Street racing

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Stéphanie — Los Angeles — Septembre 2011.


Un soleil de plomb, l'asphalte qui fond et trois verres de café plus tard. Les garçons opèrent les derniers finitions sur leur muscle cars pendant que j'admire chacune d'elles. Me voir au volant d'un tel engin reste impensable, pourtant je caresse secrètement l'idée.

Hayden m'avait parlé de sa voiture sans que je puisse réellement m'en faire une idée : Une Maserati MC20, bleu nuit, longiligne comme un jaguar prêt à bondir. Taillée pour la vitesse, ses formes sont du finesse incontestée et je ne parle pas de ce qui rugit sous le capot. Depuis une bonne heure, mon binôme la lustre,

se bornant à retirer chaque tache qui ne lui convient pas. Lorsque je m'avance vers lui, mains derrière le dos, comme pour ne déranger personne, il m'adresse un clin d'œil mais ne se détourne pas de sa tâche.

A côtés de lui, trône majestueusement, celle de Cam : une Nissan skyline nismo GTR. Sous tous les angles de vue, elle est sublime, avec ses lignes à la fois feminines et imposantes. Les chromes et les couleurs sont en harmonie et je suis presque peinée qu'il s'en serve pour une course. Imperturbable, Cameron est assis face au tableau de bord et effectue des réglages qui me sont totalement inconnus.

Mon amie, ne voit pas tout ça du même œil. Elle s'impatiente à mes côtés et déplore le manque d'intérêt qu'ils nous montrent depuis un moment.


— Les gars vous êtes carrément lourds, si on est venu ce n'est certainement pas pour vous regarder laver vos voitures, s'écrie June.

— C'est vrai, ça ! On a le temps avant la course de ce soir. Et si on allait boire un verre ? demandé-je avec conviction.

— On vous a pas forcé à venir, les miss ! plaisante Hayden. Et puis, si on a des rencards, il faudrait pas trop qu'elles vous voient non plus.

Silencieux, Cam est concentré et ne se soucie aucunement de nos échanges. Hayden jette son vieux chiffon dans un seau et se rapproche de nous, l'air ravi. Casquette sur la tête, il arbore un air mi-canaille mi-gosse, et se tourne vers l'intéressé qui ne bouge pas d'un millimètre.

— Ça fait un moment qu'il est bloqué comme ça ? demande Hayden en observant Cam.

— Quoi ? T'es pressé que je te file ta raclé ? T'en as pas eu assez l'autre fois ? Ça va venir, répond Cam, les yeux rivés sur l'écran digital de son automobile.

— Attends d'y être ! Je te promets que tu vas te retrouver loin derrière moi ! s'exclame Hayden, dans mon retro, mon pote !

Les garçons se lancent des joutes oratoires à n'en plus finir et June soupire face à leur petit manège. Soudain, elle se lève en trombe, déboulant vers eux.

— Bon, Steph et moi, on vous attend au Peppermint Club. Soyez là-bas pour 20 heures ! Compris ?

Les deux hommes la considèrent, puis échangent un regard avant de hocher la tête, sans mots dire. Le côté directif de mon amie a l'avantage d'éveiller les consciences. De mon côté, je demeure figée. Si Chris m'a charmé, il y a quelques semaines, je ne suis pas non plus insensible à l'attrait insolent de Cam. Ce dernier prend enfin la parole, plissant ses yeux clairs.

— Ouais, bonne idée ! Allez boire un verre en nous attendant. On n'sera pas long !

L'instant d'après, il passe à autres choses et poursuit la conversation avec son acolyte. Hayden se penche sur le tableau de bord de la Nissan, nous reléguant au second plan. L'indifférence dans toute sa splendeur.

June fulmine, serrant les poings, et m'entraîne un peu plus loin dans une rue adjacente où se trouve mon Alfa Roméo. Coincée entre une vieille Plymouth et une camionnette multicolore, elle subit en silence cet affront qui est le sien. Se retrouver encastrée entre deux voitures qui ont avalées les kilomètres et la poussière, n'est pas une place de choix. Une dizaine de coups de volants plus tard, nous roulons vers le bar lounge que June a déniché. Elle presse alors mon bras, armée d'un sourire immense.

— Alors comme ça tu as revu mon meilleur ami ? se presse de demander, impatiente.

