L’inopiné corps céleste

3 minutes de lecture

Un mois avant cet épisode tragique, la NASA, découvrit par hasard qu’un astéroïde géant fonçait tout droit sur la Terre. Cette détection tardive n’était point une maladresse, mais plutôt un acte délibéré de la part d’agents aliens infiltrés dans l’administration. Ils avaient, en effet, pris un malin plaisir à dissimuler cette information de la plus haute importance. Si nous avions su plus tôt… peut-être que rien de tout ce qui suit ne serait arrivé. Seulement voilà, l’invasion de la planète bleue était depuis longtemps une réalité et nous l’ignorions encore. Difficile de remonter également à la date exacte du début de cette cohabitation forcée, car ils se fondaient dans la masse. Leur faculté à cloner la forme des corps humains ne laissait aucune chance aux terriens. Ils ne pouvaient s’imaginer se faire épier par des semblables. Cette situation insidieuse aurait pu durer encore de nombreuses années s’il n’y avait pas eu cette fâcheuse histoire d’astéroïde. Les aliens n’avaient plus aucune raison de se cacher. Le pot aux roses allait être découvert.

Au sein de la NASA, on s’activa alors pour décider d’une quelconque action dans l’espoir de contrecarrer la trajectoire de cet inopiné corps céleste. C’est là que les infiltrés dévoilèrent leur vrai visage extraterrestre en avouant leur unique motivation : aller observer le spectacle de la collision depuis l’espace. Ils parlaient ensuite d’un voyage interstellaire, un retour chez eux, en somme. Les vrais scientifiques se sentirent humiliés et n’eurent qu’une obsession : régler leur compte. Ils se mirent alors à réfléchir à comment empêcher les extraterrestres de s’enfuir et de disparaître à tout jamais. En revanche, trouver des solutions pour préserver leur planète et les milliards d’habitants ne les intéressait pas vraiment, et le délai plutôt court les incitait plus à jeter l’éponge avant même de l’avoir saisie. Ils n’eurent aucune honte à paraître plus ineptes qu’ils ne l’étaient, car ils préféraient avant tout punir que guérir. Eh oui, les terriens vouaient une passion insondable à la vengeance, et ce, depuis la nuit des temps. En fin de compte, ils se retrouvèrent impuissants et seuls face à leurs démons. Les aliens, bien plus malins s’étaient déjà carapatés. Alors, plus dans l’embarras qu’autre chose, nos scientifiques durent se contenter d’étudier les faits et les faits étaient les suivants : la collision aurait lieu le 13 novembre 2150, entre 14 h et 15 h.

La zone d’impact concernée serait l’Europafrique. Cette région existait depuis 2099. À la suite de l’évaporation de la mer méditerranée au niveau du détroit de Gibraltar, les territoires d’Europe du Sud et d’Afrique du Nord s’étaient rejoints. L’océan atlantique avait reculé jusqu’à l’archipel des Açores et la mer méditerranée s’était partiellement asséchée. Elle ressemblait à un petit lac maintenant. La belle bleue était devenue un cruel creux. Sur ce terrain anciennement submergé, des milliers de personnes vivaient désormais dans ce bidon-désert en forme de cuvette, malmenés par des vents tourbillonnants. Visages poussiéreux et silhouettes décharnées se côtoyaient et déambulaient dans ce bidonville du futur qui avait tout l’air du passé avec ses maisons en terre glaise collées les unes contre les autres. À l’image des mégalopoles modernes et antiques, celle-ci rivalisait de ruralité et malgré sa construction anarchique et labyrinthique, elle révélait en son centre son agora incontournable où tout un chacun tentait de survivre dans l’échange et l’entraide. On y troquait des algues séchées ou de rares poissons contre un peu d’eau puisée dans le lac beaucoup plus loin.

Les scientifiques s’accordaient au moins sur une chose à l’unanimité : aucun humain ne pourrait survivre à l’endroit même de l’impact. Et même bien au-delà. Une constatation bien banale qui les rendait encore plus pathétiques et les embourbait plus profondément dans un naufrage intellectuel. La NASA avait brusquement perdu sa renommée et son honneur. Disloquée et impuissante, elle entreprit de prévenir le siège de l’autorité mondiale.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 3 versions.

Vous aimez lire Anaid Retinperac ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0