Chapitre 40 - Retour au Point de Départ

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Sauron errait sur son cheval, se tenant éloigné des villes et des villages. Il réfléchissait à ce qu’il allait advenir de lui. Il se sentait comme un parasite et un danger pour tout ce qui l’entourait. Il montait des campements dans les forêts pour passer la nuit et repartait le lendemain au plus vite. Il s’arrêta sur le haut d’une falaise sur laquelle se trouvait une plaine rocheuse. Il laissa son cheval gambader où il le voulait tandis qu’il s’asseyait sur le bord.

Depuis son combat avec Dagnir, il savait que quelque chose en lui s’était brisé, libérant sa véritable puissance qui ne cessait de grandir à chaque instant. De temps à autres, il concentrait son aura pour en observer l’évolution et remarquait qu’il se transformait en démon. Ne voulant pas le devenir totalement, il se refermait rapidement. Mais un jour, il se pourrait qu’elle soit assez puissante pour le transformer de la tête aux pieds. Il ne pouvait imaginer ce qu’il se passerait à ce moment-là. En regardant vers l’horizon, il avait l’impression de se trouver dans un endroit familier. Au pied de la falaise se tenait un petit village. Il décida d’y faire un tour. Il se leva donc et monta sur son cheval pour s’y rendre.

Arrivé en bas, aux abords du village, il vit que celui-ci était terne, boueux et obscur. Il avança doucement le long de l’allée centrale. Il n’y avait strictement personne, pas un chat. Il s’arrêta au milieu et se rendit compte que c’était ici qu’il avait rencontré Vorondil pour la première fois. Il y avait eu tant de mystères sur ce lieu et les habitants qui y vivaient. Sauron n’avait pas du tout été accueilli chaleureusement à l’époque. Il descendit de sa monture et saisit sa claymore, méfiant. Il explora la ville pour s’assurer qu’il n’y avait vraiment personne.

Certaines maisonnettes étaient ouvertes. Il s’approcha de l’une d’entre elles, monta silencieusement les escaliers de la terrasse et avança jusqu’à la porte. Là, il la poussa délicatement, brandissant son arme, mais il n’y avait personne. Où sont-ils donc tous passés ? se demanda-t-il. Il se retourna pour sortir mais fut brutalement surpris par l’homme se tenant debout derrière lui. Un homme de plus de trente ans, les cheveux noirs, des yeux bleus perçants et une barbe de quelques jours. Sauron sursauta. Il recula en se défendant avec sa lame.

— Qui êtes-vous ?!

— C’est moi qui devrais te poser la question, que fais-tu ici, démon ?

— D-Démon ? Comment… ?

— Comment je le sais ? Ton aura est terriblement meurtrière. Je peux la voir flotter autour de toi.

— Laissez-moi.

Sauron poussa l’homme sur le côté avec précaution, descendit les marches et partit rapidement vers son cheval. L’homme se retourna et le suivit.

— Ce n’est pas toujours facile d’être le roi des démons, je me trompe ? J’étais là le jour de ton arrivée. Je t’observais dans l’ombre.

Sauron s’arrêta net. Il se tourna vers lui et l’observa pendant plusieurs secondes. Il se demandait qui pouvait bien être cet homme. Comment savait-il ce qu’il était et qui il était réellement ? Il ne savait pas trop quoi en penser. Il rangea sa claymore dans son dos et resta à distance.

— Mais qui êtes-vous ?

— Mon nom est Maedhros. Je vis dans ce village depuis des années.

— Où sont passés les habitants qui vivaient ici ?

— Ils ont tous fui. Certains ont rejoint la Guilde Nocturne, d’autres sont partis se réfugier ailleurs. Nous avions beaucoup de sorciers, de magiciens et même de démons qui restaient ici.

— Vous connaissez la Guilde Nocturne ?! s’exclama Sauron, surpris.

Maedhros regarda Sauron qui se noyait dans l’incompréhension. Il se dirigea vers sa petite maison de bois en lui faisant signe de le suivre. Sauron s’exécuta. Après tout, il n’avait rien à perdre. Au mieux, il en apprendrait plus sur ce monde inconnu. Maedhros plongea dans un tiroir et en sortit un épais grimoire à la couverture en cuir. Il était fermé par une petite serrure de fer. Il le posa sur la table autour de laquelle ils s’assirent, sortit une clé accrochée autour de son cou et l’ouvrit. Il en tourna quelques pages et s’arrêta sur un passage illustré qu’il montra à Sauron.

— Le monde dans lequel nous sommes actuellement a un monde parallèle, nommé Evralar, nous en sommes séparés par une porte. Autrefois, les deux ne faisaient qu’un. Les habitants étaient au départ des elfes. Au contact d’une puissance inconnue et ténébreuse, certains ont évolué tandis que d’autres ont régressé en bêtes sans conscience, comme les wendigos. J’ai entendu parler de la Guilde Nocturne par les habitants d’ici. Nous avons l’habitude de ce genre d’histoires. Longtemps, notre village a été un point de communication entre nos deux espèces.

— Si cette porte sépare nos deux mondes, pourquoi mon père ne l’a-t-il pas utilisée pour venir, comme la Guilde l’a fait ?

— Aegnor, le chef de la Guilde, ne l’utilise pas. Il est très difficile de l’ouvrir. Il manipule des démons, des mains démoniaques brumeuses qui peuvent créer une sorte de portail en échange de sacrifices.

— Comment savez-vous qui je suis ?

— Tu me sous-estimes ? Je suis un mage compétent. Je peux facilement voir ton aura sanglante et tes yeux rouges à travers ton apparence.

— Je ne suis pas un démon ! cria Sauron. Je ne peux pas rester ici. Je dois m’en aller maintenant, je ne serai pas un tueur.

