Chapitre 12 : Le prince cruel.

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L’an 726, Continent Ouest, île d’Ithaque :

Alors que Galahn fait une halte dans la taverne du petit village de Munt, il apprend par le biais du vieux Binks que des individus portant la marque de lune roderaient dans le coin. Ce dernier arrive néanmoins à convaincre l’aventurier de reporter sa rencontre avec le chef du village qui en saurait plus.

L'ex-chevalier se dirige donc vers sa chambre, lorsqu'il est interpellé par un jeune garçon. Sans broncher, et au vue de la réaction du tavernier qui en pâlit, il suit le gamin l’entrainant dans la petite ruelle d'à côté à l'abris des regards.

Après un bref échange, ce dernier tire le col de son haut, révélant sa nuque et par la même occasion, la marque en question : Elle était, à peu de chose prés, identique à celle que recherchait l'ex-commandant, celle que portait celui qui l’avait vaincu.

Galahn n’en crois pas ses yeux. Tomber sur cette marque qu’il recherchait depuis plus de quatre ans, nichée sur la nuque de cet enfant, il n’aurait pu imaginer un tel scénario.

Alors qu’il nage dans l’incompréhension, des tas de questions lui viennent à l’esprit :

- Qu'est-ce que ça veut dire ? Petit comment te nommes-tu ?

- Toi d'abord ! rétorque l’enfant, tu n'as pas répondu à ma question, toi aussi tu nous traques ? demande-t-il d'un ton méfiant.

- Hmm, bien. Je me nomme Galahn et je suis un aventurier de la Confrérie. Je ne te veux aucun mal. J'ai juste des questions à propos de cette marque. Je recherche des individus dangereux et l'un d'eux a la même sur lui, explique-t-il avant de revenir sur la dernière question intrigante du gamin : - Mais que veux-tu dire par te traquer aussi ? Quelqu'un te veut du mal ?

- C'est une longue histoire, élude-t-il avant de poursuivre, moi c'est Shizza. Et je n'ai jamais vu personne d'autre à part moi et mes frères porter cette marque, elle est là depuis notre naissance.

– Une marque de naissance ? C’est curieux cela ressemble plus à un tatouage... Mais il ne me semble pas qu’il me mente, se dit-il. Raconte-moi ton histoire, je peux voir à tes yeux que quelque chose ne va pas, pourquoi m’as-tu appelé ?

- Tu as dit que t'étais un aventurier, reprend Shizza, j'ai une faveur à te demander... aide-moi à sauver mon frère! Je t’en prie… l'implore-t-il, je te dirais tout ce que tu veux entendre à propos de la marque !

- Ton frère ? explique-moi la situation.

- Ren ! Ce matin il s’est fait arrêter...

Plutôt dans la matinée, sur la rue principale de Munt :

Alors que les villageois s’apprêtaient à faire leur cueillette en forêt, à ouvrir leurs établissements et à aller à la pêche, une calèche tirée par deux beaux chevaux blancs emprunte la route principale du village. Entourée d’une escorte de cavaliers et de fantassins vêtus d’armures cuivrées, elle attire immédiatement l’attention de tous les habitants.

Chacun se demandait de qui il pouvait bien s’agir. Dans cet endroit aussi reculé, voir tant d’hommes armés relevait de l'ordinaire.

En effet, Ithaque est une petite île portuaire, la pêche et le troc étant le commerce principal de ses habitants. De ce fait elle comporte trois ports principaux dans trois grandes villes concentrant plus de 80% de la population : Le port de Déras à Stharvos à l’Ouest, le port de Dexia à Vathis au Sud et la baie des nymphes à Khanaara, à l’Ouest de lîle.

Pour un endroit comme Munt, se situant au Nord d'Ithaque, et de surcroit entouré de forêts ne facilitant donc pas son accès, il était rare de voir autant de monde y passer en même temps.

