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Mardi 12 mars 2019, 12h30, pizzeria Sole Mio, Bld. Carl-Vogt


Hans avait pris des pâtes à l'ail, Alice une salade paysanne (avec du gruyère).

- Tu veux pas qu'on te rajoute un peu de pâtes sur ton parmesan, lui dit Alice en rigolant.

Hans avait pratiquement vidé le bol du fromage italien.

Il sourit:

- Surtout pas! J'adore comme ça!

Il regardait Alice.

Aujourd'hui, elle avait réalisé un magnifique chignon avec son abondante coiffure. Quelque mèches s'en échappaient autour des oreilles. Cela lui conférait un charme fou. Il pensa au dimanche d'il y a dix jours. À la robe qu'elle avait mise en débarquant chez les Pericolos. À son parfum, ce jour-là. Il sentait alors une chaleur à l'intérieur de lui. Et il su que le jour où il réintégrerait Amriswil, sa femme et ses enfants, sa vie d'inspecteur à la police de Zürich, il ressentirait un vide. Le vide laissé par Alice.

- Dis-donc, on en n'a pas parlé. Je trouve que tu t'es très bien débrouillé au skype face au président Matton, l'autre jour...fit la jeune inspectrice.

- Ouh mais Alice, ça fait bientôt un mois tout ça...

- Oui. Il n'est jamais trop tard pour féliciter quelqu'un...

- Alors merci.

- Non mais. Ce que je voulais dire, c'était que, à la fin de l'entrevue, tu as réussi à tourner les choses en notre faveur. Quand le skype a été terminé, le président français était de nouveau sur une ligne de pensée positive, alors qu'il était négatif au début de l'entrevue.

- Hum...si tu le dis. Mais qu'est ce qu'il s'est passé déjà ?

- Ben...Jean-Pierre Lonfat s'est un peu pris les pieds dans le tapis...

- Ah oui, à trop vouloir du politiquement correct...

- Oui. Il a voulu tellement positiver. Ce qui a rendu le président français soupçonneux. Avec Jean-Pierre Lonfat, c'était tout juste si l'affaire « E » existait, et que tout cela n'était qu'un malheureux malentendu, expliqua Alice. Les choses devenaient ridicules. Lonfat avait tellement peur du français, qu'il était presque prêt à vendre le canton à Matton !Et puis tu as repris le skype en main.

- Oui. C'était vraiment fou, fit Hans en rigolant. J'ai eu mal pour lui. On le voyait même transpirer, alors qu'il ne faisait pas particulièrement chaud.

- Oui. Et là t'as ramené du sérieux. J'étais fier de toi.

Elle lui sourit adorablement, et ajouta :

- Je voulais juste te le dire...

Hans eu un pincement au cœur. Il se dit que, sapristi, elle allait sacrément lui manquer, Alice, une fois retourné en Thurgovie !

- Allez ! (il leva sa bière) Santé !

Ils firent tinter leur bock.

Puis finirent le repas, parlèrent de tout et de rien.

Pour accompagner son café, Hans craqua pour un tiramisu.


Ensuite il héla le serveur d'un signe de la main : « L'addition s'il-vous-plaît ! ».

Le restaurant était bondé à cette heure. Et il dut attendre cinq minutes. Il insista auprès d'Alice pour la régler. Jeta un œil sur le montant tout en finissant son café. Sous l'addition un bout de papier attira son attention. C'était une toute petite enveloppe, comme celle que l'on utilise pour les bouquets de fleurs. Il le prit, l'ouvrit et pris connaissance de son contenu.

Puis il perdit la tasse de café, le café qu'il avait en bouche, la tasse se cassa sur le carrelage. Il avait du café sur le pantalon, la chemise. Il se leva d'un coup, sortit son arme de poing de son étui, et se précipita vers le comptoir en criant : « Police ! Police ! ».

- Qui vous a remis ce papier ? QUI ?? demanda-t-il en s'adressant au bar.

