Chapitre 15 :

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Cela fait bizarre de ne plus être considérée comme une nouvelle. Je ressemble aux nouveaux qui sont apeurés dès qu’ils voient quelqu’un s’approcher de trop près d’eux… je ne m’habituerais définitivement pas à être dans l’asile même si c’est sûrement là où je dois être.

Mathilde m’a prise sous son aile. Elle m’a trouvée de nouveaux habits et j’ai préféré ne pas savoir comment elle avait réussi à se les procurer. Quant à Nathanaël… en une semaine, il ne s’est toujours pas calmé, donc j’attends patiemment qu’il arrête d’être aussi odieux pour le laisser me parler. J’ai revu Damien. Il me disait de faire un effort pour m’intégrer, mais il ne peut pas totalement comprendre. Il n’est pas ici, avec moi pour vivre ces journées d’enfermements.

Peu de personnes reçoivent des visites et on me regarde toujours comme si je suis une aliène lorsque j’y vais, mais je m’y fais. Je n’ai revu que Damien et mon père. Je ne sais pas ce qu’il se passe exactement avec ma mère, mais je sais qu’elle tente tout pour éloigner Léa de moi. Papa m’a prévenue que je risque de ne plus jamais la revoir car elle ne sort jamais du champ de vision de ma mère et que même si elle le souhaitait cela serait beaucoup trop compliqué pour elle. Au moins j’ai la chance que mon père vienne me voir. Il doit être en conflit avec sa femme mais il ne veut pas m’en parler, sûrement pour que je ne me sente pas coupable de tous les problèmes qui arrivent. Mais cela l’est quand même, et j’en suis consciente et désolée pour eux. Je ne pensais pas que les conséquences prendraient ces proportions-là. J’imaginais bien que ma mère réagirait mal… mais pas aussi mal que cela, pas au point de me renier. Tout semble si bizarre dans ce monde, cela me conforte plus dans l’idée qu’il y a quelque chose de pas clair dans nos bunkers. Je ne suis sûrement pas la seule à le savoir.

Ce matin, je prends ma douche avant Mathilde et je l’attends avant qu’on aille dans la cantine. Je n’ai pas envie d’attendre avec Damien, on ne se parle pas donc c’est plutôt gênant et rien qu’en le voyant je repense à son coup de sang… est-ce que je peux être aussi effrayante quand je suis dans cet état-là ? Personne ne m’avait fait de commentaires sur mes excès de colère lorsque j’en avais, mais peut-être que je lui ressemblais lorsque j’en faisais. Mathilde revient, avec un nouveau t-shirt qu’elle me jette dans les bras. Elle s’est mise en tête de me fournir toute une garde-robe complète. Elle peut vraiment me faire penser à Léa de temps en temps mais elles sont différentes aussi. Mathilde n’est pas aussi fragile mentalement que Léa. L’asile l’a forgée, parce que l’asile abrite des personnes dangereuses.

Comment fais-tu pour obtenir autant de vêtements ? répété-je toujours en quête de réponses.

Crois-moi, tu n’aimerais pas savoir… c’est un monde d’adultes et tu n’es pas faite pour cela.

Je suis une enfant des familles. J’ai côtoyé plus d’adultes que d’enfants, clamé-je en enfilant le nouveau t-shirt qu’elle m’a donnée.

Tu l’auras voulu ! Je fais la même chose que les géniteurs, sauf que je ne fournis pas des gosses à la société mais j’essaye juste d’obtenir des privilèges ou des vêtements, répond sèchement Mathilde en attrapant des habits pour les enfiler.

Je reste muette un moment et contemple mon nouvel habit, presque avec dégoût tellement que cela me rend mal. Et les hauts-dirigeants qui pensent nous enfermer pour notre bien, laissent faire cela alors que ce type de situation est tout sauf bien ou juste. Cela me donne envie de tout frapper et les encadreurs doivent bien s’accommoder de la situation.

Tu sais, tu n’es pas obligée de continuer de faire cela pour moi… puis, Nathanaël ne doit pas être hyper content de te voir faire cela, assuré-je quand elle se tourne vers moi pour attraper une brosse à cheveux pour se coiffer.

On n’est pas en couple avec Nathanaël, s’agace ma colocataire de chambre en tirant sur un nœud. Et puis, ne te tracasse pas pour cela, si je fais cela, c’est que j’y trouve un plaisir quelque part. Je ne m’y oblige pas, c’est juste que des fois j’ai des requêtes spéciales que je veux absolument et que l’on peut avoir que par le biais de ce genre d’action.

Je ne réplique rien mais je prends conscience que j’ai de la chance que Mathilde se serve de cela pour m’aider à collecter plus de biens, car jamais je ne réussirais à trouver le courage pour le faire. Je venais vraiment de tomber sur une colocataire de chambre géniale.

Après… ce sont mes envies qui nous ont causé la perte de Nathanaël et moi. Il ne supportait pas cela, dont on a repris une relation amicale basique.

Mathilde en semble assez chagrinée et je ne veux pas remuer le couteau dans la plaie en lui posant plus de questions. On part donc à la cantine et on retrouve Nathanaël qui a déjà terminé son petit-déjeuner et qui attend de pouvoir vérifier si son nom est inscrit dans la liste. Je lui adresse seulement une salutation et je mange mon petit-déjeuner dans le silence… au final, il n’y avait que quand je mangeais avec Damien avant la cérémonie de clôture que je parlais lorsque je mangeais. Rien d’étonnant en soi ! C’est Philippe qui nous appelle pour qu’on vérifie si nos prénoms ne sont pas inscrits dans la même liste. Mon nom est écrit juste au-dessus de celui de Nathanaël, il semble satisfait de partager la session avec moi. Mathilde quant à elle n’a rien pour aujourd’hui. Peut-être demain ou après-demain !

