50

3 minutes de lecture

Mardi 6 novembre 2018


Hans avait dû finalement s'y résoudre. Question de professionnalisme. Il ne fallait écarter aucune hypothèse. Il s'était donc rendu en fin de journée du trois novembre, un samedi en plus, déranger sa voisine en train de cuisiner.

En s'excusant mille fois.

Elena avait paru surprise. Mais avait toutefois fini par éclater de rire:

- Mardi matin, ça joue ?

- C'est juste parfait ! avait répondu Hans en s'excusant encore et en lui souhaitant un bon appétit et une bonne soirée.



Elena Pericolo débarqua donc ce mardi six novembre dans une salle d'interrogatoire du commissariat. En face d'elle un Hans très souriant et une Alice neutre.

- Non mais, rassurez-vous, on va pas faire long, fit l'inspecteur.

- J'ai le temps, répondit Elena en souriant. Et je dois dire que c'est presque amusant. J'avais jamais essayé ça.

Elle semblait assez décontractée, il est vrai. Alice relevait tout de même un petit mouvement des pouces qui tambourinaient l'un contre l'autre.

- Alors, où étiez vous le mercredi 3 octobre entre 8h30 et 9h30 ?

- Au collège de Saussure. En cours.

Hans prit note.

- Et votre mari ? demanda Alice.

Elena hésita :

- ...ben...il faudra que vous lui demandiez. Mais il était je pense à la maison. Quand je suis rentré il avait préparé le dîner. Pour moi et notre fille...

- Non mais je ne pense pas que nous aurons besoin de le déranger, fit Hans.

Alice le regarda, surprise. Et enchaîna :

- Seriez-vous capable de réaliser une solution à base de cyanure capable de tuer quelqu'un demanda-t-elle.

- Oui. Mais je n'ai pas l'intention de tuer qui que ce soit, madame. Et se procurer de la cyanure n'est pas facile...

- Sur internet, c'est presque un jeu d'enfant, rétorqua Alice.

Hans fit aller ses doigts pianoter sur la table.

- Que pensez-vous de la démarche de "E", ses revendications ? demanda-t-il.

Elena arrêta de tambouriner ses pouces et partit dans une explication calme et posée de ce qu'elle pensait de "E". Elle ne l'approuvait pas, certes, mais était cependant d'accord avec ses idées. Pratiquement à 100%. Et argumenta qu'elle n'était de loin pas la seule, ce en quoi elle avait parfaitement raison.

L'interrogatoire se poursuivit et dix minutes plus tard, Hans et Alice prirent congé de la voisine de l'inspecteur.

Après quoi Hans demanda à Alice de le suivre au bureau.

- Alice, tu pourrais être un peu moins brusque ?

- Hans, tu pourrais être un peu moins sentimental ? Non mais ! Elle t'a tapé dans l’œil ? Elle s'est habillée sexy en tout cas, presque un peu SM...

- Alice calmes-toi !

Elena Pericolo, avec ses longs cheveux noir d'encre, son pantalon et ses bottines en cuir, son visage aux traits fins, réguliers, harmonieux, ses yeux verts, dégageait, il est vrai, un indéniable sex-appeal. Elle avait plus de cinquante ans mais en paraissait nettement moins.

- Alors c'est quoi ? Son père vient de Thurgovie, comme toi ? C'est ça ?

Hans sourit. Alice continua :

- Non mais, j'y crois pas. Elle te livre des légumes...Ah oui, c'est vrai ! Tu me l'as dit. Ton père était paysan...

- Non mais Alice, sérieusement ? Tu la voit confectionner des armes à la cyanure, tirer à l'arbalète, enfin, tu crois vraiment que cette prof de chimie avec son mari mathématicien être des personnes capables de tuer ?

Alice resta stoïque.

- Hans. Pourquoi pas ?

- Alice !

Elle sourit. Elle devait avouer que au fond d'elle même, elle ne pensait pas que Elena Pericolo était "E".

- Mais toi, tu ne dois pas te laisser influencer par des histoires d'origines personnelles. En Thurgovie, y a pas de meurtriers ou bien ?

Il y eut un silence. Ils se regardèrent les deux. En souriant. Alice était adorable, même quand elle se fâchait, pensa Hans. Et Alice se surprit à ressentir un début de jalousie pour la voisine de Hans. Elle aimait le regard doux, bienveillant que Hans posait sur elle. Elle aimait se sentir appréciée par lui, peut-être même un peu désirée, sans qu'effectivement quoi que ce soit ne se passe entre eux. C'était sa part d'orgueil.

- Alice. J'ai un flair. Je sens certaines choses. Et je sens qu'Elena Pericolo n'a rien à avoir là-dedans. Même si certains faits et gestes pourraient corroborer l'inverse.

- Ouaips Hans ! Allons manger !

Et avant de sortir, elle posa sa main sur l'épaule de Hans. Un petit geste affectueux pour se faire pardonner sa réaction. Un peu excessive.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire Dam Filip ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0