Entre joies et fêlures

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 La même année que la naissance de mon petit frère, je me souviens d'une dispute entre papa et maman, la discussion ne me concernait pas, je me suis mêlée des affaires des grands, j'ai été punie, maman m'a mis au lit dans un grosse colère, j'ai reçu une gifle car je n'avais pas du tout respecté les règles ce soir-là, je me suis endormie là-dessus … Mais le lendemain, au moment de partir à l'école, comme d'habitude, je suis allée embrasser mon papa dans la cuisine du restaurant, et là, il m'a demandé ce que j'avais fait ? Je ne voyais pas de quoi il parlait, il m’a précisé, sous ton œil, tu as fait ça comment ? Je me suis souvenue de la baffe de la veille qui avait tapé à un endroit qui avait été un peu douloureux, maman m'avait fait un œil au beurre noir … Sans plus de discussion, je suis partie à l'école, j'avais encore l'instinct de protéger mes parents, car quand on m'a demandé pourquoi j'avais ça, j'ai répondu que je m'étais tapée dans un coin de table, ma réponse n'avait pas été préméditée, mais ce jour j'ai menti, je ne voulais pas qu'on pense que j'étais maltraitée à la maison, car c'était faux. C'était un accident, maman ne m'aurait jamais fait ça volontairement, ce n'est plus jamais arrivé après. En venant me chercher à l'école le soir, maman était en pleurs quand elle m'a vu, les matins, j'étais assez grande pour me préparer seule, je lui faisais juste un bisou dans on lit, comme tout le temps, en partant, elle n'avait donc pas pu constater. Papa lui en avait parlé mais elle ne pensait pas que j'étais marquée comme ça. Elle m'a dit, j'espère que tu as dit la vérité, que c'est ma faute si tu as ça, je suis désolée ma fille, elle s'est excusée des dizaines de fois. J'ai répondu que non j'avais menti, je n'ai pas dit que c'était toi, car tu n'as pas fait exprès, mais maman aurait voulu que je dise vrai, car elle a dit quand on fait une bêtise on doit assumer, et moi j'en ai fait une énorme ! Mais moi dans ma tête, je ne voulais pas de ça, je ne voulais pas que les gens de l'école imaginent que maman me frappait, les mauvaises langues racontent vite de drôles de choses, ce n’était pas concevable pour moi. Je suis donc restée sur cette version. Je n'ai jamais regretté de rien avoir dit, maman était sévère oui, mais très douce avec moi, jamais ; elle n’aurait pu me faire de mal.

 A 6 ans aussi, j'ai eu mon premier petit coup de cœur, il s'appelait Nicolas, la vie est marrante, la personne qui a marqué mon enfance, avait le même prénom, une bonne transition pour la suite à venir dans le prochain paragraphe titré.