Ma session se passe après le repas du midi. Il n’y a pas grand-chose à faire le matin puisque les corvées se déroulent surtout pendant une partie de l’après-midi. Je reste collée à Mathilde qui approche un groupe avec Nathanaël. Je ne suis jamais sereine lorsqu’ils font cela, je stresse. Je sens quelqu’un m’attraper le bras pour m’éloigner et Mathilde me regarde anxieusement. C’est Gérard, et je le suis sans rien dire. Il me traîne jusqu’à la salle des visites.

Ta sœur est venue te voir, me prévient-il en me lâchant. Elle n’a pas beaucoup de temps, donc il va falloir faire vite.

Je hoche la tête et il m’ouvre la porte. Dès que j’entre dans la pièce, je la sens s’accrocher à mon coup. Je flanche un peu mais il y a la porte pour ne pas nous laisser tomber par terre. Je sens des larmes couler le long de mes joues et je n’ai pas la force de réprimer les autres. Puis elle se détache et m’essuie les joues avec ses pouces.

Je ne peux pas rester longtemps, murmure-t-elle d’une voix désolée. Et je ne pourrais plus jamais revenir, si maman l’apprend, elle me collera toute ma vie jusqu’à sa mort.

On s’assit et elle me dit clairement que tout ira bien pour elle, que je dois me concentrer sur moi et que papa et Damien seront là pour veiller sur elle. Elle s’inquiète pour moi, je le sais, et je lui promets qu’il ne m’arrivera rien dans l’asile. Elle ne paraît pas réellement rassurée mais elle me dit que si, donc je décide de la croire. Elle me passe quelques biens que je possédais avant et que je n’avais pas eus depuis : des feuilles et des stylos. Apparemment, papa l’a informé qu’écrire me calmait. Ils devaient vraiment avoir peur que je déclenche un cataclysme s’ils n’étaient pas là pour me surveiller. Ce manque de confiance me touche un peu, mais je fais comme si c’est normal. Elle me révèle que c’est aussi très tendu entre papa et maman. Mon père ne veut sûrement pas me préoccuper avec cela.

Je ne pense même pas en parler la prochaine fois à mon père. S’il ne m’en parle pas, c’est qu’il essaye de me préserver. Puis Léa part et je retourne de l’autre côté, dans l’asile alors que Gérard attendait la fin de l’entretien. Mathilde et Nathanaël ne sont plus dans la salle commune, je me réfugie dans ma chambre. Mathilde est là et elle remarque que cela ne va pas forcément bien mais je ne veux pas lui en parler. Je n’ai pas encore assez confiance en elle pour faire cela malgré tout ce qu’elle a fait pour moi. Elle soupire, et me serre dans ses bras pour me réconforter.

Je pars au dernier moment pour aller dans la salle des sessions, la salle où je suis allée le premier jour. J’ai la chance que mon père m’ait donné sa montre. Mathilde me souhaite un bon courage et la salle est déjà ouverte lorsque j’arrive. J’espère que l’on reste un par table. Je m’installe à une table à droite au fond, et m’appuie contre le mur et pose mes jambes sur l’autre chaise. Je vois Nathanaël débarquer à son tour, et il s’assoit juste derrière moi. Lorsque tout le monde est arrivé, un encadreur se met à parler. Il ressasse la guerre qu’il y a eue auparavant, et parle de l’importance de rester souder et de croire aux haut-dirigeants. Bref, il veut me voir dormir, c’est sûr. On doit y rester deux heures, et cela fait déjà une heure et demie que nous y sommes. Juste après, je suis en corvée de cuisine, je n’ai jamais eu aussi hâte d’y être ! Je fixe mes pieds et je vois Nathanaël poser sur mes cuisses une feuille et un stylo. Comment a-t-il bien pu s’en fournir ? Je fronce les sourcils et fais attention à ce qu’on ne me regarde pas et déplie la feuille.

Décidée à me parler ?

Je lui lance un regard noir avant de faire attention, puis je me baisse pour écrire.

Qui es-tu exactement si tu n’es pas un enfant des familles ?

Je redresse la tête, plis la feuille sans regarder en y passant le stylo et le lui tend sous la table alors qu’il sourit lorsqu’il me voit faire. Est-ce que l’on peut être gravement puni pour communiquer pendant une session ? Je ne connais pas la réponse, et je ne préfère pas savoir. Je me sens déjà assez stressée comme cela. Puis plus tard, je le vois tendre la feuille en regardant l’encadreur parler avec un regard sévère. Je m’empare de la feuille et la déroule.

Tu as raison, je ne suis pas un enfant comme ceux qui sont élevés dans les dortoirs, mais je ne suis pas un enfant des familles comme toi. Je connais un de mes parents quand même. Tu n’as plus qu’à faire fonctionner ton petit cerveau.

Je ne le regarde même pas quand je lui rends le stylo sur la table et que je chiffonne la feuille de papier en une boule. Il me prend pour une idiote ! Puis, je n’écoute plus le pseudo cours et je repasse dans ma tête tout ce que je sais sur les habitants des bunkers. Et je trouve, je pense avoir compris et je l’observe, ahurie alors qu’il ne me prête pas attention. Lorsque l’encadreur signale la fin du cours, je l’attrape par la main pour le tirer vers moi avant qu’il s’en aille.

Tu es un enfant d’un des hauts-dirigeants, murmuré-je outrée alors qu’un sourire se dessine sur son visage.

Je me disais bien que tu étais intelligente ! s’exclame-t-il en me poussant vers la sortir. On est tous les deux en corvées cuisines si tu n’es pas au courant. On en parlera là-bas, personne n’y fera attention.

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