Mai

Une minute de lecture

C'était la fuite. Il avait plu sur avril comme il pleuvait sur mai. Et moi, je n'étais plus soldat. Je n'étais plus couard. Je n'étais plus un moins que rien. Et pourtant, j'étais toujours en vie... L'urine n'imprégnait plus mes draps. J'avais pour seul couverture l'étendue céleste parsemée d'étoiles scintillantes, dont chacune était pour moi l'une des victimes de la guerre qui montrait à quel point elle était exceptionnelle, merveilleuse et magnifique.

Depuis ma désertion, je n'avais plus jamais appuyé sur entrée, et j'étais convaincu que je n'aurais plus jamais à le faire. Plus de missiles à envoyer, plus de systèmes de sécurité à désactiver ! Plus de morts sur la conscience ! Plus de peur d'être moi-même ! Plus de honte ! Plus d'ordres sous la menace !

C'étais la solitude. Pour le moment, je me contentais de fuir sans jamais me retourner, mais j'étais certain qu'un jour, si je survivais assez longtemps, mes pas croiseraient ceux d'un partisan de l'amour, que nos deux âmes se reconnaîtraient, et qu'enfin, j'œuvrerais publiquement pour la cause ! Qui sait, peut-être que mon nom sera cité dans les livres d'histoire des générations futures, dans des documentaires historiques, qu'il y aura des commémorations en ma mémoire ?

Le dernier jour de mai est arrivé, aussi seul que moi, et je me suis dit « Peut-être en juin ? »

C'était la guerre. Il pleuvait sur mai, quelque part au nord de ma vie de déserteur.

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