2.3 Colocation et premières libertés

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Nous avons trouvé un équilibre avec Chen. Il est libre de ses déplacements sur un périmètre de cinq kilomètres autour de la maison. Il sait compter et a eu peur quand il a réalisé que je l'avais piégé avec l'achat de la bouteille d'eau et mon soda la première fois qu'on est allé au parc. Depuis, Chen est heureux de faire des achats tout seul. Je lui donne régulièrement de l'argent.

Comme je suis très occupée avec mes nouvelles fonctions, Chen me facilite le quotidien en faisant les courses de la semaine et des petits achats plaisirs. Mon compagnon entretient la maison et reçoit les personnes venant effectuer les travaux. Chen fait ce qu'il veut en journée, il est auprès de moi le soir et le week-end quant je ne suis pas coincée par une réunion tardive ou un gala pompeux.

Aimant tous les deux l'extérieur et le sport, nous nous promenons beaucoup dès que je suis disponible. Je lui ai acheté un vélo. Je lui apprends les bases de la cuisine, à lire et à écrire, également à combattre. Il tolère mes demandes de proximité sans trop de protestation. Je peux lui tenir la main ou le bras dans la rue, me blottir contre lui pour regarder la télévision. Chen me laisse le frôler, parfois le caresser quand je le soigne. J'ai droit à une bise le soir avant de dormir. Peu à peu, je l'apprivoise.

Il refuse toujours de parler. Nous arrivons à nous comprendre quand même. Je le consulte sur mes réformes. Il m'indique s'il approuve ou non avec des grimaces ou son pouce. Je l'implique du mieux que je peux dans mon quotidien afin qu'il se ne sente pas mis de coté. La politique et la gestion d'un Etat n'étant pas parmi ses activités favorites, Chen est bien content que je ne l'oblige pas à assister aux diners et autres soirées mondaines qui me cassent les pieds.

Il a du caractère lui aussi. Il fait du sport. Beaucoup de sport. Ses bleus s'estompent. Comme il mange à sa faim, Chen a repris du poids malgré son programme intensif de jogging et de vélo. Il est beau à sa manière, à mes yeux. Son corps affole mes sens. J'ai du mal à me contrôler. Il ne semble pas s'en apercevoir fort heureusement. J'ai promis de lui apprendre à nager bientôt, à conduire aussi et d'agrandir le périmètre à dix kilomètres.

Je me rappelle la première fois où je l'ai fait grimper sur ma moto flottante. Chen n'était pas rassuré de la voir léviter dans les airs sans contact avec le sol. J'ai roulé doucement au début et dès qu'il s'est tranquillisé, j'ai accéléré. Très vite, il a été grisé par la vitesse et maintenant, c'est lui qui m'incite à aller toujours plus vite. Si on continue comme ça, on va passer le mur du son un de ces jours. Heureusement que je suis l'Alpha et que je ne paye pas les contraventions pour excès de vitesse.

Je consulte Chen sur les travaux à faire dans la maison. Je veux qu'il se sente aussi chez lui ici. Il a son droit de vote, au même niveau que le mien et son droit de veto également. Pour l'instant, il n'a pas eu besoin de s'opposer aux travaux, mon dégoût pour le rose bonbon et les fanfreluches étant en accord avec ses principes. Chen a d'ailleurs acheté quelques décorations et meublé sa chambre pour trouver sa place dans la maison. Un jour, il m'a même acheté un joli chemisier. J'étais ravie. Je lui ai cuisiné son plat préféré pour le remercier.

J'ai embauché deux jeunes femmes comme architectes. Pour ma maison et pour d'autres logements. Elles ont monté un cabinet ensemble. Les deux femmes et leurs compagnons effectuent les travaux. Leurs deux hommes ne présentent pas de marques de brûlures ou de coups. Ils ont l'air d'être bien nourris. Les architectes ont été parmi les premières après mon discours à descendre à cinq entraves et des bracelets doux.

Parfois, quand je discute avec les deux jeunes Deltas, je vois Chen parler avec les deux hommes. Il sait causer. C'est juste qu'il refuse de le faire avec les femmes. Quand il voit que je l'observe, il se tait. Je lui ai dit que cela ne me gênait pas qu'il parle aux hommes. Il a encore du mal. Zêta Cassandra le frappait s'il parlait à quelqu'un d'autre qu'à elle. Les libertés que je lui donne l'effraient. Il a encore peur que je ne change d'avis et ne me mette à le frapper.

Les deux compagnons de mes architectes m'adressent la parole. Au début timidement, comme les deux jeunes femmes. Mon statut d'Alpha et de future Suprême met mal à l'aise. En plus, j'ai plutôt sale caractère et dis clairement quand quelque chose me déplaît. Ma franchise surprend, étonne ou effraie au début. Après certains s'habituent. D'autres non.

