Chapitre 8 – Jugement

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Le lendemain matin, Akira ajusta sa plus belle chemise (un cadeau de Momo avant l'incident), et s'observa sous toutes les coutures afin de voir si il y avait quelque chose à modifier dans son apparence. Satisfait de voir qu'il n'y avait rien de très flagrant, il ouvrit la porte de sa chambre temporaire.

Il tomba nez à nez avec Momo, qui s'apprêtait à toquer. Ils se confondirent en excuses bafouillantes, avant de dire en même temps :

- Tu vas b...

Ils se turent, à la fois gênés et amusés ; malgré la journée qui s'annoncerait presque insurmontable, une sorte de complicité était née entre elle et lui. Soudain, Momo prit la parole :

- Ne t'inquiète pas pour moi, je vais bien. Quand on aura fini de... de s'occuper de tout ça, je serais motivée pour quelques séances d'entraînement supplémentaires !

- Du bachotage ? le taquina Akira. Madame, je ne vous croyais pas ainsi !

Le visage de Momo se détendit en riant. Un peu, mais suffisamment pour que le jeune homme sente qu'elle fusse prête à affronter celui qui avait presque réussi à réduire à néant son rêve.

- Allons-y, sourit-il.

Sur le trajet, elle lui attrapa la main. Elle serrait fort, mais Akira ne dit rien. Le silence était bien plus éloquent dans ces moments-là.

* * *

- Silence, s'il vous plaît !

Le juge Bunmei Tobayama frappa de son marteau pour faire taire les bavardages. En face de lui se trouvait Tadashi, l'air complètement perdu. Au premier rang, La mère de Momo et Akira étaient assis, l'air grave. D'un côté, l'avocat Shu Takumi était l'avocat de Momo, qui n'osait pas jeter un regard à son père, tandis que Tatsuro Iwamoto défendait les intérêts de Tadashi.

- Maintenant que toutes les personnes concernées sont présentes, je déclare la séance ouverte. Monsieur Yaoyorozu, vous êtes appelé à la barre.

Le dit s'avança donc.

- Vous êtes cité à comparaître devant ce tribunal, commença le juge, pour avoir commis maltraitance de votre enfant, tentative de meurtre et de vente d'organes illégaux sur un mineur selon la législation japonaise, et pour commerce de gadgets dangereux au service de vilains. Monsieur Iwamoto, vous réprésentez M. Yaoyorozu dans ce tribunal. Je vous laisse la parole afin de le défendre.

- Merci, votre honneur.

L'homme ajusta ses manches avant de déclarer :

- Mon client ci-présent est bien sûr responsable des dégâts collatéraux qui sont arrivés à sa fille, mais ceux-ci étaient dans l'unique but d'empêcher la récidive du cancer que subissait sa propre fille.

- Objection, votre honneur ! cria Takumi en se levant tandis que Momo tentait discrètement de le dissuader ; elle comprenait son désaccord, mais agir promptement, mais au nom de la justice, pouvait compromettre qu'elle soit effectivement rendue.

- Refusée, fit simplement le juge, impartial. Je dois tout d'abord comprendre de quelle "récidive" M. Iwamoto veut parler - il fit un geste à l'intéressé - Continuez.

- Merci, votre honneur. Hum hum... Mon client voulait éviter qu'une maladie héréditaire et congénitale touchant les Yaoyorozu depuis l'apparition des Alters ne survienne.

- Hmm... (Le juge feuilleta quelques dossiers) Les rapports indiquent bien que c'est le cas, mais pourquoi ne pas avoir fait appel à des médecins compétents ? Les aides sociales ne manquent guère, et ce n'est pas comme si M. Yaoyorozu manquait de moyens pour s'occuper de sa fille.

- Il est évident que cette action peut sembler illogique au premier abord, expliqua calmement l'avocat avec un sourire suffisant. Toutefois, mon client était conscient des risques que pouvait entraîner une opération standard, qui devait se faire très tôt.

- Que voulez-vous dire ? observa le juge.

- Je parle d'un savoir qui se transmet de génération en génération, continua Iwamoto. Mme Yaoyorozu peut également vous le confirmer : ce savoir est un des trésors de la famille, car il n'a de valeur qu'à leurs yeux !

La salle commença à parler bruyamment, jusqu'au moment où le juge les fit taire.

- Silence ! Hum... Les rapports ainsi que les dossiers prélevés par la police confirment vos dires, même si ce genre de pratique archaïque peut être passable pour un crime... Nous reviendrons plus tard sur ce point, mais qu'en est-il de M. Arata et des ventes secrètes de M. Yaoyorozu ? Bien que la mort de M. Saito est bien sûre prise en compte en tant qu'homicide involotaire, mais cela fait tout de même trois ans que l'accusé s'est impliqué dans ce genre d'affaires, mais il ne semble n'y avoir aucune raison pratique pour qu'il arrive à de telles extrémités.

- L'explication est simple, votre honneur, sourit l'avocat de Tadashi. Mon client était sous pression, car un vilain menaçait de faire du mal à sa famille.

Presque toute la salle lâchèrent des "ah" de stupeur, et Akira grinça des dents ; bien sûr que cet homme allait invoquer la question d'un vilain, c'était facile d'influencer les décisions en disant bêtement que la personne avait "été forcée".

- Objection, votre honneur ! cria Takumi, mais plus contrôlé cette fois.

- Accordé.

Le demandeur prit un dossier et se leva face à la cour, pour tapoter le papier de ses mains afin d'appuyer ses dires.

- Les rapports de police affirment certes que M. Yaoyorozu a eu affaire à des vilains, mais aucun ne stipule que ces derniers faisaient pression sur lui.

