Chapitre 13 :

8 minutes de lecture

Mon père m’a vue. J’en suis certaine. Cela ne me fait pas bizarre de revoir l’extérieur du bunker, loin de là. Sauf que c’est différent, je ne suis pas censée y être, et la cadence que maintient celui qui me broie littéralement le bras me le rappelle bien. On entre dans l’endroit que les adultes ne remarquent pas. Mais Damien et moi, nous l’avions remarqué avant la cérémonie de fin et il m’intrigue toujours autant…

Il y a forcément quelque chose qui cloche. Ils me servent les réponses à mes interrogations sur un plateau. Cette habitude n’existe pas dans les bunkers ! Jamais, alors je me rembrunis et me méfie. Je ne sais pas ce qu’ils comptent me faire, mais cela a un lien avec une connaissance que je connais déjà. Cela m’inquiète encore plus, car il y a si peu de chose que je connais ! Je me fais un topo dans ma tête et je pénètre dans la salle cachée. La porte est verrouillée à double tour et je ne suis plus prise, alors je m’éloigne du garde qui me tenait et j’observe la salle. Elle est entièrement blanche, et les murs de droite et de gauche sont équipés d’une tonne de lavabo. Sans comprendre pourquoi, je ressens la certitude qu’il s’y passe de sombres choses.

C’est quoi cet endroit qui est caché à tout le monde ? demandé-je d’une voix peu aimable à l’encadreur qui m’accompagne.

C’est l’espace de travail des savants, grogne l’homme sur un ton similaire au mien. Et c’est tout ce que tu as besoin de savoir pour le moment. Ne pose plus de questions, et tout ira bien.

Est-ce que cela pouvait vraiment aller plus mal ? Je touche presque le fond et rien ne va autour de moi, alors je ne comprends pas vraiment pourquoi il me dit que tout ira bien : cela n’allait déjà pas bien. Ce que les savants trafiquent, m’obsède encore plus. Avant la cérémonie, je m’interrogeais sur ce qu’ils pouvaient faire, mais maintenant, le fait que j’aurais dû être savante me revient à l’esprit… C’est sûrement pour cela qu’on m’a emmenée là. Il y a apparemment des procédures de réhabilitations, peut-être qu’attiser mon envie de faire le métier qui m’avait été attribué en faisait partie. Peut-être que cela est signe de réponses. Les hauts-dirigeants nous cachent les activités de ce métier ainsi que cette pièce dans laquelle je suis. Les savants font sûrement quelques choses que personne ne doit savoir ! En face de moi, il y a deux autres portes. Je sursaute lorsque j’entends des hurlements et des coups contre le mur. Je ne perçois pas ce que la voix raconte, mais cette personne est en colère et doit être maîtrisée. J’en ai le sang glacé et l’encadreur me fait passer par la porte d’à côté.

J’entre dans une salle sombre. Une vitre me sépare d’un endroit éclairé : il y a une table de consultation où un homme à la peau sombre et aux multiples balafres et tatouages tentent de gigoter pour se sortir de là, sans succès. Il est solidement attaché de toutes parts et une vague d’angoisse monte en moi mais je la réprime directement. Je me tourne vers l’encadreur qui m’accompagne pour poser une question mais le sombre regard qu’il me lance m’en dissuade. Si cela avait été Philippe ou Gérard… peut-être que j’aurais pu obtenir des réponses ! Mais je ne risque pas d’en recevoir de sa part.

Je ne me sens pas du tout à l’aise et je pense à mon père en tripotant sa montre qu’il m’a léguée… il m’a vue, je le sais. Peut-être qu’il va finir par me croire quand je lui dis que quelque chose cloche dans ce bunker ! Je croise le regard de l’homme qui a arrêté de se débattre. Il est impuissant mais paraît très en colère car son regard est presque comme sauvage. Sauf que cela ne me dissuade pas de le fixer en retour, comme si je pouvais obtenir des informations sur lui, sur ce qui se passe. Ce n’est pas le cas et il n’a pas l’air de comprendre que je ne sais rien. Puis, un homme en blouse blanche débarque et je retiens mon souffle. Que va-t-il faire exactement ? J’ai envie de hurler, de savoir pourquoi on m’a emmenée ici, mais je ne peux pas. À la place, le savant pose des questions à l’homme. Il lui demande s’il ne veut toujours pas coopérer, s’il ne veut pas se laisser faire, mais le prisonnier reste muet. Je me demande qui il est car je ne l’ai jamais vu auparavant. Ses yeux verts fusillent le savant, et ce dernier dit qu’il va falloir recommencer, et qu’il allait tester un nouveau sérum.

Quel sérum ? C’est la toute première chose qui me vient à l’esprit et je me demande si je suis censée comprendre de quoi le vieux scientifique parle. D’autres personnes entrent dans la salle et je m’approche un peu plus de la vitre, presque collée à elle. L’homme inconnu me lance un regard avant qu’une scientifique aux cheveux bruns sorte une seringue. Le premier venu lui dit qu’il continuera à souffrir s’il ne se plie pas à leur demande, et j’entends pour la première fois la voix de cet homme. Il dit qu’il n’en a que faire, et qu’il ne trahirait pas ses siens pour servir d’expérience. Ses siens ? De quoi parle-t-il ? Ses siens… ses parents devaient être géniteurs mariés, à moins que ce soit une manière pour lui de désigner un groupe d’amis. Je ne comprends toujours pas.