Alice arriva près de lui :

- Qu'est-ce qui se passe, Hans ? Il y a quoi sur ce papier ?

Hans regarda Alice droit dans les yeux :

- ÇA ! fit-il en lui tendant le papier.

Sur ce il sortit en courant du restaurant. Alice l'entendit juste dire sur son téléphone :

«  On boucle tout le quartier ! Et vite ! »

Alice lu alors le message  :


Gregory Bolly au conseil d'État ?

Pas sûr que ce soit une bonne idée !

Pas sûr que Bolly reste longtemps à son poste...


E


Trente secondes plus tard, ce fut un ballet interminable de sirène de police qui dura plus d'une heure de temps. Avec des pics plus ou moins forts. Hans devenait fou !

- Alice!!!Putain!!!Il était là!!...  « E »...Alice. Tu te rends compte. Il a été à côté de nous, et on n'a rien vu !!!

L'espace d'un très court instant, Alice cru qu'il allait se mettre à pleurer. Pleurer comme un gamin. Elle sentit qu'il avait besoin de casser quelque chose. Mais au lieu de ça, il se mit à courir, pour attraper « E ». Et elle le suivit. Tous les deux l'arme à la main. Jamais elle ne s'était senti autant comme dans un film. Les voitures de police arrivaient de tous les côtés. On avait barricadé toutes les rues avoisinantes. On avait envoyé des messages sur tous les réseaux sociaux, le portrait robot, en priant toute la population de signaler le moindre indice pouvant aider la police. Ce fut une rude cacophonie.


Et quand il fut évident pour tout le monde que « E » leur avait une nouvelle fois échappé, Hans et Alice revinrent sur leurs pas et entrèrent de nouveau au Sole Mio qui portait en cet instant là, dans leurs esprits, leurs âmes, Ô combien mal son nom !

Le restaurant avait été séquestré pas la police. Plus personne ne pouvait y manger. La police scientifique sous la houlette de François Champs, « ratiboisait » chaque centimètres carrés. Le personnel devait rester sur place pour répondre à toutes éventuelles questions.

Hans avait fait s'asseoir tout le monde dans la salle principale du café. Lui aussi, fatigué de sa course effrénée de l'après-midi s'était assis en face d'eux. À ses côtés une Alice tout autant épuisée. Ils avaient demandé du café. Hans en but une gorgée, avant de questionner la salle :

- Bon. Alors. C'est pas compliqué. Qui a réceptionné le message écrit sur le petit bout de papier ?

Un homme assis tout à droite, chauve avec une petite moustache noire, leva la main.

- C'est moi inspecteur !

- Bien. Racontez-moi, dans les détails, ne simplifiez pas, dites-moi tout ce qui vous revient à l'esprit autour du moment où c'est arrivé. De l'instant où vous avez eu la personne devant vous, jusqu'à ce qu'elle parte.

Le serveur se mit à réfléchir, tout en caressant sa moustache et en hochant la tête de droite à gauche. Puis, il se mit à raconter son histoire :

- Alors, il y avait beaucoup de monde. Et. À un moment donné, un homme qui buvait un café au bar, m'a donné une petite enveloppe, et il m'a dit de la donner au monsieur qui mangeait avec la jeune femme avec la petite laine bleue à la table au fond dans le coin, en même temps que je lui donnerai l'addition. Et le monsieur c'était vous.

- Et après vous avoir dit ça, il est parti où il est resté ? demanda Hans, suspendu aux lèvres du serveur.

- Il est resté. Je me rappelle d'ailleurs lui avoir fait un signe au moment où j'ai été vous donner l'addition et l'enveloppe. Il m'a sourit, mais après je n'ai plus fait attention à lui.








La dernière parole de Hans en ce 12 mars 2019 fut adressé à Séverine Mélisse. Sur un ton froid et ferme :

- Alors. Évidemment. Gregory Bolly sous protection policière 24 heures sur 24.

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