Les jeunes curieux se précipitent pour observer la scène. De l’autre côté de la fenêtre, un jeune homme, à l’air idiot, en fait de même. Assis confortablement dans la cabine de son carrosse, il scrute les villageois, un à un. Cet homme n'est autre que Junon de Phéres, Prince de Thessalia :

- Cocher, arrêtez-vous ! ordonne-t-il.

Le convoi se stoppe net. Deux des cavaliers, dont le capitaine de sa garde, se rapproche de la fenêtre pour s’enquérir de son prince :

- Votre altesse, y a t-il un problème ?

- Regardez-moi ça capitaine ! Il y a de belles femmes chez ces gueux aussi, fait-il remarquer.

- Votre altesse… Ce serait dépla…

Le jeune prince lui coupe la parole d’un ton sec :

- Il suffit ! Emparez-vous d'elle ! J'en ferai ma prochaine concubine ! décide-t-il en pointant du doigt une jeune femme en train de passer le balai au pas de sa porte.

- Mais... Ne devions nous pas faire profil bas ? réagit timidement le deuxième cavalier, venu s'enquérir de la situation.

- Déjà que père m’envoie en mission sur cette petite île, je me retrouve en plus dans ce coin perdu ! Autant que je puisse m’amuser un peu !

Les soldats se regardent entre eux brièvement, l’air de se dire qu’ils n’ont pas le choix, et ne tardent pas à s’exécuter.

Ils cavalent vers la jeune fille et s’en saisissent, provoquant un élan de consternation et d’étonnement chez les villageois tandis que la jeune femme, affolée, pousse des cris de détresse :

- Non ! Laissez-moi, à l’aide !

Le prince thessalonien, du haut de ses dix-huit ans, n'était qu’un enfant gâté, égoïste et narcissique, sans aucune once de compassion, et le fait qu'il était devenu le prochain successeur au trône, n'avait pas arrangé les choses.

Tandis que ce dernier daigne descendre de son carrosse pour apprécier de plus près sa prise, les vieux parents alertés par les cris de leur fille accourent :

- Qu'avons nous fait pour mériter cela ? Messire, je vous en prie ! supplient-ils en pleurs, prenez tout ce que vous voulez mais… Laissez-nous notre enfant !

- Huhuhu ! Ces gueux viennent-ils à l’instant de me donner des ordres, capitaine ? demande Junon de Phéres d'un air amusé, sans même daigner poser les yeux sur eux. Puis son visage prend tout à coup une expression froide et sèche, attendant la réponse de son soldat.

- Je…Mon prince… bafouille le capitaine Alaros.

Ce dernier connaissait assez bien son maître pour savoir qu'il pouvait facilement réagir de manière brutale en ordonnant, par exemple, que l’on tue les parents. Par ailleurs, iI était bel et bien possible que le prince lui fasse ce sous-entendu à travers sa question.

Aors que la jeune femme hurle de détresse, les villageois s'attroupent autour de la scène, ne sachant que faire. Le poing serré, les hommes bouillonnent d’envie de prêter main forte à la jeune Mery.

Après tout, c’était une fille serviable, aimable et toujours souriante. Ses parents se faisant vieux, elle s’occupait de toutes les tâches ménagères, prenait soin de son petit frère Nicos, et allait cueillir les plantes médicinales à la place de son père, souffrant du dos, pour les vendre dans leur modeste échoppe : l’enfant parfaite selon la plupart, elle était aimée de tous à Munt.

Mais entre intervenir et subir de lourdes conséquences par la suite ou rester silencieux et protéger ainsi sa famille, le choix est vite fait. Les remords et la colère, découlant de leur impuissance, pèsent sur leur conscience, mais personne n’ose bouger ni protester face à des soldats.

C’est alors que la foule s’écarte soudainement pour laisser passer un homme :

- Attendez ! hurle-t-il, s’accaparant l’attention du prince et de ses soldats, balayant cette ambiance de frustation et changeant l'air attristé des villageois en un brin d'espoir : il est arrivé, celui qui a toujours veillé sur eux.

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