Chapitre 20 - Les rêves nous trahissent sans cesse

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Le voyage aurait dû se dérouler sans accroc, avec quelques turbulences effrayant les néophytes et enfants.

Seulement voilà : à travers les ronflements des gens fatigués, des bébés qui geignaient et des mères qui les berçaient, une atmosphère lourde s'instaurait lentement, insidieuse purulence de négativité. Reiketsu s'en était rendu compte, bien sûr ; il n'était pas rare que des esprits maudits naissent dans des lieux où les peurs communes de l'air, du vide et de la hauteur s'entremêlaient.

Il regarda autour de lui, mais rien ; les quelques esprits mineurs qu'il avait vu sur les épaules et têtes des voyageurs, il les avait éliminé. Ce n'était que des Têtes Volantes, des broutilles. Mais là, la présence n'était pas ténue ; elle était dissimulée. Ce qui impliquait que le fléau était assez puissant pour se dissimuler, et surtout assez pour décider de le faire. Un classe 1 pouvait utiliser ce genre de technique. Un classe S peut la perfectionner, pensa Reiketsu.

Mais l'attaquer maintenant serait du suicide, tout-là-haut ; sa plus faible attaque avait assez de force pour percer la carcasse métallique de l'avion, et la différence de pression était synonyme de mort en cas d'ouverture. Il fallait la jouer fin…

L'exorciste châtain se tourna vers son voisin de gauche, Jinpaichi : ce dernier dormait comme un loir ! À droite, la vieille lisait un livre avec attention ; cette dernière était, d'après ce qu'il avait observé, acariâtre. Si Reiketsu décidait de sortir de sa place, la mégère risquait de lui faire des remarques acerbes mais surtout bruyantes, qui auraient attiré l'attention des passagers et attiser les peurs sous-jacentes.

— Excusez-moi de vous déranger dans votre lecture… (la vieille leva la tête vers l'exorciste, qui lui souriait le plus sincèrement qu'il put) Mais je me demandais ce qui vous prenait autant d'attention ?

— D'attention ? Jeune homme, insinuez-vous que j'en manquerais ?

— Veuillez m'excuser, je me suis mal formulé. Je suis juste un peu curieux quand à votre lecture.

— Hmpf ! De mon temps, on ne dérangeait les lecteurs que dans les salons de livre !

Cependant, la vieille soupira et referma son livre : intitulé Le Mathémagicien, la couverture représentait une ombre humaine qui marchait à travers les étoiles et les formules mathématiques. C'était une couverture plutôt suggestive, mais pas très parlante vu le titre.

— C'est un recueil d'astrophysique ? suggéra Reiketsu.

— De la science-fantasy (l'exorciste lança à la vieille un regard étonné) Par tous les dieux ! Les jeunes pensent que l'ancienne génération est incapable de s'adapter au changement. Nous ne sommes pas tous des fossiles.

— Pardonnez-moi, c'est juste que ce genre de lecture est rare par chez moi… De quelle région venez-vous ? Votre accent m'est méconnaissable.

— Vous êtes observateur, c'est bien. Malheureusement, je ne suis pas d'origine nippone, mais singapourienne. Mon mari était japonais…

— Toutes mes condoléances, dit Reiketsu en supposant que le-dit mari était mort pendant la Seconde Guerre Mondiale.

— Bah ! s'exclama la vieille en faisant un geste de la main. C'était un voyou qui s'était engagé un peu tard, et il a finit par déserter. De toute manière, le champ de bataille n'a jamais été sa place ; il préférait sa Harley-Davidson et boire des coups avec son ancien gang. Il m'a fait deux enfants : un fils et une fille. Je les aime de tout mon cœur, et lui aussi les aimait ardemment. Dans sa dernière lettre, il m'a dit que j'étais assez forte pour prendre le rôle de deux personnes. Et je l'étais. Aujourd'hui, mon fils vit en Allemagne et y fait ses études, ma fille travaille au Japon, à Kyoto (Reiketsu hocha de la tête, montrant qu'il écoutait toujours ; la vieille se mit à sourire) Je suis passé la voir pendant ses vacances, et elle m'a fait visiter les meilleurs coins.

— Comme ?

— Des temples, principalement… J'ai oublié. La seule chose dont je me souviens, c'était qu'il y avait des biches et des cerfs qui se baladaient un peu partout, gloussa l'ancienne. Il n'y avait qu'à tendre la main pour en caresser le museau.

