Les choses prennent formes

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Le matin, Valentine se réveilla en entendant Alice qui gazouillait dans son petit lit de l’autre côté de la chambre. Lorsqu’elle voulut se lever, Sébastien l’attrapa par la taille, l’empêchant ainsi de le quitter.
Elle minauda,

— Eh ! Alice est réveillée, je vais la chercher…

— Elle ne pleure pas, reste encore près de moi ma douce.

Il l’enlaça, elle se pelotonna contre lui. Il lui chuchota,

— Merci pour hier… J’ai plus qu’apprécié, tu as su toucher les points qu’il fallait pour me relaxer.

Elle ne put s’empêcher de glousser.

— Oui… Je pense que je commence à bien connaître certains de tes points sensibles mon cher et tendre.

Il l’embrassa puis ils restèrent à se regarder amoureusement jusqu’au moment où Alice les rappela à la réalité ; elle avait faim.

Dans la cuisine, ils croisèrent Grégory, se décrochant la mâchoire à force de bâiller devant le four micro-ondes réchauffant le biberon de Nathan qui attendait sagement dans ses bras en mâchouillant son doudou, une girafe.

— T’as pas assez dormi frérot ?

Elle s’approcha de lui et lui fit la bise.

— Je me mets dans la file pour réchauffer le biberon que Seb prépare… Moi aussi, je serais bien restée au lit.

— C’est clair, moi aussi, mais ce cher ange avait faim et je ne voulais pas qu’il réveille sa mère.

Sébastien apporta le biberon à Valentine puis leur proposa,

— Le pain est un peu sec, ça vous dit du pain perdu pour déjeuner ?

Valentine et Grégory se tournèrent simultanément vers lui et hochèrent positivement la tête, tous les deux.

Sébastien éclata de rire,

— Vos têtes ! Impayable ! Ok, je prépare ça de suite, il y a assez d’œufs pour en faire pour toute la maison… Enfin, si mes demi-frères arrivent en dernier ! Ce sont des ogres.

Grégory donna un coup de coude à sa sœur, et lui souffla,

— On est les premiers, on a priorité !

Ils déjeunèrent à trois, sur la terrasse. Il faisait frais, mais c’était agréable.

Soudain, Gabriel passa la tête hors de la tente et lança à Sébastien,

— Seb, c’est toi qui cuisines ? Y en a encore ?

— Si tu viens maintenant, oui, il y en a encore.

— J’arrive !

Il disparut à nouveau dans la tente puis ressortit, accompagné de son grand frère, Simon, qui se gratta les cheveux en bâillant.

Valentine l’observa et fut un peu saisie, elle souffla à Sébastien,

— Oh, dis, il te ressemble là quand il bâille ! C’est impressionnant !

— Ah ben oui, on a une moitié de génétique en commun aussi… Mais dis-moi, je suis aussi peu gracieux quand je bâille ?

Ils éclatèrent de rire puis Sébastien se leva pour repasser en cuisine et préparer le petit déjeuner de ses demi-frères.

Au compte-gouttes, les autres se levèrent et déjeunèrent en dégustant ce que Sébastien leur concocta. Marianne arriva la dernière, au grand étonnement de son fils qui lui glissa,

— Tu as de la chance, il reste encore deux tartines que je peux transformer en pain perdu, je te les cuits ?

— Volontiers, bien brun s’il te plaît.

— Oui, comme d’hab m’man !

Elle sourit, Sébastien la regarda puis lui demanda, tout en cuisinant,

— Ça fait bizarre que tu sois la dernière levée… Tu as mal dormi ?

— Hmm ah, non, ne t’inquiète pas, c’est parce que j’ai passé une partie de la soirée, même de la nuit, avec Jeannine au téléphone.

Sébastien la regarda et l’incita à lui en dire plus en écarquillant les yeux.

— Ahlala, Hubert fait encore des siennes… Il aurait décidé que son rôle de père se terminait aux 18 ans de ses enfants ; il a annoncé à Jeannine qu’il ne participerait pas aux frais d’études de Simon. Il recommence ce qu’il a fait avec toi, cet homme est d’un prévisible…

— Et ? Elle va faire quoi avec Simon ? Il compte commencer des études supérieures en septembre, il veut faire du droit et devenir notaire, il en a discuté hier avec Françoise.

— Jeannine va devoir faire des démarches pour voir si elle peut obtenir une allocation ou autres… Certains services d’aide sociale pourraient se retourner contre Hubert, mais Jeannine m’a appris qu’il se pourrait bien qu’il s’expatrie avec Jacqueline afin de ne plus être accessible… Désolée de te le dire comme ça Sébastien, mais ton père est un vrai connard !

Sébastien sourit et posa une main sur l’épaule de sa mère en lui disant,

— Ça, ne t’inquiète pas, je l’avais compris depuis un bon bout de temps.

Ils en rigolèrent, puis Sébastien, plus sérieux, lui dit,

— Il va falloir qu’il se trouve un job étudiant, en espérant que cela lui permette d’assumer ses études… Elle en a trois à charge, Jeannine et je ne pense pas que ses revenus soient mirobolants.