— On s'est croisé sur Malibu. Je dessinais au bord de la plage et il sortait de sa boutique, avoué-je, feignant le détachement.

— Et donc ? s'enquit-t-elle, frappant des mains.

— Rien. On a échangé nos numéros et on doit probablement se revoir, réponds-je en haussant les épaules.

Je sens son regard inquisiteur reposer sur moi ainsi que son cerveau bouillonner d'idées toutes aussi farfelues les unes que les autres. Débordant d'enthousiasme, la belle blonde est déjà entrain d'échafauder des plans. Mais depuis une semaine, c'est le talentueux Cameron qui a attiré mon attention. Séduite par son esprit doté d'une répartie à toute épreuve, par son humour décapant et son charme d'homme indomptable, je reste totalement fascinée.

Fière, l'Alfa Roméo stationne la portion de trottoir en face du Peppermint club plongé dans la pénombre environnante. Seules les lettres vertes fluo de l'enseigne permettent d'apercevoir l'entrée. Situé dans une rue peu fréquentée, aucune chance qu'un étranger repère ce lieu. En revanche, il a la réputation de faire les meilleurs cocktails et Burger épicé de l'agglomération. Il n'est pas rare qu'après douze heures de garde, nous allions nous détendre ici. Entre le lounge bar et l'avant boite, le club possède plusieurs possibilités selon nos envies.

Une vingtaine d'habitués sont déjà agglutinés contre la porte truffée d'affiches détrempées et le videur se fait encore desirer. Les bras crispés et croisés sur ma poitrine, je frissonne par la fraîcheur de cette soirée automnale. Coincée entre le gars transpirant et celle qui embaume sur 15 kilomètres à la ronde, je manque bientôt d'oxygène. Trépignant à mes côtés, June meurt d'envie de continuer son interrogatoire. Son regard inquisiteur décrypte chacune de mes mimiques afin de préparer une argumentation béton qui me sera impossible de réfuter.

Venant à bout de l'interminable file d'attente, la blonde se précipite sur une table côté lounge. Celles-ci sont rassemblées par secteur, assurant l'intimité de chacun. Sur les pans de mur sont accrochés de multiples photos de joueurs de foot américain et des vieux objets sont disposés ça et là, offrant un décor à la fois ancien et recherché. Côté avant-boite, la piste de danse est déjà bondée de monde sous les stroboscopes. Les deux côtés sont séparés de sorte qu'aucun n'empiète sur l'autre.

— Deux Guinness ! s'écrie mon amie au serveur.

Le regard planté dans le mien, insatiable, elle ourle ses lèvres d'un sourire diabolique, frottant ses mains l'une contre l'autre. Elle s'apprête à débuter ses investigations quand, Hayden et Cameron débarquent dans un fracas terrible.

— Je te jure que si ce soir j'ai un souci de quoi que ce soit, je te fais bouffer ta nitro ! menace Hayden.

— Tout de suite les grandes paroles ! T'as écouté ce que je t'ai dis ? Ça ne dure que quelques secondes et ça booste tes capacités ! C'est instantané et ça ne fera rien de mal ! assure Cameron.

— Juste je te préviens ! râle le brun, en jetant sa casquette sur la banquette à ses côtés.

— Hey ! Qu'est ce qui se passe ? On peut savoir ? demande June, interloquée.

— Rien d'important ! formule Cameron.

Les deux hommes continuent de s'observer sans ciller. Pas même le bruit de la percolateur derrière nous, ni celui du brouhaha ambiant ne vient les troubler. En revanche, June reprend ses remontrances.

— Vous beuglez comme des veaux dans le bar depuis moins d'une minute et ce n'est rien d'important ? Non mais je rêve !

—Mais c'est bon, il ne sait pas lire et ne saura jamais. Ce que je lui ai montré est clair pourtant ! argumente Cam en se levant, je vais commander quelque chose de corsé pour nous deux, je reviens !

Hayden fronce les sourcils, sans mots dire, les yeux fixés sur son pote qui s'éloigne. Le silence nous entoure pendant une dizaine de minutes sans que personne n'ose le troubler. Cam depose quatre shots de vodka, des rondelles de citrons, et un petit ramequin de sel. La blonde écarquille les yeux avant de s'indigner :

— Mais ça ne va pas ! Tu as perdu la tête ? Vous allez prendre le volant après ça ?