Reiketsu sourit ; des beaux souvenirs d'enfance remontèrent. La vieille le remarqua :

— Vous m'avez l'air atteint de nostalgie, semble-t-il. Venez-vous aussi de Kyoto ?

— J'y suis né, répondit-il, heureux de discuter avec une personne qui ne lui voulait pas de mal. J'ai passé mon enfance dans la banlieue en périphérie de la ville, et quoi qu'on en dise, c'est de très beaux quartiers. Les gens sont différents quand ils ne sont pas pris dans la frénésie de la ville – cette pensée attrista Reiketsu – alors arrivé là-bas pour y trouver du travail, j'ai été noyé dans le flot de la foule, je m'y suis fondu. J'ai oublié mes racines… Non, pire : je les ai rejetées. Mais j'aimerais…

—…retourner là-bas pour voir s'ils ne vous ont pas oublié ? (Reiketsu opina du chef, et la vieille lui tapota la main en souriant) Je suis persuadée que c'est le cas. Quelque soit la hauteur de l'arbre, les feuilles et les racines seront toujours connectées.

Un baume sur le cœur de l'exorciste. La conversation s'orienta sur d'autres anecdotes passionnantes, et Reiketsu faillit oublier son objectif initial tant la vieille dame était un puits d'expériences sensationnelles. Il s'excusa et demanda s'il pouvait passer aux toilettes, ce que l'ancienne accepta volontiers et se leva pour le laisser passer. Seulement, alors qu'il était dans l'allée, elle lui attrapa le bras :

— Le Roi vous observe. Voyons si vous êtes à la hauteur.

Le baume s'effaça, et le cœur s'effondra. Reiketsu regarda le visage de la vieille, rayonnante de bonté et de sagesse. Comment une telle personne, qui avait autant d'amour et de force en elle pouvait céder au désespoir du Seigneur Pourpre ? La simple vérité de cette situation suffit à le rendre malade, et il extirpa vivement son bras comme si le contact l'avait brûlé.

— Vous me dégoûtez tous, marmonna-t-il en s'éloignant.

Il espérait que combattre l'esprit de l'avion lui prendrait tout le trajet, car il ne voulait surtout pas se rasseoir à côté de cette… cette femme. Reikeitsu écarta ce futur et se concentra pour maîtriser ses émotions.

Normalement, sa première destination aurait dû être la cabine de pilotage, mais entrer en irruption et causer un scandale attiserait l'appétit de l'esprit. Quant à la soute, elle n'était accessible par l'intérieur qu'à l'aide d'une trappe fermée à clé, clé gardée par les hôtesses de l'air attentives à toute forme d'inhabituel. Non. Ce qu'il devait checker, c'était les toilettes.

Heureusement, personne n'y était. L'exorciste y entre, ferma le loquet. L'endroit était exigu, à moitié éteint et sentait la javel. On ne pouvait pas combattre ici, mais ce n'était pas son plan…

— Montre-toi.

Il attendit.

Attendit.

...attendit…

C'est peine perdue, semble-t-il, pensa Reiketsu en soupirant. Il s'apprêta à sortir, mais…

— Tu peux me sentir.

Il se tourna ; du robinet dépassait une petite langue noire à un œil avec un sourire édenté. Quel genre d'esprit était-ce là ? Il n'aurait su le dire, mais sa malveillance était palpable.

— Malheureusement pour toi, apparemment. Tu attends quoi pour m'attaquer ?

— Je t'observe.

— Ah ! Et ensuite ?

— Je décide.

Cet esprit était donc à mi-chemin entre la conscience sans forme d'un fléau et l'intelligence humaine. Un semi-classe 1 tout au plus.

— Tu décides qui vit ou meurt, n'est-ce pas ? Curieux… D'ordinaire, les esprits vengeurs comme toi ne font pas de quartier. Si ce n'est pas indiscret, j'aimerais savoir sur quoi tu te bases pour choisir tes victimes.

Appuyer sur ce mot était volontaire, afin de voir comment l'esprit réagissait. Curieusement, la chose ne se mit pas en colère ; elle opina simplement du chef, et répondit :

— Fidélité.

Reiketsu réfléchit un instant ; l'esprit était tout simplement trop faible pour comprendre sa raison. Mais ce simple mot, « fidélité », pouvait s'avérer dangereux ; le fléau était comme un enfant ou un robot, donc il pouvait l’interpréter sans aucun recul, pour finir par attaquer un enfant qui avait mit trop de temps à manger sa compote alors que sa mère lui avait intimé de le faire, ou bien un mari qui avait assuré à sa femme qu'il avait bien vidé le frigo avant de l'éteindre, alors que ce n'était pas le cas.