C’est qui ? De quoi parle-t-il ? Que se passe-t-il ici ? lâché-je.

Bien évidemment, je n’ai obtenu aucune réponse. L’homme m’a entendu et à souffler un ‘‘encore’’ et je me sens agacer de ne rien comprendre. Puis tout se passe très vite. La dame plante l’aiguille dans le cou de l’homme et il hurla à la mort en se tortillant. Il réussit presque à enlever ses liens. Ses veines deviennent visibles et noires et je suis totalement prise d’horreur. Je me mets à crier aussi et je tape sur la vitre en demandant ce qu’ils font et d’arrêter l’atrocité commise. On ne me dit rien et je fuis l’encadreur qui essaye de m’injecter quelque chose. Plus jamais, je ne laisserais quelqu’un m’introduire un liquide douteux dans le corps. J’ouvre une porte et je me retrouve je ne sais où et je m’en fiche : je cours. Je ne sais où est le plus loin où je pourrais aller mais il finira par me rattraper, mais je continue quand même, autant lui donner du fil à retordre. Alors que je tourne dans un virage, je sens une main m’attraper et me tirer. Il met son autre main devant ma bouche et m’entraîne avec lui. Je ne sais pas qui s’est, je n’ai pas eu le temps de l’identifier et il n’a pas parlé. Qu’allait-il me faire ?

J’entends une porte s’ouvrir et on me pousse dans la salle puis on allume la lumière et la referme. Qu’attend-on de moi ? Je me retourne et je le vois. Ses cheveux blonds sont encore plus en bataille que d’habitude et des cernes nouveaux soulignent ses yeux bleus, mais cela fait du bien de le revoir. Damien n’a pas changé. Je me jette à son coup et il me rend mon étreinte. Je me suis inquiétée pour lui, et à part avec ma famille, je ne m’inquiète pas pour grand monde, mais on avait sympathisé, il a été le premier ami que je me suis fait de toute ma vie. C’est particulier.

Attends, m’arrêté-je en le libérant de mon étreinte. Tu es savant maintenant ?

Apprenti savant, rectifie-t-il avec une grimace. Et cela ne me plaît pas plus qu’à toi mais je n’ai pas le droit de refuser ce métier. Et toi… que fais-tu là ? N’es-tu pas censée être à l’asile ? Comment diable as-tu fait pour en sortir ?

J’étais censée être savante aussi. C’est sûrement pour cela qu’on m’a emmenée mais je n’ai eu aucune explication. Damien… qu’est-ce qu’il se passe ici exactement ? Dis-moi qu’ils ne t’ont pas fait un bourrage de crâne et que tu comprends qu’ils cachent quelque chose !

Bien sûr que quelque chose ne va pas. Rien que l’activité des savants le démontre ! répond-il en me prenant pas les épaules.

Qu’est-ce qu’il se passe exactement ? Qui est le type que j’ai vu ? Il n’est pas comme les gens du bunker.

Je ne sais pas, admit Damien sans me lâcher. Certains, je ne sais pas d’où ils viennent et je ne suis pas assez digne de confiance pour le savoir, mais d’autres sont des personnes de l’asile qui sont apparemment extrêmement dangereuses. Constance… écoute-moi bien : reste dans l’asile même si ce n’est pas là-bas qu’on trouvera réponse à nos questions. Tu ne dois pas te mêler de tout cela, rien que cette envie t’a terminée dans l’asile, alors n’aggrave pas ton cas. Fais attention avec qui tu traînes et ne finis pas morte !

Je ne veux pas rester les bras croisés sans rien fait ! rétorqué-je. Comment puis-je t’aider ?

En restant en vie, affirme-t-il sans me lâcher. Je suis sérieux, je ne pense pas que quelque chose puisse se passer un jour, mais si je devais essayer tôt ou tard, j’aurais besoin d’une amie sur qui compter.

Des personnes passent dans le couloir. Ils ont envoyé plusieurs personnes à ma recherche et ce n’est qu’une question de temps jusqu’à ce qu’ils me trouvent. Et Damien risque vraiment d’être dans une mauvaise posture s’ils nous surprennent en train de comploter tous les deux. Mon ami me prend par le poignet fermement en passant son autre main sur la poignée de la porte et j’approche de mon plein gré : il faut bien qu’ils me trouvent.

Prend des nouvelles de mes parents et de ma sœur, veille sur eux, s’il-te-plaît, soufflé-je en le fixant droit dans les yeux.

Je te le promets, m’assure Damien, ce qui m’apaise plus que je ne le pensais. Je viendrais te rendre visite dès que mon temps me le permettra. Je ne te laisserais pas tomber.

Je n’eus même pas le temps de murmurer un remerciement qu’il ouvre la porte, aidé par les encadreurs et savants à ma recherche.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire Starry Sky ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0