073 Arrivée imminente

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   Hugues gara sa voiture devant la maison. Christa l'attendait sur le seuil. Elle répondit à son accolade mais ne le lâcha pas tout de suite.

  — Je crois que le travail a commencé.

  — Tu crois ou tu en est sûre ?

  — J'en suis sûre. J'ai des contractions régulières depuis plusieurs heures.

  — Quoi ? Et tu ne m'as pas appelé ?

Hugues commençait déjà à s'affoler.

  — Il n'y avait aucune urgence. Je savais que tu devais venir en fin d'après-midi. J'ai fait tranquillement mon sac de voyage en t'attendant. J'ai apprécié le calme de la maison. Et puis, toute seule, je me suis plongée dans l'écoute de mon corps. J'ai parlé à mon bébé, j'étais bien.

  — Je t'emmène tout de suite à la maison du bébé ?

  — Nous avons encore le temps. Veux-tu m'aider à faire quelques pas ? Il fait si bon ce soir. Naître au printemps n'est-ce pas le meilleur moment ?

  — Assurément mieux que pendant une tempête de neige !

Inquiète, Christa scruta le visage de son ami. Mais il n'y avait pas d'amertume en lui, seulement un pouvoir de distanciation, qui lui permettait de plaisanter d'un sujet qui lui avait déchiré le cœur.

  — Ne me regarde pas comme ça, on dirait que j'ai commis un sacrilège. Aujourd'hui le passé est mort. Nous nous tournons résolument vers l'avenir. Et l'avenir, c'est ce petit être qui pousse pour sortir de ton ventre. N'est-ce pas merveilleux ?

Christa hocha la tête et fit un pas de coté pour sentir une rose.

  — Ma grossesse s'est passée comme dans un rêve. Je me sens sereine au moment de mettre au monde mon bébé.

  — Au fait, tu connais son sexe ?

  — Non, je n'ai pas voulu le savoir à l'avance. Ce serra la surprise. En attendant c'est « le bébé ».

Elle s'arrêta de marcher et de parler, la contraction ayant été plus forte que les autres. Hugues s'inquiéta.

  — Ça avance ?

Elle fit non de la tête, respira et se remit à marcher à petits pas.

  — Les contractions ne sont pas assez rapprochées.

  — Il serrait quand même plus prudent d'y aller.

Elle rit et lui pinça la joue avec affection.

  — Tu réagit comme un futur papa !

  — Ça tombe bien, puisque je suis censé le remplacer. Allez, je vais t'installer dans ma voiture, et ensuite j'irai chercher tes bagages et fermer la maison.

  — Ne sois pas si pressé ! J'en ai encore pour des heures. Tu devrais le savoir toi.

  — C'est vrai. Mais je voudrais tellement que tout soit parfait...

  — Bon, si cela peut te rassurer on va y aller. Mais avant, je voudrai passer tranquillement quelques appels.

  — D'accord, alors retournons à ta maison.

Christa s'installa dans le canapé et entra le code de Steve sur la télécommande de son oreillette. Hugues fit mine de sortir de la pièce par discrétion, mais elle lui fit signe de rester. Il s'assit dans un fauteuil. Christa dicta son message.

« Mon chéri, il est dix-sept heures quinze. Les contractions ont commencées, mais elles ne sont pas encore douloureuses. Hugues est là, et il m'assistera tout au long de l'accouchement. Il est pressé de m'emmener à la maison du bébé. Ne te fais pas de souci, je suis entre de bonnes mains. J'espère que tu vas sauter dans le « cheval de Troie ». Le temps que tu rentres, le bébé sera là depuis longtemps. Tu me manques. Je t'aime... »

Elle valida l'envoi du message et resta rêveuse quelques secondes.

  — Voilà, le message va mettre un certain temps à atteindre Tenbridges.

  — Je ne sais pas s'il va apprécier le « je suis entre de bonnes mains » !

  — Il n'avait qu'à être là !

Une ombre de contrariété passa sur le visage de Christa, puis elle se remit à sourire. Elle se caressa doucement le ventre.

« Tu sais, bébé, ton papa n'est pas là, mais c'est Hugues qui va m'aider. Il adore les bébés, et il est impatient de faire ta connaissance. »

Hugues entra dans le jeu. Il vint s'asseoir à coté d'elle et posa sa main sur le ventre distendu.

« Petit bébé, nous sommes prêts à t'accueillir. Ne fait pas trop souffrir ta maman. Viens vite ! »

Pour toute réponse Christa eut une nouvelle contraction. Elle saisit nerveusement le bras d'Hugues.

