Le plan - 7° partie

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Déçues, les prostituées s’étaient éloignées. Toutes ces filles attendaient le prochain assaut. Lorsqu’à son arrivée il les avait observées, elles lui avaient parues ordinaires, apeurées et serviables à souhait. Seule la blonde au sang royal avait osé lui lancer des éclats de haine. Il avait désiré la dresser. Elle, elle lui aurait résisté. Il aimait cela. Une attitude qui l’invitait à assurer ses prises par la violence. Pour son plus grand plaisir.

On dresse une femme comme on dresse un cheval. Dès qu’il reconnaît son maître, celui-ci obéit au doigt et à l’œil. Selon leur caractère, cela prend plus ou moins de temps.

Sauf que, cette fois, ce fut le début de la déchéance. Tout avait capoté à partir de là. Et, maintenant, de véritables guerrières en colère se dressaient devant lui. Elles désiraient sa mort. La princesse n’avait pas tout à fait tort. Le mal entraîne le mal. Tout le monde sait cela.

Chaque chose à sa place. Ces jeunes femmes baignaient dans la plus grande naïveté. Elles ne comprenaient rien à la vie. Raison de plus pour les utiliser à des fins appropriées.

Son esprit erra quelques instants. L’image de Florent apparut devant lui. Florent… Naguère les meilleurs amis du monde. José l’avait amené puis entraîné dans ce métier difficile. À deux, ils avaient fait les quatre cents coups. Qui lui avait donc mis ces idées en tête dès ses vingt ans ? Subitement, il ne pouvait plus continuer. Il ne désirait plus gagner son pain de cette façon. Qu’avait-il avancé, alors ? On fait souffrir des gens ! De vraies gens ! Je ne veux plus martyriser qui que ce soit. Se rendait-il compte de ce que cela impliquait ? José lui avait expliqué. Pour atteindre le niveau honorable des nantis, certains devaient en payer le prix. Il fallait l’accepter. Il n’avait rien voulu entendre.

Que lui était-il passé par la tête ? S’était-il amouraché d’une prisonnière ? Avait-il voulu la sauver ? Comment pouvait-il prendre fait et cause contre son gagne-pain ?

Le chef de clan n’en démordit pas. José en était responsable. Il fut seul chargé de le retrouver et de s’en débarrasser. On ne quitte pas la famille. José l’avait amené, José l’avait formé, José devait s’en occuper.

C’est un fait, tous ne tenaient pas le choc. Il fallait regarder de l’avant, se fixer des buts, estimer les risques, sans se poser de questions. Vivre au jour le jour. Faire le travail. Protéger ses arrières. Corrompre les puissants. Profiter des bons moments.

Il avait haï la terre entière quand c’est arrivé. Tous étaient responsables à ses yeux. Il avait tenté de raisonner son ami, comment pouvait-on être aussi naïf ? Dans ce monde, ceux qui n’écrasent pas sont écrasés. Ceux qui, par principe, abandonnent une filière, sont remplacés par d’autres. Voilà ce que ces filles ne comprenaient pas. Quel peuple de naïfs ! En se comportant de manière médiocre, avait soutenu la princesse, la médiocrité augmente d’âge en âge jusqu’à donner naissance à l’infamie. La pire des infamies est de se laisser faire, conclut José. De se laisser dépouiller de ses biens et de ses droits. Non, la seule manière de s’en sortir correctement revenait à se servir quand l’occasion s’en présentait. Il y avait les perdants. Il y avait les gagnants.

Facile à dire ! Aujourd’hui, il faisait partie des perdants. Ces filles le mèneraient-elles à sa perte ?

D’autres souvenirs occupèrent son esprit. C’était il y a plus longtemps encore. Il était jeune et, parmi les voisins de la demeure parentale, une famille l’avait marqué. Trois frères et deux sœurs. On aurait cru qu’ils vivaient dans un autre monde. Ils ne cherchaient pas constamment leur avantage. Comme s’ils n’avaient besoin de personne, ils ne suivaient pas les autres. Ils n’avaient pas besoin d’en rajouter comme José ne cessait de le faire à l’époque. À croire que ce qu’ils possédaient leur suffisait. Ils avaient oublié ce qui faisait la crème de cette vie : agrémenter son existence de tout ce qui suscite l’envie. De quelle condition étaient-ils faits pour limiter ainsi leurs aspirations ?

Leurs parents étaient-ils responsables de cet état d’esprit ? Prompt à aider, ils travaillaient sans rien demander à personne. Sans doute la princesse devait-elle se baser sur ce type d’exemples pour élaborer ses théories. Comment pouvait-on généraliser ainsi ? Elle ne connaissait rien de la vie. Aujourd’hui dans quelles conditions vivaient cette famille ? Il aimerait le savoir. Ils ne pouvaient rester que de petites gens. Ce n’est pas vivre. Les principes, ça n’occupe l’esprit que des perdants Le bien et le mal n’existent pas. Juste un ensemble d’opportunités.

. . .

Il n’eut pas le temps de conclure. Remise de ses doutes, Julia revint vers lui, les traits déformés par la colère.

— On a besoin de lui.

Assuré, le timbre de la voix avait stoppé net la jeune prostituée. La princesse, qui venait encore à son secours, s’approcha. Belle comme le jour, chacun de ses sautillements émoustillait le brigand. Elle posa un genou au sol avec une grande facilité. Ployer une jambe supportant le poids du corps avec maîtrise ne devait être chose facile.

— C’est toi que l’autre appelle José, n’est-ce-pas ?

— C’est bien moi. » Il s’efforçait de garder contenance.

— Et lui, le chef, comment s’appelle-t-il ?

— Debray, hésita-t-il.

Il avait le sentiment de vendre un ami. Peu importait, ces filles n’allaient pas rester debout très longtemps. La civière ou les chaînes les attendaient. Debray savait à quoi s’attendre maintenant. Lui, José, il lui suffirait de rester en vie le plus longtemps possible, jusqu’à la délivrance.

Et entier, se précisa-t-il à lui-même, vivant et entier.

— Combien êtes-vous, en tout ?

— Des milliers.

— Non, ici, combien s’apprêtent à nous tomber dessus ?

Il hésita. Elle approcha la pointe de son couteau contre sa gorge.

— Si tu mens, nous t’égorgeons avant qu’ils n’attaquent.

— Le groupe des ravisseurs, vous le connaissez. Nous, nous étions treize.

Elle se releva.

— Nos ravisseurs étaient dix. En tout, ils sont donc vingt-trois, calcula Emma.

— On en a eu onze, assura Cassy. Avec José, on en a eu onze.

— Les blessés ne doivent pas être très en forme, ajouta la princesse. On peut aller jusqu’à treize. Il en reste dix. » Elle hésita. « C’est beaucoup trop.

— Qu’est-ce à dire ? paniqua Emma.

— Dehors, ils sont cinq en état de nous bloquer la route. Il nous faut nous en débarrasser avant l’arrivée des renforts.

Elle est folle ! pensa José.

— Sinon ? fit Cassy, hésitante.

— Sinon, nous devrons nous rendre.

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Vous pouvez trouver le tome 1, Les Héritiers - La prisonnière de l'hiver, ici :
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Attention : histoire contenant des scènes sensibles et violentes.

Image de couverture de vurdeM, DevianArt
https://www.deviantart.com/vurdem
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