Jeudi 10 janvier 2019

2 minutes de lecture

Les yeux rivés sur la nuque de Gaston, j'essaie de comprendre comment j'ai pu en arriver là.

Pourtant, ça n'a pas toujours été ainsi entre nous. C'était même totalement le contraire. Certes, il a toujours été brut de décoffrage mais il savait aussi être attentionné. On partageait quelque chose de profond ainsi qu'une grande complicité. On se comprenait presque sans mot dire et nos fou-rire était épique. Il s'intéressait sincèrement à moi, à mes passions, ma famille, tout ce qui comptait à mes yeux. Je me suis sentie vue et écoutée pour la première fois. Ou bien est-ce que j’ai rêvé tout ça ? Est-ce qu'il était réellement cet homme-là ou juste une illusion ?

Le pire, c'est que même si je ne m'en suis pas rendue compte à l'époque, je me rappelle très exactement du moment où tout à changer. Pas vraiment du jour ou de l'heure mais je sais avec certitude que c'était six mois après le décès de ma mère. Il y avait bien eu quelques signes avant-coureurs mais rien de cette ampleur. Et je me souviens de chacun de ces mots, ses premières paroles véritablement blessantes crachées presque gratuitement avec agressivité et exaspération : "Ouais, bon, ça va maintenant, ta mère est morte, c'est fait c'est fait, Faut passer à autre chose."

Dire que j'ai été choquée serait un doux euphémisme. Mais j'étais tellement anéantie, anesthésiée par le deuil que je n'ai pas réagi. Et si je veux être honnête avec moi-même, je n'ai pas VOULU réagir. Le perdre lui alors que je pleurais encore Maman, c'était trop pour moi.

Alors je me suis plongée dans les démarches, la succession et la maison à vider pour noyer le problème. Et ça a très bien fonctionné. Le temps que tout soit fini, que je reprenne le travail, j'avais complètement enfui le souvenir. Rangé sur les étagères d'une période douloureuse sur laquelle je ne voulais pas revenir. J'ai préféré fermer les yeux et me suis laisser glisser dans une amnésie rassurante.

Je sais maintenant qu'il était là le début de la fin. Le jour où par peur ou par facilité, j'ai choisi de baisser la tête et de ne pas répondre. Le jour où j'ai laissé la porte ouverte sur l'inacceptable. Est-ce qu'il s'en est rendu compte ? Consciemment je veux dire…

Ça m'épuise de penser en boucle à des questions dont je n'aurais finalement jamais les réponses.

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