La rencontre des rois - 2° partie

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Démonstration

— Je vois ce que tu voulais dire par « tenue légère », ma tante. Pour le reste, j’aime cette tenue. Je suis vraiment bien dedans, elle est très jolie, mais tu as encore été optimiste avec le décolleté. Et c’est vraiment très près du corps.

— Tu feras ce que tu voudras quand tu seras mariée, ma chérie. En attendant, c’est moi qui te marie. Et tu crois que tous ces jeunes gens vont s’en plaindre ?

C’était ainsi que nous parlions entre femmes. Être libérée de la tutelle parentale ne signifiait pas devenir libre. Tout dépendait du mari. Il se disait que le meilleur parti revenait à choisir un mari volage, qui tairait ses frasques en permettant à son épouse de se comporter ainsi qu’elle l’entendait. Une manière pour ces dames de transformer un abandon en opportunité.

— Non, s’ils savaient que tu en es responsable, je crois qu’ils te béniraient. Mais moi je ne te bénis pas !

— Tu me remercieras le jour de ton mariage. Tu verras.

Ma tante me conduisit vers la grande salle qui jouxtait le balcon de la façade sud et suivait toute cette partie de l’édifice. Princes et princesses s’y trouvaient déjà.

— Je t’abandonne ici, c’est ton moment, pas le mien.

— Merci ma tante, dis-je, en parvenant à saisir son poignet en signe de gratitude.

— Ça me fait chaud au cœur, je t’embrasse. Profite !

Ma tante me laissa à vingt bons pas des premiers princes. Tapie dans l'ombre d'une colonnade, aucun n'avait remarqué ma présence. La lumière dorée de l'après-midi retombait sur le cercle de mes prétendants. Leur noble allure, nullement ternie par la décontraction de leur tenue, éveilla mon intérêt. Me faudrait-il vraiment choisir l’un d’entre eux ? J’ai toujours rêvé que l'évidence me frapperait lorsque je le verrai. Toute autre, la réalité me plaçait devant un choix troublant...

J’avais rencontré Krys et je ne désirais nul autre. Pour quelle raison étais-je née princesse ?

Je les épiais. L’un d’entre eux, peut-être…

Sans que ma volonté en soi la cause apparente, mes bras poussèrent la chaise doucement dans leur direction. William fut le premier à remarquer ma présence. Il vint vers moi, confiant, comme à son habitude. Il me poussa vers les autres. Les conversations se tarirent. Après quelques échanges, je proposai à tous le tutoiement. Puis, je leur demandai :

— Ça fait longtemps que vous êtes là ?

— Les filles oui, nous on vient d’arriver, répondit Owen.

— Eh bien, il semble que nous soyons entre nous.

— Aux prochaines réunions, ajouta Robb, pendant que nous nous amuserons, les souverains resteront entre eux. Nous sommes donc libres comme l’air dès maintenant.

— Que s’est-il dit en mon absence ?

— Nous avons parlé de la victoire et de ses raisons, répondit William. Ton père a été félicité par ses pairs.

— Ensuite, intervint Robert, tout le monde a voulu en savoir plus sur les armes utilisées. Ces fameux arcs, ces flèches qui transpercent les armures morcanes et ces épées dont nous avons tous entendu le récit.

— Et, mystère des mystères, ils veulent aussi tout savoir sur cette fameuse longue-vue, dit Owen.

— Que tu caches à nos regards » ajouta Robb, debout sur la pointe des pieds en faisant mine de chercher l’objet dans mon décolleté.

— À vrai dire, on est tous un peu missionné pour faire notre rapport au sujet de cet instrument, avoua William.

— Je vais vous le montrer. Mais avant, je me rends compte que je n’ai pas encore salué les princesses.

William manœuvra puis me poussa vers elles sans que j’aie besoin de le lui demander. Ces demoiselles se retrouvaient entre elles et j’estimais cela dommage. Peut-être que la meute qui me suivait se mélangerait à elles dorénavant. Après tout, elles étaient toutes bonnes à marier, comme moi !

— Bonjour princesses !

Je les saluai. Elles m’embrassèrent l’une après l’autre. Les princes, tout proches, prenaient des encas. Owen me tendit un verre et je lui indiquai le petit four qui me ferait plaisir. Nous parlâmes de choses et d’autres et je vis avec satisfaction que je ne représentais plus le seul centre d’intérêt de ces messieurs.

William était à côté de moi. Je lui proposai de nous rendre sur le balcon. Il m’y conduit. Robb le remarqua et nous suivit. La surprise s’empara d’eux dès que coulissa la trappe située sur le bras droit du fauteuil. Ils suivirent chaque manipulation avec fascination.

J’opérais avec lenteur et amusement. Lorsque la petite boîte apparut dans ma main, leurs regards alternaient de celle-ci à mon visage. Finalement, la longue-vue apparut au grand jour.

— C’est ça ? s’étonna Robb, si fort que tous nous remarquèrent depuis la salle.

— Tu t’attendais à quoi ? fis-je.

— Je pensais que c’était plus gros.

— Alors, voici la petite merveille dont tout le monde parle ? s’exclama Owen, qui venait d’arriver.

Je leur montrai le fonctionnement de l’objet puis le tendit à William. Il était adroit et appliquait mes leçons rapidement. L’image devenue nette, il ne put étouffer une exclamation de surprise qui allécha les babines des prochains sur la liste. Il passa d’une cible à l’autre, préparant sans doute le rapport demandé par son souverain de père.

Le troisième à s’en servir fut Robb. Lorsqu’il parvint à réaliser la mise au point, il prit peur, éloigna l’instrument de ses yeux, le regarda, nous regarda, fixa à nouveau l’objet qu’il visait au loin, contempla la longue-vue et recommença. Les réactions des uns et des autres furent relativement similaires. Elles interpellaient tellement que chacun attendait sagement son tour. Tous furent fortement impressionnés. Le regard de ces messieurs devint lumineux. Ils venaient de comprendre en quoi cela pouvait changer les choses.

Je ne doutais pas des ambitions de Krys de monnayer son invention dans le but d’accélérer la réalisation de ses projets. Difficile de s’inquiéter pour lui. Mon père peinerait à l’affaiblir si tant est qu’il cherchait encore à le faire. Les grands de ce monde réclameront leur exemplaire. Et les officiers de l’armée ne seront pas les derniers. En attendant qu’ils en disposent, cet accessoire allait permettre à la grande handicapée que j’étais d’agrémenter une partie de ses journées.

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Ce tome est le troisième de la série Les Héritiers.
Vous pouvez trouver le tome 1, Les Héritiers - La prisonnière de l'hiver, ici :
https://www.scribay.com/text/72154902/les-heritiers---la-prisonniere-de-l-hiver

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Attention : histoire contenant des scènes sensibles et violentes.

Image de couverture de vurdeM, DevianArt
https://www.deviantart.com/vurdem
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