Il y avait deux solutions ; soit Reiketsu devait exorciser l'esprit pour qu'il ne blesse personne, soit il devait trouver la raison de sa malédiction et la lui faire faire pardonner. La première méthode était pratique et efficace, et c'était celle qu'il avait utilisé sur presque tous les cas en ville, mais là-bas on pouvait juste évacuer les gens hors de l'endroit maudit. Ici, impossible.

La seconde était dangereuse, très dangereuse ; certes, c'était toujours beaucoup mieux de comprendre l'esprit afin qu'il puisse trouver la paix, mais la plupart du temps, il devenait très hostile et bien plus fort. Reiketsu avait usé de cette méthode deux fois, et deux fois il avait dû affronter un fléau plus puissant que son simple grade.

— Infidèle.

— Hein ? (l'exorciste fut tiré de ses pensées, avant de voir la langue noire disparaître) Merde ! Reviens !

Mais l'injonction tomba à l'eau, l'esprit avait déjà trouvé une proie. On ne pouvait pas le raisonner, il fallait l'exorciser !

Reikestu sortit en trombe des toilettes, bousculant un type dans l'attente qui s'exclama : « Hé ! C'est quoi votre problème ? » [1] et fila à travers le couloir pour atteindre l'avant de l'avion, où une hôtesse l'arrêta :

— Où croyez-vous aller ?

— Pas le temps de vous expliquer, persifla le châtain en regardant chaque recoin, chaque zone d'ombre. Il ne faut pas causer de panique !

— Mais…

Il la poussa sans ménagement, conscient qu'il allait à l'encontre de ses conseils. Pas le choix ; il ouvrit la porte avec fracas, surprenant les pilotes qui avaient engagé le mode automatique. L'un d'eux se leva avec un air confus et bredouilla :

— Cette partie est interdite pour vous, monsieur ! Je vous prie de vous rasseoir, une hôtesse va…

— Posez l'avion.

La voix de Reiketsu était sans détour.

—...Je vous demande pardon ?

— Posez cet engin. Nous sommes bien sur l'eau, non ? L'avion peut flotter, je le sais. Vous appellerez les secours en temps voulu, juste… posez-vous !

— Je… comprenez que je ne peux pas accepter, monsieur…

— Monsieur, je vais vous demander de sortir, fit le collègue du peureux, plus baraqué que lui et l'air menaçant. Ou vous allez avoir de gros problèmes.

— Infidèle.

Merde ! Reiketsu se retourna. Vers le plafond, une sorte de grenouille aux entrailles ouvertes déversant des gouttes de pétrole, et couverte de bouches et d'yeux se tournaient vers… le pilote peureux. Ce dernier regardait la chose avec un air terrifié. Ce type est une Fenêtre ! Ça compliquait les choses.

— Monsieur, je ne vais pas me répét… Taki ? (le pilote baraqué secoua son collègue) Oi, Taki ! Qu'est-ce qu'il t'arrive ?

— Non… Ne me faites pas de mal.

— Infidèle, répéta l'esprit comme en réponse.

— NON ! AU SECOURS !!! s'écria le pilote se plaqua contre le sol. JE NE VEUX PAS MOURIR !!!

Ce fut le coup d'envoi ; l'esprit bondit, mais Reiketsu fut plus rapide ; une décharge d'énergie occulte balança le monstre de l'autre côté du poste de pilotage, et la créature se fondit dans l'ombre d'un coin. Problématique.

— C'était quoi ce bruit ? demanda le baraqué en se tournant vers Reiketsu. Qu'est-ce que vous venez de faire ?

L'autre n'était pas une Fenêtre complète, juste partielle, ce qui indiquait que cet esprit était là depuis très, très longtemps. La proximité d'un esprit de cette trempe permettait de développer une certaine sensibilité envers lui, comme une sorte de connexion. Peut-être même que c'était le premier pilote, qui, le jour où il apprit que sa femme l'avait trahi, s'était suicidé et avait attribué cette tromperie au fait qu'il était pilote et qu'il ne voyait pas beaucoup sa femme, tout ça à cause du travail. Mais c'était trop facile.

Reiketsu, à l'aide de ses sens d'exorciste, tenta de détecter chaque signe avant coureur d'une attaque éclair, et ainsi…

Une griffe l'écharpa. Il siffla de douleur en se tenant le flanc. Rapide. Et précise. Et surtout, patiente ; elle évoluait, et ça sentait pas bon.