 Dans la même année, je pars en vacances à la mer, mais pour la première fois avec mes grands-parents ! Maman m’a laissé se joindre à eux cette année-là. Ils partaient tous les ans avec mon oncle, ma tante et ma cousine. J’allais en camping, une première aussi, je ne connaissais pas. Je me souviens, nous partions tard le soir, pour arriver à l’heure d’ouverture du camping le lendemain matin. Il y avait moins de monde sur la route, et nous pouvions dormir dans la voiture, le trajet semblait moins long pour les passagers. Mon papy ayant été routier, avait toujours gardé cette habitude de très bon conducteur. Il est donc tard le soir, nous partons, mamie et papy pensaient que j’allais dormir, mais trop excitée d’être avec eux en vacances, impossible de dormir. Je posais des questions, je parlais, mamie me répondait, mais au bout d’un moment, les réponses aux questions étaient étranges : « Mamie, ça veut dire quoi ce panneau ? » « Que les enfants doivent dormir », même question sur le prochain panneau, réponse : « Les enfants doivent se taire en voiture et dormir ». Là, malgré mes 6 ans, je me suis dit que ces panneaux étaient quand même vraiment bizarres ou que mamie se moquait un peu de moi … C’était la deuxième version évidemment car à un moment elle m’a dit « aller tais-toi un peu maintenant et dors, on a encore de la route, tu as le temps ». Mais impossible pour moi de fermer l’œil. En plus de ça, nous sommes arrivés très en avance devant le camping, papy et sa grande prévoyance, ou papy et sa grande ponctualité. Il fallait toujours arriver en avance n’importe où, où il allait. On avait juste 2h d’avance … Si peu … Connaissez-vous un mot plus fort que ponctualité ? alors cette fois j’étais bien obligée de m’assoupir car papy et mamie avaient décidé de dormir un peu avant l’ouverture. Nous voilà enfin à l'heure de l’ouverture du camping, l’installation faite, on pouvait enfin profiter. Caravane avec auvent, à cinq minutes à pieds de la plage, avec passage privé … Le bonheur … Papa et maman me manquaient quand même à peine arrivée, je ne les avais jamais quittés, même si j’étais à l’appartement, ils n’étaient pas loin. Mon petit frère était né à peine six moins avant, il était tout petit, j’ai eu quand même le petit pincement en les laissant. Mais sans ça j’étais la plus heureuse et fière de partir avec mes grands-parents. J’insiste sur ce passage, et sur les détails, car ces vacances je m’en souviens, pas de tout bien entendu, mais du trajet, de ce que mamie m’a dit durant la route, de papy concentré et silencieux en conduisant. J’allais oublier, la route sans radio, papy détestait conduire avec du bruit dans l’habitacle, donc pas de musique, mais si je parlais trop c’était aussi gênant … J’avoue c’est long quand même, mais papy m’a toujours dit un bon conducteur écoute son moteur en conduisant. Et ces moments-là sont très gais pour moi, ils me procurent encore ces sentiments de fierté, d’amour, de joie. Je vous les fais partager car ils restent très importants et me permettent aussi de me dire que j’ai des souvenirs joyeux de mon enfance qui sont restés presque intacts pour certains d’entre eux. Nous sommes partis trois semaines, et quelques jours avant la fin du séjour, à ma grande surprise et pour mon plus grand bonheur, j'ai vu arriver mes parents, mon frère dans la poussette et ma marraine ! Ils avaient prévu de me faire la surprise et de venir passer du temps avec nous. J'étais tellement heureuse de les retrouver, je les ai accueilli avec une joie immense, ils m'avaient beaucoup manqué ! Nous avons passé les derniers jours tous ensemble, j'avais les êtres les plus importants tous réunis au bord de mer ... J'étais comblée ! Ma marraine, je ne vous en ai encore pas parlé, elle a toujours été très présente dans ma vie, elle aidait mes parents au restaurant, et on est parti en vacances avec elle, elle a toujours bien rempli son rôle, très bon choix de la part de mes parents !  

 Tout cela montre une autre image de cette partie de ma vie. Comme je l’ai déjà dit, je ne suis pas tant à plaindre que ça, on m’a beaucoup aimé et on m’aime encore très fort, mais les blessures viennent au détour de notre attention et sans nous prévenir. Tout le monde en a, même avec l’enfance la plus parfaite qui soit, on grandit tous avec des « choses » à travailler plus tard. Sinon pourquoi sommes-nous sur Terre ? Juste pour vivre une vie paisible et sans histoire ? Bien sûr que non, nous ne sommes pas dans un conte de fée, la réalité est bien différente que dans les romans bien écrits, ou les films à l’eau de rose de notre enfance. Si nous vivons sans nous remettre en question, ou sans se poser de questions, en ayant l’impression de n’avoir aucun travail sur nous à faire, c’est qu’il y a une erreur dans l’énoncé du chemin qui nous a été donné en arrivant dans ce monde. Croyez-moi, tous les jours est un nouveau chapitre à écrire, de nouvelles choses à apprendre, de nouveaux sentiments à découvrir, de nouveaux souvenirs à construire …

