Rencontre paternelle

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Le lendemain, Sébastien passa chez Axel qui avait réussi à louer l’appartement que Sébastien et Valentine avaient quitté ; le courant était bien passé avec le propriétaire qui accepta de le lui louer aux mêmes conditions que Sébastien.

Sébastien l’avait aidé à changer la décoration, Valentine le soutenait dans ce projet, il ne fallait pas qu’Axel ait l’impression d’emménager chez Sébastien, il devait s’approprier les lieux.

Marcelle et François leur prêtèrent main forte ; si Axel se trouvait un logement, ils seraient à nouveau « chez eux », et puis, Marcelle était heureuse de voir son fils finalement réussir à voler de ses propres ailes et s’installer, seul.

— Ne t’inquiète pas Marcelle, il sait se débrouiller, et puis c’est ça aussi la vie ; à lui de faire ses lessives tout seul !

— Je sais Valentine, mais ça me fait drôle, tu sais. Je dois te dire que lorsqu’il est revenu à la maison, et quand il a commencé à parler de son père, j’étais pessimiste, je pensais que je l’aurais encore à la maison quelques années… Mais comme quoi, finalement, il a accepté de se bouger.

— Oui, je crois qu’on l’a bien soutenu dans ce sens-là Sébastien et moi. Mais, il devait bouger pour passer à autre chose. Je crois que maintenant, il est sur le bon chemin.

— Je crois, oui, même s’il a eu du mal à encaisser le refus de son père de le rencontrer, j’ai l’impression qu’il est passé au-dessus, tu ne penses pas ?

— Je crois que ça, il va devoir encore le travailler, mais voyons le présent, là, il réagit positivement, c’est tout ce qui compte.

— Oui… Allez, viens, ils doivent attendre les tentures que j’ai cousues !

— Allons-y, ils doivent effectivement nous attendre.

Une fois relooké, l’appartement n’eut vraiment plus rien à voir avec ce que Valentine et Sébastien avaient connu.

Axel ouvrit la porte à son cousin et l’accueillit dans le living ultra design et épuré qu’il s’était aménagé.

— Alors, prêt pour demain ? Je peux donner un coup de main si tu veux.

— Ça va, tout est quasi prêt, tu sais, ce sera un buffet, chacun prendra ce qu’il veut.

— Mais si je peux aider pour autre chose, n’hésite pas ; des trucs à déplacer, des dernières courses à faire…

— Non, ça va, nous avons déjà tout prévu.

— Mmh… Ok.

Sébastien le scruta puis s’enquit,

— Qu’est-ce qu’il y a, Axel ?

— Quoi ?

— Oui, qu’est-ce qu’il y a ? Tu voulais que je passe, pourquoi ?

Axel souffla en secouant la tête puis lui dit, en continuant à secouer la tête,

— Je ne comprends pas mon père, Seb…

Sébastien fronça les sourcils,

— Que se passe-t-il Axel ?

— Il m’a contacté Seb … Soi-disant que maintenant, il veut me voir et discuter.

— Oh… Et il t’a contacté quand ?

— Il y a trois jours.

— Et ?

— J’ai accepté de le rencontrer, à 17h.

— Ici ? Chez toi ?

— Non… Enfin, j’ai hésité… Je vais le voir dans une taverne, en centre-ville.

— En milieu neutre… Ce n’est pas con.

Axel sourit,

— Je trouve aussi.

— Et ça va ? Tu es prêt à le voir seul ?

— Ben, je vais devoir faire face… Mais, je voudrais te demander si je pouvais passer ce soir, après… Tu vois, histoire de faire le point avec toi, suite à ça. Enfin, si nécessaire hein, ça se passera peut-être très bien.

Sébastien réfléchit quelques secondes, puis lui dit,

— Oui, pas de problème, passe si tu veux.

— Si je viens, je ne resterai pas tard, vous devez être au top pour le lendemain, et moi aussi.

— Ok, faisons comme ça alors, tu passes ce soir et on voit ce qu’il en est à ce moment-là.

Ils discutèrent encore une bonne heure, ensuite Sébastien le laissa se préparer pour sa rencontre avec son père et rejoignit sa famille.

Il expliqua à Valentine la venue probable d’Axel le soir même.

De fait, vers 19 heures, alors que Valentine mettait Alice au lit, Axel se présenta chez eux ; Sébastien lui ouvrit la porte et l’invita à passer dans le salon. Axel leur sembla fatigué, mais souriant.

— Alors ? Cela s’est passé comment ?

Axel soupira en s’asseyant dans le divan puis lui dit,

— C’est réellement un gros con… Je ne veux vraiment pas finir comme lui Seb !

Sébastien lui sourit puis lui dit, en boutade,

— Mais encore… Vous avez su vous parler un peu quand même ?

— Oui, on s’est parlé, enfin, je l’ai laissé parler… Ou plutôt déblatérer ses histoires et ses pseudos excuses. Il m’a sorti qu’il ne se rendait pas compte qu’il me faisait du mal, qu’il en voulait à ma mère… Attends, c’est lui qui l’a trompée, c’est ça qui a fait éclater leur couple et c’est à elle qu’il en veut ! Il est complètement à côté de la plaque Seb.