— Non, mais elle a pu mettre un peu de côté en continuant à travailler, c’est déjà ça.

— Pff, ils peuvent vraiment remercier leur père pour ça, ils seront obligés de se confronter tôt au marché du travail. En espérant que cela ne les empêche pas d’envisager de faire des études.

— T’inquiète pour ça Seb, je n’ai pas l’intention de ne pas faire des études à cause de lui ; c’est justement pour le confronter à ses actes que je veux faire notaire ; pour la succession notamment.

Ni Marianne ni Sébastien n’avaient fait attention au fait que Simon qui se trouvait à proximité et les avait entendus discuter.

Ebahi, Sébastien, lui lança,

— Carrément, la succession toi !

Il rigola puis répondit,

— Oui, enfin, tu vois ce que je veux dire… C’est pour connaitre toutes les ficelles et pouvoir conseiller les gens dans ce genre de cas, tu vois.

— Oui, je vois que ta motivation est très personnelle, j’espère que cela te mènera là où tu veux du coup.

— Je l’espère aussi et tu sais, j’ai déjà dégoté un travail d’étudiant pour tous les samedis dans un magasin de bricolage à proximité de la maison. Cela mettra du beurre dans les épinards comme dirait maman. Cela me servira pour mes dépenses personnelles, maman a assez pour le minerval[1] et les frais d’inscription. Quand on sera tous en Haute École ou à l’université, on aura droit à des réductions… On en a déjà parlé maman et moi.

Marianne lui sourit et lui dit,

— Je suis heureuse que vous ayez pu en parler ta mère et toi, il vaut mieux que les choses soient claires.

— Oui, je trouve aussi et je pense la même chose que toi de mon père.

Puis, Simon changea de sujet et fit mine de pleurnicher devant son frère en disant,

— Et quoi, il n’y a plus de pain perdu ? Snif !

— Eh ! T’en a mangé quatre tartines, Simon !

— Oui, mais je suis en pleine croissance moi, Seb !

Sébastien rigola puis lui dit, en secouant la tête,

— Elle a bon dos la croissance… Moi je propose que nous allions faire quelques courses d’ici maximum une heure, nous n’avons plus de pain.

La fin des vacances se déroula dans la bonne humeur, Jeannine fut bien accueillie lorsqu’elle vint récupérer ses enfants et croisa Marcelle et sa petite famille qui prirent les places laissées vacantes. La villa ne désemplit pas et l’ambiance ne fut plus perturbée par des annonces inattendues, si ce n’est par celle du mariage prochain de Vanessa et Fabrice, nouvelle qui fut fêtée autour d’un énième barbecue.

***

De retour de vacances, chacun retrouva son rythme.

— Oh, ces vacances me manquent… C’était trop bien de manger matin, midi et soir sur la terrasse.

— C’est vrai que ma petite terrasse paie moins de mine… Plus petite, à l’ombre… Vraiment pas la même ambiance.

Sébastien regarda Valentine et lui dit,

— Il faudra qu’on pense tout doucement à acheter quelque chose de plus grand, Alice grandit, il lui faudra sa chambre… Et si on en veut d’autres, il faudrait être prévoyant, tu ne penses pas ?

— Quoi, tu veux me refaire un bébé là de suite ?

Elle rigola, il lui répondit,

— Peut-être pas de suite, mais Alice devient grande…

— Oui, nous devrions commencer à chercher, mais d’abord, il faudrait savoir combien nous pouvons mettre, chacun, pour savoir ce que nous pouvons viser comme type de maison.

— De fait, il faudrait qu’on voie cela avec la banque.

— Oui, et ensuite nous allons enchainer visites sur visites… Mmh, j’aime bien faire ça, visiter des maisons.

Elle posa sa tête dans le cou de Sébastien et y déposa de petits baisers.

— Ça tombe bien alors…

Il se tourna vers elle et l'embrassa voluptueusement.

— Mmh... Il me semble que cette perspective t'inspire particulièrement, mon cher époux...

— De fait, trouver un nid d'amour, ça m'inspire... Je rêve d'une super grande chambre où nous pourrons faire plein de choses, diverses et variées...

Elle répondit à ses baisers. Une fois leurs sens un peu calmés, Valentine lui demanda

— Dis, je retombe sur le plancher des vaches, là...T’es libre quand pour un rendez-vous à la banque ? Je peux m’occuper de prendre rendez-vous si tu veux.

— D’accord, je te donne mes disponibilités et je te laisse t’en charger ma belle.

— Je vais aussi demander conseil à Françoise, l’étude de notaire où elle travaille s’occupe de ventes immobilières, elle aura peut-être des tuyaux.

— Oh, oui, c’est vrai, ça pourrait nous aider et limite je préfère ça qu’une agence immobilière qui gonflera les prix et prendra sa commission au passage.

— D’accord, je vois ça avec elle dès demain.

Elle lui caressa amoureusement le visage puis lui proposa de passer à table.

[1] En Belgique, rétribution annuelle due par les étudiants de l'enseignement supérieur (Hautes Écoles ou université), en plus des frais d’inscription.

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