Retour de flamme

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Gabrielle rentra de Paris par le TGV. Elle qui d’habitude s’amusait à reluquer tous les passagers en quête d’une aventure, elle occupa les deux heures et demie de trajet à penser à Sacha. La petite blonde n’avait pas quitté ses pensées depuis son départ et elle n’avait qu’une hâte, la revoir, seule à seule. La dernière fois avait été intense et elle s’imaginait un tout autre scénario en l’absence de Fred. Le blond musclé n’était qu’un jouet parmi d’autres et il en était conscient. Elle se lassait bien vite de ses conquêtes mais Fred était doué. Leur petit arrangement durait déjà depuis presque un an, sans sentiment, purement physique. Elle prenait son pied sous sa langue, il prenait le sien sous ses ordres. Mais depuis que la nouvelle rédactrice adjointe était arrivée - et quelle entrée fracassante, pensa-t-elle, en se remémorant l’épisode du métro - tout avait changé. Elle et Fred ne s’étaient plus autant vus et elle se retrouvait souvent à imaginer quelqu’un d’autre lors de leurs rares ébats.

Tout avait dérapé quand Sacha avait déboulé en trombe dans son bureau avec plus d’une heure de retard. Cela lui avait fait perdre son sang froid et le peu de contrôle qu'elle avait sur ses désirs. Les événements récents avaient chamboulé sa vie et ses sentiments. Elle qui pensait ne pas être capable d’en ressentir, la voilà qui avait le cœur battant comme une ado en pensant au sourire de son employée, sa petite taille, ses formes, sa bouche réhaussée de rouge à lèvres... Gabrielle se surprit à sourire bêtement mais ne chercha pas à cacher sa niaiserie romantique. Quand l'hispanique descendit du train, elle décida de prendre le métro jusqu’à chez elle. Qui sait, peut-être sa belle blonde serait dans la même rame, en proie à l’un de ses plaisirs exhibitionnistes.

La directrice avait passé ses deux semaines à ressasser, trouver les bons mots pour leur prochaine rencontre et maintenant elle se sentait prête. Elle, la dominatrice qui tenait dans sa main le cœur de ses multiples amants, devenait toute fébrile à l’idée d’un refus de la part de Sacha. Une fois à Massena et elle rejoint ses appartements luxueux du 6ème arrondissement.

Une fois la porte de bois aux moulures délicates ouvertes, Gabrielle la referma aussitôt. Elle savait sa maison vide et tout d’un coup, l’idée de passer seule ne serait-ce qu’une nuit de plus lui parut insupportable. Elle reprit alors l’ascenseur en toute hâte et appela un taxi. En une vingtaine de minutes, la jolie brune se trouvait face à un immeuble défraîchi de Villeurbanne. Ses yeux observaient avec appréhension le balcon illuminé du 3ème étage. Se redonnant du courage d'une respiration brève, ses doigts s’approchèrent de l’interphone. Elle s’apprêtait à sonner quand la lumière du hall s’alluma et les néons déchirèrent la nuit de leur lueur vive. Réalisant son inconscience, elle s’empara de sa valise et détala aussi vite qu’elle put, perchée sur ses talons aiguilles.

- Gabrielle ? C’est vous ?

Elle s’arrêta net. Son cœur battait la chamade. La voix de Sacha était ensommeillée mais toujours aussi plaisante à l’écoute. Gabrielle lâcha sa valise et pivota sur ses escarpins. La jeune blonde était en pyjama, un énorme sweat à capuche cachait le haut de son corps et la moitié du mini-short de soie qu’elle portait en dessous. Ses jambes à la peau laiteuse étaient charnues à souhait au niveau des cuisses et se terminaient par des mollets un poil plus solides que les standards de beauté classiques. Ses petits pieds flottaient dans des chaussons trop grands, accentuant encore son côté innocent. Elle avait à la main son sac poubelle qu’elle déposa aussitôt.

- Oui, hum… Je viens d’arriver de Paris et j’ai oublié mes clés. Comme je ne voulais pas dormir dehors, ni à l’hôtel et que les serruriers sont des charlatans, je me suis dit que je passerai bien vous rendre visite.

Sacha resta muette, pensive. Gabrielle sentit que la situation n’était peut-être pas à son avantage. Aurait-elle précipité les choses ? La jeune femme ne ressentait elle pas la même attraction pour elle ? Son esprit fut alors assailli de doutes et elle fut accablée de désespoir.

- Ecoutez, Sacha. J’ai agi sans réfléchir. Je vais prendre un taxi. Désolée du dérangement.

Elle reprit sa valise et marcha jusqu’à la rue.