— Oh ! J'ai quitté la maison de mes vieux et ce n'est pas pour que quelqu'un les remplace, râle Cam.

Ses yeux clairs oscillent entre June et Hayden, puis il s'esclaffe librement. Le brun secoue la tête et s'empare du shot, le pointant du doigt.

— Si j'abime ma caisse, tu vas en faire des nuits et des week-ends, moi je te le dis, annonce-t-il.

Il saisit un verre qu'il avale d'un trait sous les rires de Cameron, nullement perturbé par ses paroles.

— La course est à 23h, t'as le temps de te lamenter si tu veux et tu me remercieras par la suite, lance-t-il avec un clin d'œil.

— C'est pas sûr !

— Vous allez parler de vos Bagnoles toute la soirée ? s'impatiente la jolie blonde, ça devient ridicule au bout d'un moment.

— Achète-toi une mustang et viens courir avec nous ! lance Cam, haussant les épaules, ou alors demande à ton meilleur ami qu'il te prête sa cougar. Tu nous en parles tellement que ça devient presque urgent de la voir à l'œuvre.

— Jamais de la vie ! Et Chris n'a pas acheté cette voiture pour user ses pneus sur l'asphalte et polluer un peu plus l'atmosphère! précise-t-elle, grinçante.

— Ça y est, on est reparti ! Tu vas pas te joindre à lui, au moins, lance Cam moqueur, non parce qu'à ce rythme là, je préfère le savoir.

— Et si c'était le cas, tu en dirais quoi ?

— Que c'est ridicule et perdu d'avance ! Ils sont animés de bonnes intentions mais rien ne fera bouger les choses, argue Cam.


Le débit de leur conversation est tellement rapide que je n'en saisis que la moitié. Du fait de leurs émotions, les garçons et mon amie s'emportent vivement et oublient que mes prouesses en Anglais ont leur limite.

Malgré cela, je suis la conversation de mon mieux lorsque Cam se rend compte de mon silence accablant.

— Ma frenchie préférée est bien silencieuse ? s'intéresse-t-il, avec un sourire taquin.

— Je n'ai rien à dire sur vos techniques de vitesse et puis, vous parlez tellement vite que c'est difficile.

— Surtout pour dire des âneries ! s'exclame June, agacée.

Ses prunelles bleus claires fixent intensément Cam de telle façon qu'elle pourrait le pétrifier sur place. Hilare, le brun se divertit tranquillement des polémiques qui se tiennent devant nous. Il passe une main dans ses cheveux en bataille avant de se mêler à la conversation.

— Bon, on se calme. Ce sont nos derniers verres. On a besoin d'un petit remontant pour affronter tous ces abrutis, argue Hayden.

— C'est dommage de risquer de les abîmer juste pour ce mesurer à ces types, dis-je.

— Mais, on est sûr de gagner ! lance Cam, sinon je ne le ferai pas ! Rien qu'à regarder les autres voitures, je sais que la mienne sera assez puissante.

— Avec ce que tu as ajouté, c'est même certain, précise Hayden.

Les deux amis éclatent de rire, avalant leur dernier verre, pendant que June appelle un serveur. Ce dernier prend la commande de nos burgers et se sauve vers d'autres clients. Cam s'avance légèrement vers June, plaçant ses avant-bras sur la table.

— Tu sais, je ne suis pas contre tous ces combats écologiques, June. Juste, je me demande s'ils ont eu des retombées bénéfiques.

— Justement, si on s'y met tous, les choses peuvent changer ! Tu ne crois pas ? répond elle avec véhémence.

— Je suis de son avis. Rien n'évoluera si on pense que toutes les actions ne mènent à rien, indiqué-je, et puis, ça ne coûte rien d'y prêter attention.

June m'adresse un sourire, et reporte son attention sur Cam dont les pupilles claires se pointent désormais vers moi. Un fin sourire étire ses lèvres, comme à chaque fois qu'il sonde sa proie.

— Je vais te faire goûter à la vitesse et après tu choisiras ton camp. Celui de l'écolo insipide ou bien le mien. Le choix sera vite fait !