  — Respire Christa, respire. Oui, c'est bien.

Elle lui jeta un regard reconnaissant.

  — J'ai besoin de me reconcentrer. Tu peux aller me chercher mon sac, dans la chambre à l'étage ?

  — Bien sûr, ne bouges pas.

Quand il redescendit, elle était en conversation téléphonique avec la sage femme qui avait suivi sa grossesse. Elle commenta ensuite sa conversation avec elle.

  — Cathy était chez elle, mais elle a promis de m'assister. Nous la retrouverons à la maison du bébé. Je suis contente qu'elle soit disponible. Ses collègues sont certainement très compétentes, mais avec elle j'ai un excellent contact et je serrai plus à l'aise.

  — Tu lui a parlé de moi ?

  — Ce sera la surprise. De toute façon, c'est mon choix, un point c'est tout... A moins que tu n'aies changé d'avis...

  — Compte la-dessus !

Un peu plus tard elle traversait le jardin à petits pas, appuyée sur le bras de Hugues. Un voisin les aperçut.

  — Oh, Madame Maroco, c'est pour aujourd'hui ?

  — On le dirait bien.

  — Bon courage !

Il lui fit un grand signe de la main puis repris la taille de sa haie. Hugues avait remarqué le terme employé et s'en inquiéta :

  — Madame Maroco ? Te serais-tu mariée sans m'inviter ?

  — Non, pas du tout. Vois-tu, mes voisins sont de braves gens, mais un peu à cheval sur les principes. Ils ne veulent pas admettre l'union libre. Alors, ils m'appellent Madame Maroco depuis que nous nous connaissons. Au début ça m'agaçait. Maintenant cela m'amuse.

Ils embarquèrent donc dans la voiture de Hugues. Christa jeta un regard circulaire, surprise.

  — Woha ! Tu as changé de carrosse ?

  — Il me fallait un véhicule digne de toi. Je plaisante bien sûr. Quoique, finalement, il est bien plus confortable que le précédent.

  — Je vois cela. Monsieur ne vise plus que le grand luxe !

  — Pourquoi me priverais-je ?

  — Tu as raison de profiter de ta situation.

Hugues adopta le ton de la confidence pour parler de son véhicule.

  — Tu sais que je suis amoureux de tout ce qui est beau, et un tel véhicule, avec une mécanique de précision et des finitions intérieures parfaites, confine à l'art.

  — C'est bien les mecs ça ! Ils bavent devant un tas de tôles comme si c'était un Rembrandt. Si Steve était là, il ferrait chorus avec toi. Vous êtes irrécupérables.

  — Tu préférerais que je t'emmène dans ton utilitaire, toujours plein de caisses et de pièces détachées ?

  — Finalement non, j'apprécie le confort, surtout en ce moment.

Elle se dandina sur son siège pour obtenir une position parfaite. Hugues se montra particulièrement prudent dans la conduite de la voiture, évitant en particulier tout a coup en accélération ou au freinage, ce qui amusa Christa.

  — Je ne suis pas en sucre ! On jurerait que tu me prends pour une agonisante !

Hugues sourit.

  — J'exagère peut-être un peu, mais j'aime mieux être prudent. Tu imagines si l'on avait un accident ? Cette fois là Steve me tuerait. Et puis... je ne vais quand même pas risquer d’abîmer ma voiture neuve !

Pour toute réponse il reçu une bourrade dans l'épaule, ce qui le fit glousser, ravi de constater que sa taquinerie avait fonctionné.

Ils arrivèrent à la maison du bébé en même temps que Cathy. Elle fit la bise à Christa, jeta un regard étonné sur Hugues et s'enquit de Steve.

  — Il n'est pas sur Ursianne en ce moment, alors c'est Hugues Milton, un ami très cher, qui s'est offert pour m'assister.

La sage femme parut très surprise, mais ne dit rien. Elle les entraina vers l'entrée de service et pianotta sur les touches du digicode. Elle tint la porte ouverte pendant que Christa et Hugues entraient.

  — Voilà, la chambre qui vous attends est la trois, celle que vous préfériez, et qui est libre. Vous vous rappelez que la salle d'accouchement est au fond du couloir ?

Christa s'avança dans la chambre et s'appuya sur le lit. Hugues retourna dans le couloir.

  — Je vais chercher le sac de voyage dans la voiture.

La sage-femme le suivit jusqu'à la porte.

