Défi lancé par KmilleHope

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Bifois, Marie-Lu et l'attestation


Printemps 2020. Plage de Plougasnou-Saint-Jean-du-Doigt.

[Un homme se promène nonchalemment promptement rejoint par une voiture de la gendarmerie. Brigadier Bifois lui tombe dessus]

Le brigadier : Bonjour. Gendarmerie nationale. Brigadier Bifois. Je peux vous demander ce que vous faites là ?
Le promeneur : Bien sûr, vous pouvez.

[Agacé, il s'adresse à sa collègue dans la voiture garée un peu plus haut]

Le brigadier : Marie-Lucette, on a un p'tit malin ! Amène le bic et le calepin, on va griffonner du 135 euros. [il se tourne vers le promeneur] Alors Monsieur le futé, je vais faire simple. Avez-vous une attestation de déplacement ?

Le promeneur : Bien sûr, j'en ai une.

Le brigadier : Et vous comptez me la montrer quand ?

Le promeneur : Quand vous me la demanderez. Vous m'avez demandé si j'en avais une, ce à quoi je vous ai répondu par l'affirmative, mais je caresse l'espoir que vous me demandiez de vous la montrer.

Le brigadier : Hum, je vois. Vous aimez jongler avec le risque, vous. Ça tombe bien, ma demi-soeur est stagiaire au Cirque Pinder.

Le promeneur : Vraiment ?

Le brigadier : Tout à fait. C'est qu'elle m'a appris deux-trois trucs qui peuvent me permettre de faire face à des clowns comme vous, vous voyez ?

Le promeneur : D'accord.

Le brigadier : Pourrais-je la voir ?

Le promeneur : Qui ça ? Votre demi-soeur ?

Le brigadier : Mais non ! Votre attestation, voyons !

Le promeneur : Ha ! d'accord. C'est que... Je ne l'ai pas sur moi.

Le brigadier : Ha ! je le savais !

[Le brigadier secoue exagérement la tête de satisfaction]

Le promeneur : Ha bon ? Votre demi-soeur, c'est Madame Irma ?

Le brigadier : Comment ça, Madame Irma ?

Le promeneur : Vous dites que vous saviez pour mon attestation. Donc, vous avez des connaissances ou des dons de voyance, non ?

Le brigadier : Mais pas du tout, voyons !

Le promeneur : Pourtant...

Le brigadier : Maintenant que vous le dites...[Il fixe l'horizon penseur] J'ai dû interpréter un rêve ou deux tout au plus quand j'étais plus jeune, mais rien de bien méchant.

Le promeneur : Dites m'en plus.

Le brigadier : C'est un copain de caserne qui me disait qu'il n'arrêtait pas de faire des rêves de noisettes. Ni une ni deux, j'ai tout de suite compris ! "Toi t'es parti pour piloter l'AS350 !" que j'lui ai dit.

Le promeneur : L'AS350 ?

Le brigadier : Oui, l'Écureuil.

Le promeneur : Un écureuil ne se pilote pas, rassurez-moi.

Le brigadier : Mais non ! L'hélicoptère, pas le reptile.

Le promeneur : Vous tenez sûrement ça de votre mère.

Le brigadier : L'Écureuil ?

Le promeneur : La voyance.

Le brigadier : Non. Ma mère n'était pas fichu de différencier un piaf d'un rat ... alors interprêter un rêve ! Ha ha ! [Il secoue de nouveau exagérément la tête puis s'arrête net] J'ai bien un cousin d'Écosse qui lit l'avenir dans les épluchures de courgette... Ça doit venir de là.

Le promeneur : Vraiment ? Il est dans le cirque aussi ?

Le brigadier : Non rien à voir. Il fabrique des lunettes de ski.

Le promeneur : Vraiment ? En Écosse ? Dites m'en...

[L'adjointe, Marie-Lucette arrive toute essoufflée]

Marie-Lucette : Brigadier ! Brigadier ! J'ai pas trouvé le bic.

Le brigadier : Ça c'est encore Dédé qui nous a volé nos bics. Il peut pas s'en empêcher ! C'est pas possible.

Marie-Lucette [reniflant l'air comme un cochon] : Ça sent fort le pamplemousse ici, non ?

Le promeneur : Pomelo.

Marie-Lucette : Pardon ?

Le promeneur : C'est ma crème à bronzer. Senteurs Pomelo, c'est moins acide. Indice 3, en promo à Auchan. Vous en voulez ?

Marie-Lucette [ignorant la proposition]: Du coup, on va faire comment alors ?

Le brigadier : Vous avez fouillé partout ?

Marie-Lucette : Partout.

Le promeneur : Je peux vous prêter le mien, si vous voulez ?

Marie-Lucette [naïve] : Monsieur est fort aimable !

Le promeneur : Quand on peut rendre service. [il reste penseur un instant, puis enchaîne en murmurant] Vous êtes prêts à mettre combien ?

Le brigadier [outré]: Comment ça ? Non Mais !

Marie-Lucette [elle se reprend] : Monsieur, vous voulez nous faire renier la déontologie de la Gendarmerie Nationale, c'est ça hein ?

Le promeneur : Madame, vous y aller un peu fort. Disons que je vais vous faire légèrement, comment dirai-je... enjamber quelques principes.

Le brigadier : J'ai comme l'impression que vous essayez de nous arnaquer, non ?

Marie-Lucette : Bien sûr Chef ! Regardez, il est tout feu tout flamme ! Il respire l'arnaque !

Le promeneur : Écoutez, il se fait tard. Que décidez-vous ? Le tarif commence déjà à grimper.

Le brigadier : Non, mais, c'est le monde à l'envers ! [il saisit le calepin nerveusement et tend la main vers le promeneur] Donnez-moi votre stylo. Qu'on en finisse !

Marie-Lucette : Monsieur ? Non. Si on se fait prendre, on dormira à la belle étoile la semaine prochaine.

Le bragadier : On n'aura qu'à rien dire à personne, hein, ma p'tite Marie-Lu. On dit rien et puis c'est tout.

Marie-Lucette : Ce monsieur est ignoble !

Le promeneur : Madame est insistante. Elle est dure en affaire. Allez, je vous fais un prix. Donnez-moi 50 euros et on n'en parle plus.

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