Chapitre III (2/2)

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Les trois autres l’écoutait avec la plus religieuse attention.

« -Elle connait de vieux dialectes qui ont servi à la mise en place de la langue universelle, elle n’aura donc pas trop de mal à l’apprendre, pour le vocabulaire en tout cas. Ensuite, elle ne se souvient plus de son nom. Apparemment, avant de s’endormir, elle ne l’avait pas entendu depuis longtemps. J’ai préféré ne pas lui poser trop de question là-dessus pour le moment.

-Tu as bien fait, le félicita sa compagne. Si ce sont de mauvais souvenirs, inutile de creuser pour l’instant. On peut l’appeler comment en attendant ? Elle a choisi un prénom ?

-Pas encore, mais ça viendra. Ensuite, elle vient d’un territoire plus au Sud. A côté ce qui est aujourd’hui abrité par la Coupole Concordia.

-C’est pas si loin que ça d’ici…, nota Alectra, la frontière doit être à un millier de kilomètres, pas plus, non ?

-C’est bien ça.

-Tu lui as parlé des réponses qu’on attend ? »

 Cor dans son impatience, avait interrompu la discussion. Il attendait une explication sur la chute de l’Homme, son enfermement, sur la miraculeuse survie de l’étrangère et il n’était pas le seul. Il voulait apprendre à la connaître aussi, mais elle viendrait après la connaissance et les réponses tant convoitées !

« -Apparemment elle est restée isolée du monde longtemps avant de s’endormir. On aura peut-être pas des informations sur le Grand Enfermement précisément, mais au moins sur les années qui ont précédées.

-Cor, appela la médecin, Rapheyl est trop gentil pour te faire la remarque, mais il faut que tu te détendes. Elle a fait un voyage fatigant, son corps n’est pas adapté à son nouvel environnement et nos machines n’ont pas encore fait le nécessaire pour la remettre sur pieds. C’est en tant que médecin que je te le demande, ne lui saute pas à la gorge de suite, laisse lui un peu de temps… Tu veux bien ? »

D’un regard, Caelesti et Rapheyl apportèrent leur support à Alectra. Le scientifique hocha simplement la tête.

« -Je lui laisserait tout le temps qu’elle souhaite, j’avais juste peur d’espérer pour rien.

-On le sait très bien Cor, mais tu vois, il n’y a pas de raison de s’inquiéter. »

 Personne ne releva l’incident. Leur ami et collègue avait toujours été fasciné par le passé et s’était fixé comme mission de sauver l’avenir : c’est ce qui avait motivé son entrée dans le Centre d’Etude des Containers. Trouver des solutions pour sauver la race humaine de son destin tragique avait toujours été son but, son objectif, son obsession. Son complexe du héros n'arrangeait rien... Tous avaient déjà eu à gérer son investissement excessif dans ses recherches !

Ils retournèrent enfin leur regard vers l’émissaire. Seule la psychologue ne fut pas surprise de la voir pleurer de nouveau. Alors qu’elle mangeait en silence, ses larmes dévalaient ses joues. A quelles horreurs avait-elle assisté quand l’humanité était tombée de son piédestal ? Qu’est-ce qui avait motivé cette décision suicidaire de s’enfermer cinq siècles dans un réceptacle ? Qu’avait-elle abandonné ? Qui avait-elle abandonné ?

