22- Semer

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Quelque part aux confins de la galaxie du parapluie.

" Bonjour à tous, je ne me présente pas. J'ai appris, il y quelques instants que vous me connaissiez déjà grâce à Ariel.

Elle a rêvé que partager ce que nous avons vécu dans le Dernier Cercle pourraient rallumer l'espoir de certains et même raviver leur combativité, leur redonner le goût de la liberté. Elle a imaginé que je pourrais être à nouveau libre.

Tout cela est advenu grâce à sa volonté et son courage sans faille. Pourtant, elle n'attend maintenant que la mort, qu'elle juge inéluctable. Peut-être n'a-t-elle plus l'énergie nécessaire d'espérer encore, après ce qu'elle a subi ?

Alors, aujourd'hui, je vous demande de rêver pour elle. D'imaginer qu'ensemble, nous pourrions la secourir. Moi, je crois que l'embryon de résistance dont elle m'a parlé, peut grandir au grand jour pour briser les chaînes de celle qui l'a porté, au prix de sa vie.

Je compte bien faire honneur à cette grande guerrière en réalisant ce rêve. Mais je ne pourrai pas accomplir cela tout seul. Alors, montrons-lui qu'elle a eu raison de croire en nous si fort. Mes amis ici disent qu'elle est l'âme de la résistance. Alors, défendons-la et sauvons-la !

Rendez-vous dans quatre heures. "

***

  • Où suis-je ? s’écrie Ariel en ouvrant soudainement les yeux.

Elle les referme aussitôt, éblouie par la lumière crue qui émane du plafond. Elle sait déjà qu’elle ne connait pas cet endroit. Sa cellule est obscure, humide et surchauffée. L’atmosphère a le goût et l’odeur de son sang mélangé aux drogues qu’ils lui injectent. La saveur de l’air ici est différente, aseptisée, sèche, climatisée.

Une atmosphère de vaisseau spatial, pense-t-elle.

La main en visière, elle se redresse péniblement pour se retrouver assise, les pieds sur le sol froid, du métal. Autre nouveauté, elle est habillée, d’une combinaison d’un blanc immaculé.

Oui, un vaisseau spatial, confirme-t-elle, un rictus inquiet et douloureux se dessinant sur son visage.

Une porte coulisse à sa gauche. Noway, vêtu lui aussi d’une combinaison blanche, fait son apparition dans l’encadrure. Le regard bleu acier du mutant la contemple. Une barre soucieuse se forme sur le front du guerrier. Il entre.

  • Bonjour Ariel, comment vas-tu ?
  • Je… ça va. Je suis un peu perdue… Où sommes-nous ?
  • Tu ne souviens pas ? Je suis venu te délivrer, lui apprend-il l’air inquiet.
  • Non, je ne me rappelle pas, lui confirme-t-elle en l’observant attentivement.
  • Mmmm… est-ce que je peux m’asseoir à côté de toi ?

Ariel acquiesce méfiante.

  • Tu as réussi à t'évader, j'en suis heureuse. Comment as-tu fait ?
  • Peu importe pour l'instant, lui répond Noway en posant sa main sur celle d'Ariel pour la serrer. J'ai réussi, c'est ce qui compte, non ? Et j'ai trouvé de l'aide pour venir te chercher.

Ariel observe pensivement la grande main du guerrier. Elle perçoit sa chaleur pourtant cette dernière ne parvient pas à chasser le froid glacial qui l'assiège. Un frisson la parcourt.

  • Ariel ? est-ce que ça va ? s'enquiert Noway d'une voix pleine de sollicitude.

Cela ne fait qu'accroître le malaise de la jeune femme. Déchirée entre deux désirs, elle craint de perdre pied.

  • Ariel, regarde-moi, l'enjoint Noway d'une voix douce. Tu es en sécurité ici, je te le promets.

Pourtant la jeune femme détourne obstinément la tête, elle lui retire même sa main. Elle ne veut pas plonger ses yeux dans ceux de Noway. Elle refuse qu'il la touche. Elle voudrait qu'il se taise, qu'il disparaisse, qu'il cesse de la torturer. Cependant, elle doit continuer de le faire parler.

  • Qui ? demande-t-elle, en retenant ses larmes.
  • Quoi ? De quoi parles-tu ?
  • Je te demande de me dire qui nous est venu en aide, assène-t-elle d'un ton volontairement dur.
  • Tu sais bien qui, tu les connais... lui répond Noway, toujours aussi doux.
  • Altervia, souffle-t-elle en lui jetant un bref regard.

