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Versoix, vendredi 15 mars 2019, 8h05



Sabina Cheland était en train d'étendre du linge.

On sonna à la porte.


Meyrin, samedi 16 mars 2019, 10h20


Alice avait pris un anti-douleur. Mangé une tartine de cénovis, bu un jus de citron.

Assise dans le canapé de son salon, emmitouflée dans une couverture polaire, elle réfléchissait.

Pouvait-il être possible que Sabina Cheland aie cherché à tuer son mari.

Apparemment, puisque que Hans avait décidé de la mettre en garde à vue. Il n'y avait pas assez d'éléments pour immédiatement la disculper.



Sabina Cheland ouvrit la porte.

- Bonjour, vous êtes madame Cheland ? lui demanda un des deux policiers en uniforme.

Elle s'inquiéta immédiatement.

- Oui, c'est moi...qu'est ce qui se passe ?


Le ciel était nuageux. Mais le soleil insistait. On voyait par endroit le gris qui se fissurait.

Alice sirotait son thé de fenouil.

Pourquoi la Sabina Cheland choisirait une manière aussi violente d'éliminer son mari ? Quel était le mobile. Le couple Cheland avait ses problèmes, comme tous les couples. Mais pas au point d'en venir à un tel extrême. Ça ne collait pas. Alice avait la net impression que Hans s'était laisser déborder par ses émotions. Comme elle, il devait en avoir marre de l'affaire « E ». Et Sabina Cheland payait pour les manquements de résultats de l'enquête.



Elle était au bord de la crise de nerf de sa vie, la pauvre Sabina. Assise au poste du boulevard Carl-Vogt, interrogée par un Nicolas et un Hans qui en voulaient, de l'aveu. Et si Sabina était « E » semblaient-ils croire. Ou espérer ?!

Nicolas tapa du poing dans la table. Elle sursauta, en larmes.

- Vous avez prit votre voiture ! Vous connaissez le chemin qu'emprunte votre mari. Et vous avez pris un autre chemin pour pouvoir l'intercepter au rond-point de Bellevue, et ensuite vous l'avez écraser sans le moindre scrupule, n'est-ce-pas, madame Cheland ! C'est comme ça que ça c'est passé ! Répondez !

Elle ne parvint pas à articuler le moindre mot. Elle pleurait en secouant la tête.

- Pourquoi ? Pourquoi avez vous voulu tuer votre mari, madame ? cria-t-il.

Entre deux sanglots, elle parvint à demander :

- ...mes...enfants...où sont mes enfants ?...mon mari...où est mon mari... ?

- Il est à l'hôpital, dans le coma. Avec de multiple fracture, dont une sérieuse du crâne ! Il est entre la vie et la mort ! Saviez-vous que votre mari vous trompait  ?

-...je...je...n'ai pas ...tué mon mari...

- Ah bon ??! Et pourtant c'est votre voiture qui l'a renversé, des témoins ont vu que le conducteur était une femme blonde, votre voiture porte toutes les marques d'impact du choc avec le vélo de votre mari. Pare-brise brisée, par-choc enfoncé, trace de peinture correspondant à la couleur du vélo. Vous avez-fait exprès de laisser votre voiture à la gare de Versoix pour faire croire que l'on vous l'avait volée ?

- Mais...mais...on me l'a...volée...



Alice prit un bonbon pour la gorge. Fermait les yeux.

Donc, l'hypothèse défendue par Nicolas l'était aussi par Hans.

C'était d'ailleurs un peu étonnant que Hans suive ainsi l'inspecteur Vidon qu'il n'aimait pas. Il l'avait avoué un jour à Alice. Elle non plus ne l'appréciait guère. Elle le trouvait arrogant et vulgaire. Son regard sur elle était celui d'un homme qui a envie de la baiser et qui ne s'offusque pas de le montrer.

Donc, l'hypothèse était que Sabina aurait découvert que Patrick aurait eu une aventure avec la chancelière Anna Paguel de Widen. Tiens, pensa Alice, la revoilà celle-là. Et comment avait-on fait pour dénicher cette information ? Un échange sur whatsapp entre les deux « tourtereaux ». On avait pris son smartphone, passé au crible tout ce qu'elle contenait, et on était tombé sur quelques mots doux. Apparemment, ils avaient fini par coucher ensemble lors d'un voyage à Madrid où Patrick Cheland avait accompagné la chancelière.

Alice regardait le ciel. Le soleil était à deux doigt de se frayer un passage. Et elle pensa aux différentes occasions où elle avait côtoyé Anna Paguel. Elle ne l'aurait pas pensé capable de tromper son mari. Ils allaient devoir l'interroger.