Au fur et à mesure, la discussion devient plus amicale avec les deux architectes et leurs compagnons. Elles m'avouent avoir mis plus d'un an avant de ne plus avoir peur de leur compagnon. L'une d'elles m'a avoué avoir électrocuté le sien une fois. La jeune femme ne l'a pas entendu arriver dans son dos un matin et de surprise et de peur, elle a appuyé sur le bouton d'immobilisation. Elle s'en veut encore beaucoup malgré que cela fasse plusieurs années et ne soit arrivé qu'une fois. Son compagnon lui a pardonné depuis longtemps.

Il a des gestes de tendresse envers elle. Les deux hommes ont des gestes envers leurs compagnes. Elles aussi se montrent affectueuses envers leurs compagnons. Des gestes discrets mais visibles. Je m'en réjouis. Ma bienveillance fait qu'ils ne se cachent pas en ma présence. J'en profite pour taquiner Chen et me lamenter sur mon manque de câlins pour rire. C'est un petit jeu pour lui casser les pieds. Je n'ai aucun succès ou signe de compassion de sa part. Plutôt de l'amusement. Un petit jeu pour me faire râler. Lui aussi m'apprivoise.

Ce week-end, j'ai décidé de cuisiner pour le mois. J'ai fait de très grosses courses et m'enferme dans la cuisine. J'épluche, coupe, émince à tout-va. Tous mes feux de cuissons sont pris. Mon plan de travail en marbre gris est plein. Mes placards aux belles portes en bois sont ouverts. Des gouttelettes se forment sur les carreaux muraux jaunes et la crédence métallisée en raison du fort dégagement de vapeur. Ma belle cuisine lumineuse mêlant ancien, naturel et moderne industriel est un bazar sans nom. La vaisselle s'accumule.

J'ai envahi la table du salon avec mes barquettes de plats à refroidir. Chen observe ma dextérité avec un couteau. S'il savait que je sais les lancer sur une cible avec autant de de talent que j'émince mes légumes, je crois qu'il me regardait d'un autre œil. Chen s'amuse à me regarder faire mes allers-retours de petite abeille qui s'agite. Il se pose dans un coin et contemple. Il ne tente pas de m'aider et n'ose pas ouvrir la fenêtre pour évacuer la vapeur. Il sait que je vais râler s'il est dans mes pattes.

De temps en temps, je lui fais goûter mes mixtures. Faisant les questions réponses sans même le consulter pour rectifier l'assaisonnement, je prépare des grosses barquettes pour lui, des normales pour moi. Chen se fait traiter d'estomac sur pattes, de palais ignorant et mal éduqué sans broncher. Il a l'habitude de m'entendre ronchonner quand je cuisine, et pas que quand je cuisine. Je râle très souvent. Lui aussi, mais vu qu'il n'ouvre pas la bouche, son sale caractère ressort moins que moi.

Daubes, pot-au-feu, couscous, soupes, lasagnes, tartes, ratatouille, sauces. Je suis parée pour affronter un siège. La poubelle déborde. Chen tente de la vider et de commencer la vaisselle pour m'aider quant même un peu. Après tout, je viens de lui cuisiner de quoi remplir le congélateur à ras bord. Il se fait gronder parce qu'il n'a pas mis un nouveau sac assez vite. Puis parce qu'il a pris une casserole que je voulais réutiliser.

Je suis chiante au possible, une vraie emmerdeuse. Cet idiot se marre devant ma mauvaise foi. Je suis encore plus ronchon. En plus, je pleure à cause des oignons. Alors que j'insulte mes oignons, je vois Chen qui se rapproche et qui doucement essuie mes larmes en se mordant les lèvres pour ne pas rire. J'ai parfaitement conscience du comique que je dégage, toutefois, je n'ai pas l'intention de cesser de ronchonner. Ça me défoule.

Je l'accuse de me faire pleurer par manque de câlins. J'ose déclarer cacher mon désespoir dans le découpage d'oignons afin de masquer mes larmes de tristesse. Chen va dans le frigo et revient vers moi avec un grand sourire. J'ouvre la bouche pour protester et geindre. Je suis un peu inquiète par son air satisfait qui me fait craindre une rébellion.

Il place un carré de chocolat noir sur ma langue et me referme la bouche d'une main. Je ne peux plus parler. Ma bouche est pleine de chocolat trop bon pour être recraché. C'est sacré le chocolat et il le sait. C'est une honte d'utiliser un argument aussi délicieux contre moi.

Chen me tient d'une main contre lui prisonnière. De l'autre, il remet un sac dans la poubelle, transporte les casseroles et poêles vers l'évier. Mon patient compagnon rassemble les saladiers et plats dans le lave-vaisselle. Puis, il ouvre la fenêtre pour faire diminuer le taux d'humidité et la chaleur tropicale qui règne dans la pièce. Dès que je suis à cours, il me remet du chocolat en bouche pour me faire taire.