- Appel !

- Accordé, fit le juge envers l'autre avocat.

- Monsieur Tobayama, je suis conscient que les rapports de police sont des plus stricts et des plus sérieux, mais il est toujours possible que des informations passent entre les mailles de leurs filets. Ce rapport a-t-il été vérifié ?

- Par le chef de la police lui-même ! (Tobayama se tourna subrepticement vers Akira, qui lui fit un clin d'œil complice ; l'avocat reprit :) Votre honneur, je pense que M. Iwamoto se fourvoit sur mes intentions réelles de M. Yaoyorozu.

-...Avez vous donc une explication alternative à nous proposer ?

- Si vous me le permettez, votre honneur.

Le juge opina du chef, et Tobayama alluma le projecteur holographique. Ce dernier afficha une photo d'un groupe de scientifiques jeunes, tous en train de sourire, derrières un scientifique plus vieux et plus petit, avec un moustache foisonnante et des lunettes en forme de rouages. Très rapidement, Akira reconnut le visage de Tadashi qui avait l'air d'être tellement heureux que c'en était presque irréel.

- J'ai pris la liberté de fouiller du mieux que je pouvais dans le passé de votre client. Pouvez-vous me dire ce que vous voyez ?

-...Quoi donc ? (Iwamoto semblait contenir son amusement) Ceci n'est qu'une simple équipe de scientifiques dont mon client faisait partie, je ne vois pas en quoi cela peut être déterminant dans la recherche de votre "alternative", conclut-il avec une pointe d'ironie qui n'était pas au goût d'Akira.

- Où voulez en venir, M. Tobayama ? demanda le juge, visiblement curieux.

Lui, j'ai envie de le frapper, se dit-il en serrant ses poings.

- En effet, cette photo a l'air anodine, presque sentimentale en fait. Mais si on creuse un peu (et l'avocat fit passer une autre image, un document de renvoi), on se rend compte que l'illustre docteur Daruma Ujiko, qui dirigeait le centre de recherches médical à cette époque, a renvoyé M. Yaoyorozu du centre, avec pour prétexte qu'il n'était pas "à la hauteur des attentes de l'équipe".

Tobayama éteignit le projecteur, avant de se tourner vers l'audience.

- Il était donc logique que M. Yaoyorozu, un homme très fier de nature, tente de racheter sa réputation auprès de don équipe...

Il fit vivement face à Tadashi :

-...en pratiquant des expériences altériques illégales sur sa fille !

- Objection, votre honneur ! intervint Iwamoto, tandis que la cour commençait à faire augmenter le volume sonore.

- Silence ! Et refusé. Continuez, monsieur Tobayama.

- Je vous remercie, votre honneur.

Akira sentait l'avocat tendu, et s'en inquiéta ; et si il ne parvenait pas à convaincre le juge et l'assemblée ? La défense avec Iwamoto était solide, posant des bases logiques difficiles à réfuter, tandis que les arguments de Tobayama n'avaient pour preuve que des suppositions extrapolées sur des sentiments vécus par le criminel.

- M. Yaoyorozu, avez-vous pris contact avec le docteur Ujiko ces trois dernières années ?

-... (Tadashi fixait le sol, donc on ne pouvait voir son visage)

- Répondez, monsieur Yaoyorozu, fit le juge avec insistance.

- Mon client ne se souvient pas d'une telle chose, intervint Iwamata, mais la pierre dévalait déjà la pente :

- Votre honneur, M. Yaoyorozu a juré de dire la vérité, et seulement la vérité ?

- C'est bien cela, confirma le juge.

- Il est donc normal que ce soit l'accusé qui réponde. Objection, votre honneur ?

- Accordé.

Tous se tournèrent vers Tadashi. Ce dernier, immobile comme une statue, ne dit nul mot, jusqu'à que Momo se lève subitement. Le juge, impartial mais juste, se tourna vers la jeune fille.

- Mlle Yaoyorozu, avez-vous quelque chose à dire ?

- À mon père, oui. Me l'autorisez-vous ?

-...La loi ne me l'interdit pas, mais faites vite.

Momo inspira, puis commença à parler :

- Papa, je sais que tu as fais ces choses..
Pour que moi et maman soient en sécurité. Mais si tu décides de dire tout ce qui pèse sur ton cœur...

Tadashi releva sa tête, les yeux en larmes, vers Momo. Cette dernière se dressait avec une telle ardeur qu'on aurait dit qu'elle incarnait un titan.

-...Alors j'envisagerais peut-être à te pardonner.

Une telle déclaration était aussi simple que naïve, et Akira n'était pas tellement d'accord avec le fait que Momo puisse pardonner à son père, mais il savait que c'était les émotions de Yannis qui tentaient de prendre le dessus. C'était sa famille à elle, et elle était libre d'agir comme elle l'entendait à son encontre.

Tadashi regarda sa fille pendant un instant, avant de soupirer.

- Je l'avoue, j'étais jaloux de mes collègues qui ont pu rester auprès du docteur...

- Tadashi, tu...

- Ça va, Iwamoto... (il jeta un regard triste à sa fille) Dès que je suis entré dans ce tribunal, j'ai su que je ne m'en sortirais pas. Si avouer me donne une chance...

Il s'éclaircit la gorge, et déballa son sac.

 * * *

Tandis que la mère de Momo remerciait son avocat, Akira observait la jeune fille ; elle avait sangloté, ses yeux rougis par les larmes, mais il savait que l'épine avait été retirée. Désormais son regard était droit et brillant, et ses épaules semblaient libérées d'un poids démentiel.

- Viens, dit-elle en se tournant vers lui. Allons devenir des héros.

Akira sourit.

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