Sauron se leva brusquement. Non, jamais je ne deviendrai le fils de Dovahkiin. Je ne dois pas rester aux côtés des humains. Maedhros se mit à rire. Il se leva et se positionna devant la porte pour l’empêcher de sortir.

— Un tueur ? Est-ce qu’on t’a demandé de tuer ? Roi des démons ne signifie pas ce que racontent les rumeurs. Tu dois suivre ton cœur et ta volonté. Tout dépendra de ce que toi, tu veux. Dovahkiin n’a jamais été un assassin. Il protège son royaume comme le ferait un roi d’ici. Il utilise la force à sa guise pour servir ses principes. Il a essayé de reforger un monde uni, comme celui dans lequel vivaient nos ancêtres. C’est en fuyant tes responsabilités que tu tues. La Guilde commencera par attaquer Ladolar. Elle invoquera les démons les plus profonds pour ouvrir la porte, et ce sera la fin de ceux que tu connais.

— Ladolar ? s’exclama Sauron. La Guilde d’Aegnor va attaquer Ladolar ?

Sauron ne savait plus quoi faire. Il resta silencieux et sortit sur la terrasse. Il s’assit sur le porche de la maison d’en face, observant les lieux devenus déserts. Qu’est-ce que je suis censé faire ? Soudain, il se souvint de la lettre que lui avait donnée Nessa. Il la sortit de sa poche et la contempla. Il décida enfin de l’ouvrir, craqua la cire et en sortit le contenu.

« Sauron,

Je suis parti à Ladolar avec Cirth. Mon frère a besoin de mon aide. En mon absence, j’espère que tu prendras soin de toi. Ne t’inquiète pas pour moi, je vais bien. C’est à toi que tu dois penser. Peu importe ce que tu es, l’important, c’est qui tu es aujourd’hui et qui tu as envie d’être. Je serai toujours à tes côtés.

J’espère que tu feras les bons choix et ne m’abandonneras pas. Suis ce que te dit ton cœur. Tu es quelqu’un de bien. Si j’ai appris quelque chose au sein de ma famille, c’est que c’est en niant tes responsabilités que tu fais des erreurs. J’attends ton retour avec impatience. Cirth est triste de te laisser seul, mais nous t’attendrons tous à Ladolar alors dépêche-toi de guérir !

Anario, un ami qui te veut du bien. »

Sauron posa la lettre sur ses genoux, se répétant chacun des mots que lui avait écrits le prince. Assumer ce que je suis ? Un démon ? Il semblait se torturer plus qu’il ne le devait. Après tout, Sauron avait toujours les mêmes désirs et les mêmes convictions. Il concentra son aura autour de lui. Elle était sanglante et dynamique comme une tornade l’enveloppant. Ses yeux changèrent de couleur et devinrent lumineux. Ses ongles se transformèrent en griffes, ses muscles se gonflèrent, des cornes sortirent de son front, plus longues que la dernière fois. Il observa son corps se transformer sans se renfermer, sa peau devint légèrement écailleuse et rougeâtre. Il sentait ses entrailles le brûler. Et si j’utilisais cette puissance pour les protéger ? Maedhros sentit une atmosphère meurtrière envahir les lieux. Il poussa la porte et s’avança devant chez lui. Il vit Sauron presque complètement transformé et entouré d’une aura impressionnante.

— Tu n’as pas encore acquis toute ta puissance. Ta transformation n’est pas complète, remarqua-t-il.

— Pourtant, je trouve que c’est déjà trop. J’ai peur de ne plus pouvoir la contrôler.

— Tu veux que je fasse quelque chose ?

— C’est-à-dire ?

— Je peux sceller ta puissance.

Sceller ma puissance ? Il s’observa quelques minutes et remarqua bien toute l’évolution qu’il y avait eue depuis son combat. Il réfléchit et ne voulait prendre aucun risque. Il se leva et s’approcha de Maedhros. Sa puissance était inouïe et sa transformation surprenante.

— Faites-le.

Maedhros fit un aller-retour dans sa tanière et ramena un pinceau ainsi qu’un encrier. Il ouvrit l’armure et le chemisier de Sauron pour atteindre son torse. Il vit sa large blessure, mit sa main dessus pour la faire cicatriser avec sa magie, puis saisit le pinceau imbibé. Il commença à dessiner des signes au niveau de sa poitrine. Il s’agissait d’écritures elfiques. Simultanément, il prononçait des incantations. Peu à peu, l’aura de Sauron devint plus calme et les écailles de sa peau disparurent. Avant de fermer le sceau, il regarda son hôte pour être sûr de ce qu’il voulait. Sauron répondit en baissant légèrement la tête. Ainsi, Maedhros leva le pinceau.

— C’est bon. Tu ne pourras utiliser que cette puissance actuelle. Seul ton sang pourra rompre le sceau.

— Vous êtes sûr que c’est suffisant ?

— Combien de fois devrais-je te dire de faire confiance au mage que je suis ? Tu peux aussi me tutoyer, ça ne fait que me vieillir…

— Merci beaucoup, Maedhros.

Maedhros regarda Sauron. Il avait connu Dovahkiin lorsqu’il était plus jeune. Lui aussi avait mis les pieds dans son village comme beaucoup de démons. Pour lui, ça ne faisait aucun doute, le jeune roi des démons tenait de son père, même s’il devait encore se découvrir et comprendre que beaucoup de choses dépendaient de lui. Il décida de rester à ses côtés pour le moment et d’observer les choix qu’il allait faire.

Histoire écrite par A.L MATHERS ♥ IG @a.l_mathers

Illustrée par Noémie DUMONT ♥ IG @la_noun

Corrigée par Mélany BIGOT


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