vrai qu’Amand fait souvent des bêtises. Je n’invente rien. Quand on écoute l’histoire de la farine…

—''Non mais ça, l’histoire de la farine, c’est particulier. Je suppose que tu l’as déjà raconté deux fois à tout notre cercle familial. Tiens, va donc voir ce qu’ils font en haut.

En se levant, elle lui adressa simplement, le sourire aux lèvres.

—''Tu vois que tu n’es pas si tranquille.

Nous laissâmes Marie – Augustine à Alice et Marie et je montais avec Malou. Nous croisâmes dans les escaliers Marie – Léonie, qui du haut de ses treize mois, s’essayait à la descente. Ma nièce découvrit ainsi sa propre nièce.

—''Bonjour Marie – Léonie… Saluerais – tu ta tante ?

Elle prit l’enfant dans ses bras, l’embrassa et la ramena à sa mère.

—''Je vous ramène votre apprentie – escaladeuse. Elle s’essayait à la descente des escaliers, et je l’ai intercepté avant l’accident.

—''Merci bien. Dorénavant, je la surveillerais mieux.

Nous montâmes donc de nouveau, et observâmes discrètement depuis l’entrée des chambres les enfants jouer. Bernard, lecteur assidu selon sa mère et Auguste, qui peinait encore à déchiffrer, lisaient à deux voix le livre de conte qu’avait reçu l’enfant pour son cinquième anniversaire, allongés sur le lit d’une des chambre vide. Nous cherchâmes ensuite Amand.

Après un long cheminement dans toute la maison, nous le trouvâmes.

Il était accroupi près de sa sœur Marie – Louise et Alice, et ils semblaient observer quelque chose qu’on ne pouvait pas distinguer depuis le seuil de la porte. Nous nous précipitâmes lorsque Alice porta quelque chose à sa bouche. Ma nièce eut juste le temps de l’intercepter avant que la pièce d’un franc ne finisse entre ces petites dents innocentes. Mais ce n’était pas cela qu’ils observaient depuis un bout de temps, plutôt une fourmi qu’Amand avait entouré de craie et qui se trouvait coincée dans une prison fictive, dont on pouvait aisément agrandir ou restreindre l’espace, et la regarder tourner sans cesse à la recherche d’une sortie. Malou tapota l’épaule de son fils, subjugué.

—''Amand ? Je descends avec les petites, voudrais – tu nous suivre pour biberonner Marie – Augustine ?

Il se leva.

—''Oh oui maman.

Nous redescendîmes donc au salon où Marie et Alice câlinaient le bébé de cinq mois, qui croquait les doigts en laissant des filets de bave.

—''Elle fait ses dents sur vous. Sympathique ma fille.

Marie s’interrogea.

—''Déjà ? Ça ne commence pas un peu plus tard d’habitude ?

—''Non, si vous voulez, je peux vous montrer.

Marie lui redonna sa fille et ma nièce nous montra les deux traces blanches que l’on pouvait voir en transparence sous sa gencive inférieure. Bientôt, il fallut la changer et lui donner son biberon. Ma belle – fille voulu l’emmener en haut pour nettoyer ses fesses, mais sa mère rétorqua.

—''Nous allons d’abord lui donner son biberon, et ensuite nous irons la changer. C’est parce-qu’elle salira de nouveau ses langes dès que nous aurons fini.

Amand fixait sa mère, prêt à lui rappeler que c’était lui qui devait la biberonner. Mais sa mère n’était pas du genre à oublier. Elle alla lui montrer comment préparer son biberon, et ensuite, confortablement assis, il laissa sa sœur avaler goulûment son lait de chèvre, affamée. Marie – Louise montra bientôt des signes de jalousie, postée devant sa mère et réclamant elle aussi de pouvoir s’occuper du bébé. Comme son père Armand venait de partir, la petite savait qu’elle ne risquait rien à s’énerver un peu. Malou lui expliqua doucement.

—''Maintenant, c’est ton frère qui nourrit Marie – Augustine, et ce soir, ce sera ton tour.

—''Moi veu nourrir Titine.

Simplement, sans s’énerver, sa mère la souleva par la taille, et l’assit tout près d’elle. L’enfant bouda un peu, mais on n’eut qu’à ignorer ses caprices pour que tout rentre dans l’ordre. Marie suivit ensuite Malou pour aller laver Marie – Augustine, et elle la coucha dans son couffin près du canapé. La jeune mère donna à téter son petit doigt au bébé pour l’apaiser, qui s’endormit aussitôt. En milieu d’après – midi, nous installâmes les cinq enfants à table, pour leur distribuer leur en – cas.

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