— Du calme mon pote, tu parles d'un ami à moi et j'ai pas tellement envie que tu mêles Steph à ce genre de conflit ! s'exclame Hayden.

— Tu connais Chris ? m'étonné-je.

— Mais oui ! C'est un ami de longue date ! On ne partage pas le même univers mais ça ne nous empêche de bien nous apprécier ! répond le brun, avec un large sourire.

Lorsqu'il se tourne vers son ami, c'est un regard plus dur qu'il lui lance en poursuivant :

— Désolé, mais tu m'as forcé à le dire !

— Stéph fait bien comme elle le désire, je ne la forcerai à rien, mais elle viendra faire un tour dans ma Skyline et elle fera vite son choix ! affirme-t-il en orientant ses yeux clairs vers moi.

— Est ce qu'on peut arrêter de parler de voitures juste une heure ? C'est possible ? renouvelle June, irritée, j'aimerais que l'on cesse de parler des absents et surtout de sujets que l'on ne maîtrise pas ! Alors, à l'avenir je voudrais qu'on évite ce genre d'affrontement indigeste !

Ses prunelles bleutés prennent une teinte glaciale alors qu'elle s'adresse au blond en face d'elle. Un jeu de regards se jouent entre eux, dans lequel nous ne sommes pas conviés. Cam s'est attaqué à Chris sans raisons apparentes, ce qui a manifestement déplu à June. Le repas nous est servi et nous mangeons assez rapidement, orientant la conversation sur le travail.

Soudain, l'atmosphère remonte de quelques degrés lorsque le brun lance une plaisanterie. Bon vivant, mon ami à l'habitude de détendre l'ambiance lorsqu'elle devient un peu houleuse.

— Allez ! Je vais payer l'addition et ensuite, je te casse tes fesses tout à l'heure. Skyline ou pas, tu vas te retrouver loin derrière moi, mec, se moque Hayden.

Il se lève d'un bond, récupère sa casquette et fonce en direction du comptoir. Cameron n'a pas le temps de lui répondre qu'il est déjà loin. Refroidie, June ne pipe mot et quant à moi, j'en fais de même.

Ce n'est que lorsque nous sommes en voiture qu'elle me confie la colère qu'elle ressent à l'égard de Cam :

— Je ne tolère pas qu'on critique mon ami comme ça ! Il ne le connaît pas ! Harangue-t-elle, il fait des conclusions sans savoir et je déteste cet aspect de son caractère.

Concentrée sur la route, je ne peux qu'acquiescer ses dires en silence. Chris n'a pas eu le temps de me faire part de son dévouement pour l'écologie et je lui laisserai le soin de le faire.

— Rassure-toi. Je ne juge pas sur les paroles des autres. Cam pense ce qu'il veut, il ne m'empêchera pas d'être ami avec Chris.

Ses traits tirets se détendent aussitôt et son regard inquisiteur revient à la charge, avide de renseignements.

— A ce propos, j'espère en savoir plus un jour, glisse-t-elle, innocemment.

Il ne s'est rien passé d'extraordinaire pour que je puisse nourrir sa curiosité. Juste quelques messages échangés, en tout bien tout honneur. Rien de plus. Et au final, c'est beaucoup mieux. Ayant souffert des affres de la passion lors de ma précédente union, il ne m'est pas conseillé de me frotter à elles tout de suite. La prudence est donc de mise.

Arrivées au bout d’une demi-heure, nous constatons que les garçons sont déjà sur les starting-blocks. Ils saluent les deux participants et discutent des conditions. Jouant des coudes, nous parvenons à nous faufiler en tête de la cohue, au milieu des cris et des sifflements. June et moi observons les préparatifs, bousculées de tous côtés. Des habitués s'activent autour d'eux, admirants l'aspect des automobiles et les paris sont enfin lancés.


Excitée, j’ai réellement l’impression d’être dans un film, craignant à chaque instant le débarquement des flics. Novice dans ce genre de folklore, je me fais une joie de découvrir son déroulement.

Les voitures alors sont alignées les unes à côté des autres, chacune faisant vrombir son moteur. Quand le top départ est donné, la course démarre dans un enchaînement de bruits de cylindres. Un sifflement strident me tire de ma contemplation, venant endormir mon tympan pour une bonne partie de la soirée.

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