Il se tut, secoua la tête puis reprit,

— Il ose prétendre qu’il aime encore maman… Quand je lui ai dit que ce n’était pas en se comportant comme il le faisait avec les femmes que ça irait mieux, il m’a sorti que, « de toute façon, elles n’aiment que ça, les mecs qui leur en font baver » … Là, ça m’a éclaté dans la tête, c’est comme ça qu’il m’a élevé, sans respect aucun pour les autres. Pff, je me suis senti lamentable… Je l’ai trouvé lamentable, aussi.

Axel s’affala dans le divan en soufflant, puis se frotta le visage en oscillant négativement de la tête.

— Et tu ne sais pas le pire… Comme il se retrouve tout seul pour les fêtes et qu’il a eu vent, je ne sais comment, que nous ferons la fête en famille, il a osé me supplier de te demander s’il pouvait venir s’incruster !

Sébastien pouffa de rire et s'exclama,

— Sacré tonton ! J’imagine qu’il ne t’a pas réellement demandé « s’il pouvait s’incruster ».

— Non, effectivement, mais il voulait se faire inviter, il en devenait lourd tellement il insistait ! Du coup, je lui ai dit que je supposais qu’il devait sûrement être en bonne compagnie… Et là, il m’annonce que sa dernière conquête vient de le larguer.

Sébastien fit de grands yeux et eut un sourire en coin, Axel poursuivit,

— Il a commencé à pleurnicher, mais tu sais, pas de vrais pleurs, c’était superficiel, je voyais bien qu’il n’éprouvait pas réellement de tristesse par rapport à elle, mais plutôt par rapport à son orgueil… Dans mes souvenirs, c’est lui qui larguait et non l’inverse. Et en plus, il a osé me sortir que « comme ça » il pourrait revoir ma mère et faire renaître la passion de leur première rencontre… J’ai failli éclater de rire !

Sébastien, lui, silencieusement. Il se frotta les yeux puis souffla à son cousin,

— J’imagine la tête de ma chère tante Marcelle face à ton père pour la veillée de Noël !

Comme Valentine entra dans la pièce avec de la tisane et des biscuits, Sébastien l’interpella en lui demandant,

— Dis, Val, tu crois qu’on pourrait encore caser quelqu’un ?

Il se retourna vers Axel et lui demanda,

— Parce que j’imagine qu’il n’a pas d’endroit où crécher non plus ton paternel ?!

Valentine fronça les sourcils, Axel intervint en hochant négativement la tête et en gesticulant,

— Hé mais non Seb, Val, il ne faut pas qu’il vienne ici ! Je lui ai dit que ce ne serait pas possible… Non, mais t’imagine ? Je n’ai pas envie qu’il foute le bordel pour la première fois où on est tous ensemble !

Sébastien éclata de rire puis, en quelques mots, il expliqua la situation à Valentine qui s’offusqua.

— Oh non, pas ce type dans ma maison ! T’imagines la tête de Marcelle… Et de François ! Surtout s’il a en tête de tenter un rapprochement !

Ils se regardèrent tous les trois puis éclatèrent de rire. Une fois les rires calmés, Axel reprit,

— Ne vous inquiétez pas, il a bien compris qu’il ne pourrait pas venir en famille. Dès le moment où il a capté l’information, j’ai bien vu qu’il n’était déjà plus là avec moi ; il se cherchait un plan B, j’aurais pu lui dire que j’avais un cancer, le sida ou tout autre truc du style, il n’écoutait plus rien ; il n’avait en fait qu’un seul intérêt, son petit confort personnel. Ça m’a fait drôle de capter ça, parce que je crois que j’ai dû me comporter comme ça, parfois.

Il leva discrètement les yeux vers Valentine qui, du coup, accentua son sourire en coin tout en haussant les sourcils. Sébastien le vit et prit la main de sa femme dans la sienne tout en répondant à son cousin,

— J’imagine que ça doit te faire drôle, mais au moins, maintenant, tu le captes, c’est une bonne chose pour toi, non ?

— Oui, je sais, mais, c’est maintenant que je me rends compte des dégâts que ça peut faire… Vous savez, je lui expliquais ce que je fais comme boulot quand j’ai capté qu’il n’en avait strictement rien à faire de ce que je lui disais ; tout était prétexte à changer de conversation et à revenir vers lui. Un vrai nombril sur patte. Et là, je me suis revu, gamin, ne sachant pas comment faire pour qu’il fasse attention à moi. J’avais vite compris que je devais faire « comme lui » pour avoir une parcelle d’attention de sa part. Et voilà ce que ça a donné…

Axel souffla bruyamment, tentant de masquer les larmes qu’il avait au bord des yeux.

Sébastien se rapprocha de lui et le prit dans ses bras en lui soufflant au creux de l’oreille,

— Tu vaux mieux que lui Axel, et le fait que tu te rendes compte de tout cela en est bien la preuve.

Axel acquiesça puis dit à ses hôtes,

— Bon, ben, ce n’est pas tout ça, mais je crois que je vais vous laisser, vous devez encore préparer des choses pour demain, je crois et comme je compte me régaler avec ce que vous proposerez, je vais vous laisser terminer les derniers préparatifs.

Il se leva, le couple le raccompagna jusqu’à la porte, Valentine lui dit,

— Si tu as envie de venir un peu plus tôt, n’hésite pas, il y aura de quoi aider Sébastien pour les meubles à bouger ; nous ne ferons pas cela ce soir.

Axel sourit et répondit,

— Oui, d’accord, je viendrais vers 16h si ça vous convient.

Sébastien lui confirma,

— Ok, c’est bon pour moi, ça ira plus vite, je suis preneur.

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