— Restez ici, gronda Reiketsu vers le pilote effrayé. Vous, barrez vous ! Expliquez pourquoi personne ne peut entrer sans mon autorisation.

Son regard ne fit qu'une bouchée du courage du baraqué, qui obéit sans demander de restes. Avant de sortir, il lança un dernier regard à son collègue.

Ils n'étaient en sécurité nulle part, mais le fléau en voulait à ce type pour X raison. Il n'allait pas le lâcher ; c'était un appât. Je hais mon job, pensa l'exorciste en faisant apparaître des arcs électriques sur ses doigts, qui remontèrent sur ses bras jusqu'à ses yeux.

Son cerveau accéléra le processus de traitement. Au moins, on ne le surprendrait pas… Là ! Il se tourna au dernier moment pour plaquer le fléau qui avait bondi depuis l'ombre du gouvernail, et la frappa d'un coup chargé en énergie occulte. Pas de foudre ici, sinon l'avion disjoncterait et s'écraserait pour de vrai, cette fois.

— Dis-moi ce que tu veux ! hurla Reiketsu en électrifiant son poing, produisant de la lumière pour empêcher l'esprit de se fondre dans l'ombre.

—…Infidèle…

— Qu'est-ce que c'est que cette chose ? balbutia le pilote, rassuré d'avoir quelqu'un qui le protège.

— Pas tes oignons. Et toi ! (il affermit sa prise sur la créature, qui crissa de douleur) Je sais que tu as compris où je veux en venir. Qu'est-ce qu'il a fait ?

—…menteur…

— Monsieur, si vous pouvez abattre cette chose…

Reiketsu fit taire d'un regard le pilote, avant de se tourner de nouveau vers l'esprit :

— Qui ment ? Le pilote ?

—…il ne l'aime…pas.

— Vous savez de quoi il parle ? demanda Reiketsu, et le pilote secoua sa tête, l'air paniqué. Alors l'exorciste ajouta : Ne mentez pas ! Ça ne fait qu'empirer les choses !

Le fléau commença à s'agiter sous la main de l'exorciste ; il tenterait de modifier sa structure pour atteindre une ombre. Il fallait agir vite.

— Je ne peux pas, je…

— Crachez le morceau, ou je laisse cette chose assouvir son désir de vous écharper et m'en occuperait après !

La peur était une arme pour les fléaux, mais aussi les exorcistes ; l'homme glapit rien qu'à l'idée de se faire déchiqueter comme le flanc de Reiketsu, alors il finit par dire :

— C'est… Asahi…

— Qui ?

— Mon collègue que vous avez vu… Nous avons des…

—…relations amoureuses mais vous êtes déjà marié ? (le pilote sursauta, avant d'acquiescer, honteusement) Vous vous êtes rendu compte de votre véritable nature, et vous aviez eu peur que votre femme vous rejette ?

L'esprit avait cessé de s'agiter sous la main de Reiketsu, l'air d'écouter attentivement.

— Non ! Ce n'est pas le rejet que je crains, c'est juste que Miyuki est une femme formidable, et je ne veux pas la blesser… Elle m'est aussi précieuse qu'Asahi, mais d'une autre manière.

— En tant qu'amie, ajouta Reiketsu.

— En tant qu'amie.

Le châtain soupira : le monde était décidément trop complexe pour des gens comme ce type ; avec un air désabusé, il dit :

— Appelez-la – puis se tourna vers la porte – pilote ! Ramenez-vous.

Le baraqué revint, l'air surpris. Il avait l'air d'avoir fait ce que Reiketsu lui avait demandé… L'esprit était toujours passif, mais avait tourné ses yeux vers l'arrivé, qui s'adressa au peureux :

— Taki ? Qu'est-ce qui se passe, à la fin ?

— Asahi, je… voulais te dire pardon. Pardon d'avoir caché notre relation comme si c'était une honte.

— Qu'est-ce que tu fais ? Qu'est-ce qui t'arrive, bon sang ?

— Je… Allô, chérie ? C'est moi… Qu'est-ce que je raconte, bien sûr que tu sais, mon nom est affiché sur le numéro d'appel… Oui, je suis en travail… Oui, j'ai mis le pilote automatique ! Et non, je ne flâne pas ! Écoute, je voulais te dire quelque chose d'important… Écoute moi bien, je… (il prit une pause) je suis tombé amoureux. D'Asahi, mon collègue et ami d'enfance. Je n'avais pas écouté mes sentiments à l'époque, ce qui m'a conduit à mentir envers toi… et envers moi -même.