Par contre que Patrick Cheland aie cédé à la sirène, car d'après les messages, c'était la chancelière la plus entreprenante dans l'histoire, était étonnant. Un autre homme ne se serait pas fait prier pour coucher avec la chancelière, qui était, elle-même le concédait, une femme avec un indéniable sex-appeal très classe, d'ailleurs. Mais Cheland lui avait réellement donné l'impression que voilà un homme fidèle. Qui a des principes, même qu'il est politicien. Et s'il s'avérait que l'adultère était confirmé, Alice serait déçue par l'homme. Mais également déçue par la femme. Et très étonnée, dubitative.

Avait-on été dans la précipitation ? Avait-on mal interprété les messages. Peut-être pas. Il y avait tout de même bien eu un «  Je me réjouis d'être avec toi à Madrid, dans la même chambre, dans le même lit.... »...signé : Anna.

Et Patrick Cheland qui était hors circuit. Dans un profond coma, pronostique vital engagé, il ne pouvait évidemment ni confirmer, ni infirmer les messages. Y avait-il une autre Anna ? Mais même si il y en avait une, c'était bien lui et la chancelière qui s'était rendu à Madrid. Donc...ils avaient vraisemblablement bien couché ensemble. La chancelière n'avait pas encore été contactée. Elle n'était d'ailleurs pas là. En voyage à Copenhague.



Hans était hors de lui :

- Il y a un mois, votre mari s'est rendu à Madrid avec la chancelière d'état, Anna Paguel de Widen. Vous le saviez ! Cela vous a rendu jalouse ! Et puis vous avez découvert les messages que votre mari et la principale intéressée s'échangeait. Et vous avez eu la certitude que les deux avaient passé plus que du bon temps à Madrid, n'est-ce-pas, madame Cheland.

-...non...non...non...je ne le savais pas...balbutia-t-elle avant d'éclater en sanglots.



Alice trouvait qu'ils y avait été un peu fort avec la Sabina. Ils s'étaient rendu chez elle, et l'avait embarquée au poste de police, sans passer par la case Hôpital, où son mari avait été admis d'urgence et luttait contre la mort. La voiture, les messages sur whatsapp, le témoignage sur une blonde qui conduisait la golf, et c'était bon. On pouvait pratiquement la jeter en prison. Elle savait Hans et elle-même de plus en plus sous pression. Mais elle avait l'impression que là, ils avaient un peu perdu les pédales. C'était aussi une des raisons pour laquelle elle était tombée malade. Elle avait des dualités. Plein la vie. Dualités avec Diae qu'elle s'imaginait avec une autre. Des dualités avec Hans concernant l'affaire « E ».

François Champs et son équipe avaient trouvé, au milieu du rond-point, dans les fleurs d'ornementation, le smartphone de Patrick Cheland. Catapulté hors de sa poche suite au choc. Et ils l'avaient immédiatement analysé ses données. Et quand, dans la camionnette de la police scientifique, François avait montré les messages sulfureux à Hans, celui-ci était devenu extrêmement froid. Alice lui avait dit qu'il ne fallait pas s'emporter, se précipiter dans des hypothèses sans véritable preuves. Mais il n'avait pas relâcher les mâchoires. Et il s'était rendu chez Sabina Cheland avec Alice et une dizaine d'autres policiers. Cinq véhicules s'étaient arrêtées devant la maison des Cheland, sirènes hurlantes. La femme avait ouvert la porte, était sortie devant la maison, impressionnée et aussi un peu effrayée par tout ce tintamarre.

Alice se leva. Elle se rendit dans sa cuisine pour se préparer encore un jus de citron. Non. C'était la première fois qu'elle doutait de Hans. De sa clarté de vision. En plus, il était probable que ce ne soit pas leur boulot de s'occuper de cette affaire. Si « E » n'avait rien à avoir avec l'accident de Patrick Cheland, quelqu'un d'autre serait mis dessus. Donc s'exciter de la sorte l'avait mise mal à l'aise. Elle, chez les Chelands, devant Sabina, avait vue une femme qui ne comprenais absolument pas ce qui lui arrivait. Hans avait vu une femme qui avait pris sa voiture deux heures auparavant, fait tout un détour pour intercepter Patrick à l'entrée de Bellevue pour ensuite, sciemment l'écraser. Puis était repartie en trombe, direction Versoix. Avait laissé sa voiture devant la gare et rejoint à pied sa maison, en à peu près dix minutes en marchant d'un bon pas. Pour ensuite, jouer la grande étonnée de voir une armada de voiture de police débarquer devant chez elle. C'était la première fois que Hans et Alice faisait le grand écart dans leurs évaluations d'une situation. Et c'était pour ça qu'elle était malade.

Et ce qui perturbait l'inspectrice de vingt-sept ans était qu'elle devinait que les raisons qui la rendait malade, n'étaient pas des raisons uniquement professionnelle.

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