VI

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Le tunnel qui s'était montré jusqu'à maintenant suffisamment large pour marcher à trois de front, se divisa subitement en deux plus étroits passages. Toujours pas la moindre lueur du jour annonçant un débouché vers l'extérieur, constata Zach dont le ventre commençait à gargouiller de faim. L'homme avait stoppé sa marche en avant et balayait maintenant son brasero alternativement d'un côté puis de l'autre avec hésitation.

― Maintenant, il s'agit de ne pas se tromper. L'un de ces passages est censé être sans issue et surtout ... piégé, annonça-t-il en esquissant un rictus gêné. « Efficace contre les indésirables, n'est-ce pas ? », improvisa-t-il.

L'hargneux esclavagiste ne tarderait pas à perdre le peu de patience qu'il était enclin à offrir :

― Et vous ne savez pas lequel, bien sur ! Je croyais que vous étiez déjà passé par là. Très bien, alors passez devant !

Tout au long de leur progression dans la galerie, il avait maugréé nombre d'imprécations. La plus étrange raison aux yeux de Zach avait été qu'il n'était pas censé d'entreprendre une invasion à l'heure du déjeuné. Son oncle perdait la raison, si tant est qu'il s'était déjà montré raisonnable par le passé. Le jeune homme estima qu'il avait prit une crampe à la main quand il décida de relâcher l'étreinte qu'il exerçait sur le bras de la jeune esclave, troquant ce moyen de contrôle par le brandissement d'un long couteau.

Le garde du corps se décida finalement à emprunter le passage de gauche puis prit quelques longueurs d'avance bien qu'il progressait en étudiant attentivement les parois du souterrain à la recherche de quelque mécanisme dissimulé. A cet endroit, un adulte assez grand pouvait toucher le sommet de ce qu'on avait cherché à faire ressembler à une voûte.

Soudain et sans prévenir, une boule de feu à la provenance mystérieuse prit forme tout près du garde du corps. Elle se dilata instantanément, incinérant l'homme sur place. Son cadavre incandescent s'écroula au sol provoquant la stupéfaction de ses compagnons.

― Cet imbécile s'est gouré de passage, finit par lâcher l'esclavagiste avec une mine dégoûtée.

Il s'approcha prudemment du corps, tata à son tour les parois afin de trouver, en vain, le mécanisme du piège. Il bredouilla quelque chose comme « maudite sorcellerie ! » puis entreprit de fouiller la carcasse encore fumante de celui qui fut leur guide. Il lança négligemment au sol un long poignard qui fut bientôt rejoint par une courte arbalète accompagnée de ses carreaux, que l'homme semblait masquer derrière son ample cap. Aussi étrange que cela puisse paraître, le matériau de ces armes était resté froid. Pour finir, il se releva, plaça le brasero ayant perdu son propriétaire entre les mains de son neveu avant de lui lancer :

― Prends ça ! Il n'en aura plus besoin, contrairement à nous.

L'esclavagiste prit trop tard conscience de l'état de panique dans lequel se trouvait sa jeune prisonnière suite à cet atroce évènement. Passée la phase de figement, elle entra dans celle de la fuite désespérée qui la fit rebrousser chemin en un éclair. Il jura, furieux, avant de la prendre en chasse. Lui-même affolé, Zach essaya de préserver un peu de lucidité, lui permettant ainsi de remarquer que son oncle avait laissé les armes sur place dans sa précipitation.

Lorsqu'il se retrouva, essoufflé, au milieu de l'intersection, son regard se porta dans les deux directions. Des gémissements accompagnés de supplications l'aidèrent dans son choix. Il s'engouffra alors dans le passage qui devait représenter la sortie tant espérée. Au détour d'une courbe que formait l'étroit tunnel, il ravala un cri. Son oncle plaquait la jeune femme qui se débattait contre une parois, une main baladeuse soulevant sa tunique avec insistance.

― Allez, laisses-toi faire, j'en ai pour une min...

Il n'eut pas le temps de finir sa phrase qu'un carreau d'arbalète vint se ficher en travers de sa gorge. Sa main se retira instantanément des sous-vêtements de la jeune femme pour se porter à l'endroit de l'impact qui se mit à saigner abondamment. Il ne fut pas en capacité de jurer ou même de geindre avant de s'écrouler sur place. Zach s'avisa qu'il n'avait pas prit le temps de réfléchir cette fois. Il chercha l'arbalète dans ses mains mais la trouva par terre. Les deux jeunes gens se regardèrent longuement dans les yeux.

― Est ... est-ce que ça va ? marmonna finalement Zach qui s'était montré mutique jusque là.

― Oui, répondit simplement la fille qui hésita avant d'arborer un sourire de soulagement.

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