Je me calme. Je me blottis contre lui et tente de l'embêter dans sa vaisselle. Je lui fouette les fesses avec le torchon pour essuyer. Il sourit devant mes gamineries. Chen finit par me placer devant lui, mon dos contre son torse. Si je veux être dans ses bras, je dois rester tranquille. Je sais qu'il n'aime pas quand je suis trop proche.

Alors, je m'éloigne pour ranger les barquettes et faire un brin de ménage. J'essuie et range la vaisselle en restant à bonne distance. J'ai tellement envie d'être contre lui que le voir grimacer quand je m'approche me peine. Nous finissons de remettre la cuisine au propre. Mon compagnon s'installe dans le canapé pour regarder un film. Je pars au lit.

Je suis triste et je grimace un peu. Je sais bien qu'il fait des efforts et que les contacts physiques lui sont difficiles. Ça m'attriste. Je m'allonge. Chen rentre dans la chambre et me voit allongée avec mes fringues, serrant mon oreiller en boudant. Il hésite quelques secondes, puis attrape la couette. Chen m'enroule dedans comme un sushi. Puis, s'allonge près de moi et me serre dans ses bras en me caressant les cheveux. Il sourit devant ma moue triste. J'ai droit à un bisou sur le front.

Chen me soulève et me porte à la télévision, me gardant contre lui tout le temps du film. Il me fait des petits bisous de temps en temps. Pour la première fois, il est vraiment câlin et tactile. Le film fini, je suis à moitié endormie. Chen me ramène dans ma chambre et me fait ma bise du soir, ainsi qu'une caresse douce sur la joue. Le lendemain matin, il a mis une belle table pour le petit-déjeuner. J'ai droit de le prendre sur ses genoux. Je reste calme. Je n'ai plus envie de râler.

Mercredi, j'ai enfin mon bracelet de gestion masculin, celui qui gère les autres entraves. L'objet est très proche du bracelet de gestion féminin et comprend une montre et une boussole GPS intégrée, au cas où on se perd, et la possibilité d'enregistrer plusieurs lieux comme le domicile. Une alerte vibrante prévient le compagnon s'il est à moins de cinq cent mètres de la limite autorisée. Un téléphone et un central de paiement complètent les fonctions de ce gestionnaire qui répertorie également les lieux autorisés.

J'ai eu l'idée pour que mes architectes et leurs compagnons puissent venir chez moi ou chez leurs clientes en journée sans que la propriétaire ou son compagnon ne soient présents. Je voulais que le compagnon puisse aller et venir dans la maison sans devoir demander un accord à sa compagne à chaque fois, que l'homme puisse lui rendre visite au travail ou se rendre à son propre travail. Je ramène mon petit trophée à la maison en secret.

Toute la soirée, j'embête Chen. Je lui réclame des mamours. Il est super patient ce soir. Je crois que la piscine qui se remplit doucement y est pour beaucoup. Je lui réclame un bain à deux, en maillot. Je sais que le bain, il accepte facilement. Je prétexte avoir eu une journée difficile. Bien que mon air de chien battu ne l'influence guère, il daigne m'accorder ce petit plaisir.

J'ai pré programmé son bracelet. Il ne me reste plus qu'à faire le transfert de données de son collier vers le bracelet. Pendant qu'il se déshabille, je lance la copie dans son dos. Je me glisse contre Chen dans l'eau chaude. Mon compagnon gardera des cicatrices, toutefois ses plaies et bleus sont quasiment disparus. Je me tortille pour le laver, le shampouiner en m'asseyant à califourchon sur ses genoux. Je crois que Chen a compris que j'ai envie de lui casser les pieds ce soir. Il est étrangement patient. J'en profite.

À force de faire l'andouille, je manque de glisser et de me frapper contre le rebord de la baignoire. Il me rattrape de justesse et soupire. Je ne peux m'empêcher de sourire devant sa tête et lui mets mes bras autour de son cou. Je lui fais une bise sur la joue, sur l'autre joue, sur le nez. Je teste ses limites. Il m'ébouriffe les cheveux et tente de me distraire en me lavant.

J'aime quand il me frotte avec ses mains. Je me calme et me laisse faire. Je me rallonge contre lui. Mon dos contre son torse et j'attrape ses bras pour qu'il me serre. Je pose ma tête contre son biceps. Chen me frotte le cou et me caresse doucement la nuque et le bras, pour que je reste sage.

Je m'aperçois que je m'attache à lui doucement. Je ne pense pas que ce soit réciproque. Il se montre gentil uniquement pour les récompenses. Il me suffit de voir comment il regarde les autres femmes avec colère. Il hait encore la gent féminine.

Il me tolère parce que je le récompense, il n'a pas le choix et doit avoir une propriétaire. Je suis une proprio un peu chiante mais plutôt cool. Enfin, j'espère. J'entends le bip de transfert de données. Je me recule, de manière à être assise sur sa jambe, un peu en hauteur. Je vérifie le collier. C'est bon. J'attrape le bracelet.

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