Noway sourit en confirmant d'un hochement de tête.

  • À qui appartient ce vaisseau ?
  • Un homme qui se fait appeler Condor de la colonie Kameka. Cela te dit quelque chose ?
  • Vaguement, répond Ariel tâchant de masquer sa résignation.

Soudain, le vaisseau est secoué de spasmes, elle est projetée contre un mur. Prostrée au sol par la douleur, elle cache son visage dans le creux de ses bras.

  • Ariel ! crie Noway.

L’urgence dans sa voix la pousse à ouvrir les yeux. Elle le découvre, les cheveux en bataille, en combinaison de combat et couvert de sang. Ils sont dans sa cellule, sur Vénus. À côté de Noway, se tient une jeune femme aux cheveux cuivrés dont les mains sont enchevêtrées dans des arachnofilets.

Son ancien coéquipier, le visage habité par une colère si terrible qu’Ariel doute de survivre plus longtemps, s’approche d’elle. Il la prend dans ses bras. Persuadée qu'il lui veut du mal, elle essaie vaguement de se débattre, surprise de trouver encore la force et l’envie de défendre sa vie.

  • Calme-toi, on va te sortir de cet enfer, lui murmure-t-il en la maîtrisant avec facilité.

Ariel calée contre lui comme un petit enfant, il se tourne vers la jeune femme qui l’accompagne.

  • Je te présente Tryana. Elle va te transporter.

Combien de fois a-t-elle rêvé cette scène ? Il y a longtemps qu'elle n'a plus la force d'en compter les variantes : celle où il l'enlace, heureux de la retrouver, celle où il meurt... celle où il la tue...

Résignée, elle abdique. Jusqu'à la prochaine fois.

Malgré elle, elle tremble. Malgré elle, des larmes coulent sur son visage.

  • Je veux que ça s'arrête, s'entend-elle dire d'une voix si faible qu'elle la reconnait à peine.

Son souffle est court. Même pleurer est devenu un effort surhumain pour elle. Elle se laisse aller... Si seulement son coeur pouvait s'arrêter. Peut-être que si elle cesse de respirer, cela suffira ?

Noway colle alors son front contre le sien. Il est si proche qu'elle sent la chaleur de son souffle balayer son visage.

  • Regarde-moi ! Respires ! Je t'interdis de baisser les bras, tu m'entends ! l'enjoint-il d'un ton si impérieux que le corps de la jeune femme obéit immédiatement.
  • Ils ont fait fort, cette fois, réussit-elle à ironiser, entre deux aspirations chaotiques. Tu lui ressembles tellement... Tu veux pas me tuer pour de vrai ? S'il te plaît ...
  • Quoi ?
  • Je ne veux plus revenir ici ... jamais... Tues-moi une bonne fois pour toutes ! crache-t-elle y laissant le peu de rage qui lui reste avant d'essayer de se détourner.

Noway ne lui en laisse pas l'occasion. Malgré les appels urgents de son étrange coéquipière, il appuie un peu plus son front sur celui d'Ariel. Les yeux acier envahissent tout son espace de vision. Ils ont perdu leur éclat métallique pour se muer en deux étendues limpides. Ils rappellent à la jeune femme l'immensité de l'azur terrien juste avant un orage.

  • Quoiqu'il arrive, ils ne nous prendront pas vivants. Je te le promets, lui jure-t-il à voix basse.

Ces mots allument une étincelle d'espoir dans l'esprit maltraité d'Ariel. Il n'a jamais dit ça auparavant.

  • C’est vraiment toi ? Le vrai toi ? lui demande-t-elle dans un murmure, tandis que les arachnofilets l ’enveloppe.

Il s'éloigne ne lui offrant qu'un léger sourire pour réponse, mais ses yeux demeurent tristes. Son visage se durcit à nouveau tandis qu’il regarde vers la sortie. Il a les mâchoires si serrées qu’elle voit les muscles se contracter.

  • Tryana, t’as bientôt fini ? s’enquiert-il, avec une urgence perceptible dans la voix.

Celle-ci opine et les lianes accélèrent encore leur tissage. Noway se tourne alors vers Ariel. L’air soucieux, il se passe machinalement la main dans les cheveux. Elle sourit.

  • Oui, c’est le vrai toi, chuchote-t-elle avant de perdre connaissance.

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