Des sanglots étranges attirèrent Reiketsu ; l'esprit versait des larmes. Yes ! Continue comme ça, Taki-san !

— Si tu décides de m'en vouloir, fais-le, car tu en as le droit… Je… (soudain, Asahi prit le téléphone de Taki de sa main) Mais… !

— Miyuki, je suis désolé ! Je t'ai volé ton mari sous ton nez ! Je te promets de me faire pardonner en bonne et due forme ! tonna-t-il.

Il avait, sans faire exprès, mit le haut-parleur. Et résonna la voix de Miyuki, qui pouffait :

— Tu croyais que j'étais si aveugle que ça ? Je voyais bien vos petits échanges de regards quand on t'invitait à manger. J'allais bientôt vous en parler de toute manière, mais je suis contente que vous l'ayez fait vous-même.

Asahi avait les yeux humides et Taki pleurait à chaudes larmes. Reiketsu avait juste envie qu'ils en finissent, mais heureusement, l'esprit ne s'agitait plus du tout. Miyuki finit par dire :

— On a fait un serment : amis pour la vie ! Je ne suis pas prête de le briser.

— MERCI, MIYUKI !!!

— Ouch ! Pas la peine de hurler, Asahi.

— Excuse-moi ! Je te repasse Taki.

— Miyuki, bredouilla ce dernier quand il eut le téléphone. Je ne sais pas comment…

—…me remercier ? Tu m'inviteras au meilleur restaurant du quartier, et on choisira les menus les plus chers. Deal ?

Taki rit doucement, et acquiesça. Elle ne peut que t'entendre de l'autre côté du fil, idiot, faillit râler l'exorciste. Cependant, Miyuki raccrocha. On eut l'impression qu'elle savait d'avance que Taki allait accepter. Ce dernier avait l'air… apaisé. Et quand il se tourna vers Reiketsu et l'esprit, il regarda ce dernier avec un air attristé :

— Toi aussi, tu t'étais menti à toi-même, je présume ?

— Euh… Je pense pas que ce type a l'air de mentir à qui ce soit, fit Asahi en montrant le châtain du doigt, qui roula des yeux.

— Vous, allez expliquer aux hôtesses l'origine de ce raffut (Asahi déglutit à l'entente du ton acerbe, et obéit). Quant à vous, Taki-san, merci ; vous m'avez beaucoup aidé sur cette affaire.

— Exorciste, n'est-ce pas ? (Reiketsu haussa les sourcils, tandis que Taki acquiesçait) Mon grand-père avait eu recours à vos services. Je vous prenais pour des charlatans, jusqu'à récemment… J'ai commencé à voir… ces choses.

— Ce sont des esprits maudits, fit Reiketsu en soulevant le sien, qui pendait mollement telle une vieille chaussette. Et si vous en voyez un, évitez-le avec le plus grand des calmes.

— Euh… C'est normal s'il brille ?

Hein ? Oui, l'esprit brillait ; d'un blanc immaculé. Ses yeux étaient devenus rouges, mais un rouge apaisant, comme celui d'un coucher de soleil. Prudent, le jeune homme le posa néanmoins par terre… et le vit enfler jusqu'à des proportions humaines. Puis, une marque rouge se dessina sur son front.

Oh non.

— Merci beaucoup, Reiketsu Yakuseki. Grâce à cette mise en scène, j'ai enfin compris quel genre de Frère vous étiez. J'espère vous voir bientôt.

Le Prince disparut dans un éclatement de lumière qui éblouit l'exorciste.

Reiketsu se réveilla en sursaut dans son fauteuil. Un autre rêve. Il se frotta les yeux, et regarda autour de lui ; Jinpaichi endormi, et la vieille en train de lire. Cette dernière tourna la tête, et lui offrit un sourire contrit, montrant le couloir pour savoir s'il voulait aller aux toilettes.

Il secoua sa tête, et se cala dans son fauteuil en regardant l'heure ; deux heures s'étaient déroulées. Le jeune homme se sentait fatigué, mais n'osait pas fermer l’œil ; quelqu'un jouait avec ses rêves et le testait.

Ce fut avec la désagréable sensation d'avoir été disséqué qu'il termina son voyage aérien.

* * *

[1] En anglais dans le texte.

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