- Gabrielle, attends !

Sacha courait en sa direction, perdant ses chaussons dès la première foulée.

- Bien sûr que tu peux dormir à la maison. Ce n’est pas rangé mais au moins les draps sont propres !

Gabrielle s’amusa de voir la jeune femme rougir sous la lumière du lampadaire.

- Enfin… tu peux dormir dans mon lit mais c’est pas obligée que je sois dedans, hein !

- Bien sûr que j’ai envie que tu sois dedans, petite idiote.

Gabrielle attrapa son employée par les hanches et l’embrassa avec autorité et douceur. Puis les deux femmes remontèrent dans le petit T3 sans prétention. Dans l’ascenseur, la tension sexuelle était palpable. Sacha se balançait d’un pied sur l’autre (elle avait récupéré ses chaussons), et Gabrielle tripotait une boucle folle, échappée de sa tresse. Quand les portes s’ouvrirent dans un -ding- sonore, elles rirent nerveusement à l’unisson car elles savaient que les papillons dans leurs ventres n'étaient pas seulement dus à l'arrêt soudain de l'ascenseur. Sacha dut s’y reprendre à deux fois avant de pouvoir déverrouiller sa serrure tant sa main tremblait et une fois à l’intérieur, Gabrielle se laissa bercer par l’odeur, mélange de parfum et de cuisine italienne.

- Tu as faim ?

Sacha lui présentait le plat de lasagne sur la table.

- Je suis affamée, oui.

Gabrielle souleva sa compagne, qui gloussa de surprise, puis l’emmena vers la chambre. Elle la lança sur le lit et claqua la porte d'un geste rendu brusque par l'excitation. Sacha riait à gorge déployée et Gabrielle ne tarda pas à la rejoindre dans son hilarité. Elle ôta ses escarpins avec hâte et rejoint la petite blonde sur le lit défait puis l’embrassa de nouveau, ivre de joie et de désir. Les yeux de son amante se firent suppliants, et l'hispanique voulut lui donner tout le plaisir du monde, même sans n’avoir rien en retour.

Elles firent l’amour une première fois puis une deuxième avant de s’endormir dans les bras l’une de l’autre. La tête blonde de Sacha posée au creux de son épaule, Gabrielle ne s’était jamais sentie aussi bien. Elle était en sécurité. Elle avait trouvé sa place.

- Je t’aime, petite Sacha.

Seul le silence de la nuit lui répondit.

Le lendemain, elles allèrent au travail en métro. Leur trajet fut ponctué de clins d’œil aguicheurs aux souvenirs de leur première rencontre, puis les deux femmes rejoignirent leurs bureaux respectifs, toutes sourires. Gabrielle lança son sac à main sur le canapé de cuir et s’assit dans son fauteuil. Elle alluma son ordinateur, étrangement heureuse de porter une culotte de son amante.

Une fois assise sur sa chaise de métal, Sacha ouvrit l’enveloppe et découvrit les clichés pris par Lou. Soudain, elle se rappela la webcam. Jetant les photos sur la table, elle se hâta vers le bureau de sa directrice. Elle entra sans frapper et découvrit Gabrielle, les joues striées de larmes.

- Hors de ma vue, sale putain.

Devant le regard de pur dégoût de sa supérieure, Sacha eut instantanément le cœur brisé. Elle put même voir et entendre son organe cardiaque voler en éclat, dans une pluie de muscles rendus cassant comme du verre. Les tessons acérés se figèrent dans ses viscères, ses poumons et la douleur fut insoutenable pendant un instant. Puis, la stupidité de ses actions lui apparut clairement. Une vision aussi tranchante qu'un couteau qui se fige dans les côtes. Cette souffrance s'ajouta à l'hemorragie émotionnelle et elle jura sentir le froid d'une lame qui la transperçait de part en part. Ses yeux restèrent secs, incapables d'exprimer le vide immense qu'elle ressentait à présent. Muette, voilà ce qu'elle était devenue, incapable de réfléchir, une vulgaire poupée de chiffon. Le regard noir de haine de son amante s'accentua et la jeune femme trembla de tous ses membres.

- Dégage. Dégage !

Sacha encaissa le venin de ces paroles et sortit. Ses sanglots refoulés elle marcha dignement vers son bureau en traversant l’open-space silencieux. Tous les regards se rivèrent sur elle mais cela lui était égale. Elle se sentait dans une réalité parralèlle où son corps apathique anesthesiait la douleur.

Elle ne laissa libre cours à son chagrin qu’une fois la porte close à double tour, lorsque l'illusion se brisa.

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