  — Heu... Monsieur Milton... Vous comptez vraiment assister à l'accouchement ?

  — Oui, pourquoi ? -le ton était sec.

  — Vous savez... C'est un acte intime, et puis la mère souffre beaucoup... Pour quelqu'un qui n'y est pas préparé cela peut être... difficile. Enfin, je voulais vous le dire avant...

  — Je suis au courant. J'ai déjà participé à un accouchement.

  — A l'hôpital ?

  — Non, à domicile.

La sage femme marqua la surprise.

  — Ce que nous appelons un AAD ? C'est peu fréquent.

  — Non, c'était un ANA, sans aucune assistance.

Cette fois elle en resta sans voix. Elle aurait bien voulu en savoir plus, mais visiblement l'homme n'avait pas envie d'en parler. Elle revint vers sa patiente.

  — Alors, comment cela se présente ?

  — Les contractions sont régulières, toutes les cinq minutes, pas trop douloureuses pour le moment.

  — Dites, je me mêle peut-être de ce qui ne me regarde pas, mais vous êtes sûr que la présence de votre ami soit souhaitable ?

Christa regarda la sage-femme dans les yeux.

  — Cathy, je préfère mettre les choses au point tout de suite : le seul homme que j'aime, c'est Steve, mon compagnon et père du bébé. Mais il n'est pas là. Hugues va donc me soutenir moralement, et certainement physiquement. Et à vous la partie plus...médicale.

  — Si vous le dites, il n'y aura pas de problème de mon coté.

Christa ajouta avec un sourire.

  — D'ailleurs, si vous le connaissiez mieux, vous sauriez qu'il ne risque pas de prendre la place de Steve.

Ce fut à la sage-femme de sourire.

  — C'est pour cela que je ne me sentais pas à l'aise avec lui.

  — Il est d'un abord parfois surprenant, mais c'est une personne adorable, vous verrez.

Leur conversation fut interrompue par le retour de Hugues.

  — Alors les filles, ça se présente bien ?

Cathy montra son étonnement.

  — Comment avez-vous fait pour entrer ?

  — Ben... par la porte !

  — Mais je n'ai pas entendu la sonnette.

  — Ah ! J'ai tapé le code, c'est tout. Tout à l'heure vous l'avez fait devant moi et je m'en suis souvenu.

  — Mais vous n'êtes pas habilité à le connaître.

Hugues prit un air effrayé.

  — Alors je vais vous demander une chose : dès que l'accouchement de mon amie sera terminé, changez vite ce code. Je n'ai pas envie que l'on m'accuse de m'introduire subrepticement dans votre établissement, pour abuser des parturientes !

Cathy le regarda perplexe puis elle vit que Christa semblait bien s'amuser. Elle sourit.

  — Vous avez un sens de l'humour assez particulier Monsieur Milton.

  — Oh, il n'y a pas que l'humour qui soit particulier chez moi, vous verrez. A propos, je crois que nous allons passer quelques heures ensemble, dans un climat que nous souhaitons le plus agréable possible pour la future mère. Alors, s'il vous plaît, oubliez les Monsieur Milton et appelez-moi Hugues. D'accord ?

  — D'accord Hugues. Moi c'est Cathy, mais je crois que vous le savez déjà. Bon, trêve de bavardage. Je vois que notre future mère est encore en pleine forme, je ne pense pas qu'il y ait urgence à faire quoi que ce soit. Alors, installez-vous, prenez vos marque ici afin de vous sentir comme à la maison. Christa, vous vous êtes baignée aujourd'hui ?

  — Oui, deux fois, pour me délasser. J'y serrai bien restée ! Mais il fallait que j'en sorte pour accueillir Hugues, puisse que j'étais seule à la maison.

  — C'est bien. Hugues, vous savez que Christa envisage d'accoucher en piscine. Vous comptez rester au bord ou plonger ?

  — Je suis à sa disposition, mais je pense qu'à la fin ce serra utile que je me mouille.

  — C'est ce que je pense aussi. Alors, en attendant, passez donc à la douche.

  — Bien chef !

Il s'était mis brièvement au garde à vous. Cathy eut la tentation de marquer son mécontentement devant cette appellation, mais elle comprit qu'il essayait de détendre l'atmosphère et ne fit donc aucune remarque. D'habitude, les parturientes étaient accompagnées par leur mari qui étaient encore plus angoissés qu'elles. Cette fois-ci l'ambiance serrait certainement plus cool avec cet étrange jeune homme. mais il fallait qu'elle s'y fasse.

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