 A 7 ans, je me souviens que maman avait pris rendez-vous avec ma maîtresse de l'époque un soir après l'école. Pendant l'entretien, je suis restée avec une de mes camarades de classe dehors, il faisait beau, cette fille restait en garderie tous les jours. Elle a voulu m'apprendre à faire le poirier contre un mur sur le terrain en herbes. Je voulais qu'elle s'intéresse à moi, alors même si j'avais peur de le faire, j'ai dit oui. Après plusieurs essais non concluants, j'avais enfin réussi, je tenais l'équilibre, j'étais fière, je lui parlais la tête à l'envers, c'était marrant. D'un seul coup, sans savoir pourquoi, elle m'a poussé, pour rire (soi-disant), en retombant je me suis tordue le bras, j'ai senti un gros « crac » dans mon épaule. Je me suis relevée, je ne pouvais plus bouger le bras. Je n'ai rien dit sauf "j'en ai marre de jouer, je rentre vers ma maman". Je me tenais le bras et retenais mes larmes, j'avais trop peur de me faire disputer, mais j'avais tellement mal, c'était une grande concentration de faire comme si tout allait bien. Je suis entrée dans la classe où ma maman et ma maîtresse discutaient. Silencieusement, je suis allée m’asseoir aux côtes de maman, toujours en me tenant le bras, je pensais être naturelle … Quelques instants plus tard, les deux me regardèrent, je leur ai adressé un sourire, quelque peu coincé, je vous l'accorde. Maman me lança « tout va bien Vanessa ? », je répondis, « oui maman, tout va bien », mais on ne peut pas tromper une mère. Elle me demanda « pourquoi te tiens tu le bras, tu t'es fait mal ? » Je niais toujours, « non, non ». Pour vérifier elle me toucha l'épaule, à ce moment, j'ai éclaté de douleur, en larmes, et je lui ai dit la vérité. Elle a tout de suite abrégé le rendez-vous et nous sommes parties aux urgences, car il m'était plus possible de bouger tout le bras. Verdict, clavicule fracturée. Maman était en colère, pas contre moi, mais contre ma camarade de classe, c'était en grande partie de sa faute si j'en étais là. Heureusement, c'était le bras gauche, je pouvais donc écrire mes leçons et continuer ma scolarité sans mal, sauf pour les récréations et bien sur le sport.

 Si je me réfère à l'approche métaphysique des malaises et maladies, se fracturer la clavicule signifie que l'on a trop de responsabilités sur nos épaules, qu'émotionnellement on ne les supporte plus, et sous cette influence, l'épaule casse physiquement pour casser toutes les responsabilités avec. J'ai connu cette approche il y a peu, et en réfléchissant à l'époque, qu'est ce qui aurait pu me faire flancher sous le poids des responsabilités ? De quoi parle-t-on ? La réponse vient de ma propre interprétation, donc très subjective, car je pense que ce sont des responsabilités que je me suis donnée seule … Je suis passée en CP l'année d'avant, j'avais déjà des difficultés à m'intégrer, à me sentir comme tout le monde, mon frère était arrivé à la maison, mes parents travaillaient beaucoup... Depuis mon plus jeune âge et encore aujourd'hui, je suis très exigeante envers moi-même, je pense que je voulais tout gérer seule, être autonome pour que mes parents soient délivrés par rapport à moi et puissent s'occuper tranquillement de mon frère. Mais on ne m'a jamais rien dit, ou demandé, je me suis mis la pression seule face à tout ça, et j'ai endossé un rôle qui à mon âge était un peu trop responsable …

 En conclusion de tout cela, je peux vous certifier que notre corps parle, que si nous allons bien au-delà de nos limites, c'est lui qui freinera le processus en vous donnant des malaises ou maladies. Vous n'aurez comme ça, plus le choix, il faudra arrêter les choses, après cette blessure ou maladie ou autre, il faut garder cette référence en tête, beaucoup de nos maux viennent de notre état psychique, parfois nous pouvons comprendre la leçon, d'autres fois non ... Quelques fois, il est déjà trop tard, c'est pourquoi il est intéressant de faire le lien sur nos douleurs, nos maladies, toutes défaillances physiques, les réponses ne sont pas que scientifiques ... Mais, faut-il encore avoir connaissance de cette approche métaphysique fabuleuse à mon sens. J'ai pu vérifier à plusieurs reprises, et ça s'avère être vrai. Je reviendrais là-dessus plus tard pour d'autres « bobos » dont j'ai été victime, et qui arrivaient à chaque fois à un moment où j'ai dépassé mes limites...

 Un petit flash-back pour vous dire que petite jusqu'à mes 6 ans j'ai fait de la danse. Le jour de mon gala, j'ai perdu le bas de mon costume devant tout le monde … A ce moment-là, j'ai été plus que honteuse, et en partant j'ai dit à mes parents que je voulais arrêter la danse, que c'était définitif pour moi. J'ai cherché des sports qui me plaisaient par la suite, le basket, mais pas compatible avec le travail de mes parents, j'ai voulu essayer le judo. A 7 ans, je commencé ce sport, que j'ai exercé jusqu'à ma fin de 3e. Je reviendrais donc certaines fois dessus dans les prochains passages. 

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