 Cor prit alors enfin le temps de la regarder, vraiment. Si quelque chose marquait par-dessus tout, c’était avant tout la longueur de ses cheveux. Il ne l’avait pas vu debout, mais s'il avait fallu parier, il jurerait que ses pointes atteignaient ses genoux. Ils avaient dus continuer à pousser pendant sa stase... D’une couleur brune assez banale, ils étaient assortis à ses yeux ambrés qui étaient mis en valeur par un grain de beauté qui décorait sa pommette droite. Elle était effectivement petite, sûrement en accord avec la taille moyenne normale de son époque, et possédait des traits ronds. Caelesti l’avait aidée à finir d’enfiler sa blouse et lui avait retroussée les manches. Le vêtement était beaucoup trop grand pour elle. On aurait dit une vraie gamine, si ce n’était pour ses yeux, si graves, qui assombrissaient son visage. Après des siècles sans voir le soleil, sa peau translucide reprenait peu à peu des couleurs, trop vite pour que ce soit naturel. Elle devenait un peu plus jolie. Ce retour de vivacité permit au scientifique de noter d’étranges marques qui lacéraient ses avant-bras : des cicatrices. On allait décidément d’étrangeté en étrangeté !

Il fut tiré de sa contemplation par un bruit sourd, un objet venait de tomber au sol : les bracelets de chevilles. La maigreur extrêmes de l’inconnue ne les retenaient plus en place… Rapheyl eu comme un hoquet en réalisant qu’il avait complétement oublié les inscriptions dont il n’avait pas pu tirer de sens :

N0 - N.A

 Il alla récupérer les bijoux et les déposa devant la jeune femme. Elle blêmit soudain, comme tétanisée par la frayeur. Tous furent surpris d’un telle réaction mais Caelesti se précipita à ses côtés pour la calmer pendant que le linguiste tentait du mieux qu’il pouvait de l’interroger. Il supposait depuis le premier jour que ces inscriptions soient en réalité ses initales. Elle tentait de lui répondre mais ses sanglots empêchaient Rapheyl de bien la comprendre, elle finit par écrire :

This is no name. That’s my number and series.

 Rapheyl avait apparemment eu un éclair de lucidité ! Il s’exprima à tout vitesse, expliquant que le premier N était en fait une abréviation de numéro, qu’il ne s’agissait pas d’un O mais d’un zéro. Les deux autres lettres restèrent un mystère, un nom de série apparemment... Pour faciliter les choses dans un premier temps Rapheyl proposa alors d’utiliser « 0 » comme prénom. Alectra parut un peu choquée de l’idée du linguiste !

« -On ne va pas l’appeler par un numéro quand même ! »

Rapheyl avait alors proposée à l’émissaire de se choisir une appellation. Elle avait baissé la tête, pensive et tous étaient suspendus à ses lèvres en attente du patronyme qu’elle choisirait. Finalement, elle releva ses yeux bouffis pour proférer une phrase entière.

« -Qu’est-ce qu’elle dit ?

-Elle n’a pas vraiment d’idée, elle a peur que ce à quoi elle puisse penser fasse trop « vieux », Elle nous demande si on aurait pas des suggestions à lui faire. »

 Caelesti parut ravie ! Sans dire un mot elle se plongea dans ses pensées, en quête d’un prénom qui irait comme une gant à leur ingénue. Alectra fit de même avec toutefois plus de réserve. Et Rapheyl lui, se lamentait de son manque d’imagination, mais surtout d’originalité ! Cor avait baissé les yeux vers ce qu’elle leur avait écrit :

This is no name.

« -Raph, “no name” ça veut dire « pas de prénom » ?

-Eh bien... Ici, ce serait plutôt « pas un prénom ». Mais sinon, oui, pourquoi ? »

Il jeta par la suite un coup d’œil aux bracelets posés sur la table.

N0 - N.A

Il ne prit pas le temps de réfléchir et se jeta à l’eau tête baissée.

« -Tu crois que ça lui plairait « Nona » ?

-C’est peut-être pas sympa de lui donner un diminutif de « pas de prénom » tu crois pas ?, s’indigna Caelesti. »

Une phrase inconnue lui ôta la chance de se défendre. La jeune femme avait parlé d’une voix claire bien que toujours un peu rauque. Sous la stupeur de tous, elle souriait. Vraiment !

« -Elle aime beaucoup… »

Et c’est ainsi que ces larmes, ce sourire, ce visage, que cette femme fit irruption dans la vie de tous sous le nom de Nona.

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