Chapitre 45 - Lumières

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Elle sentit que quelqu'un bandait son épaule. Les draps dans lesquels elle se trouvait étaient frais. Des mains douces et chaleureuses s'occupaient d'elle. Un linge frais fut posé sur son front brûlant. Quelqu'un lui ôta sa fine armure qui ne lui servirait plus à rien dans l'était où elle était. Une douce chaleur l'entourait. La douleur n'était plus qu'un souvenir. Et c'est à cet instant qu'elle ouvrit les yeux, lentement. Elle reconnut immédiatement la personne qui était penché sur elle, et elle ne put retenir ses larmes.

— Dame Alma !

Elle se releva sur son lit pour la serrer dans les bras. La vieille femme ne se priva pas pour en faire autant.

— Ma petite Jaelith. Cela fait si longtemps que je ne vous ai pas vu, et je vous retrouve dans un état lamentable.

— Je suis désolée. Et vous... Comment cela se fait que...

— Que je sois là ? Eh bien, cela fait deux jours que le terrifiant dragon noir est tombé, et presque autant de temps que vous dormez. Je fais partit des prêtres qui ont été dépêchés ici pour soigner les blessés. Et vous, je suppose que vous ayez des tas de choses à me raconter, je me trompe ?

— Beaucoup ? Ce n'est pas le terme. Je pense que je n'aurais pas assez d'une journée entière pour tout vous dire depuis mon départ de Silverlake.

— Je ne pense pas tenir une journée, et vous non plus.

***

Alma ausculta la jeune fille une dernière fois avant de la laisser sortir de la chapelle qui était devenue, une fois de plus, une immense infirmerie improvisée. Jaelith la remercia. Elle chercha Feiyl parmi les blessés, mais ne le trouva pas. Alors seulement, elle sortit, et regarda le paysage qui s'offrait à ses yeux. Goldrynn avait reçu beaucoup de dégâts. Une partie du quartier commerçant été partis en fumée, et beaucoup de bâtiments avaient été détruits. Jaelith se tourna alors vers le donjon, qui était toujours debout.

Marchant dans les rues, elle observait les civils qui étaient revenus. Beaucoup commençaient déjà à reconstruire ce qui avait été détruit. Elle fut même surprise de trouver quelques elfes mêlés aux humains. Cela lui réchauffa le cœur. Le donjon était toujours aussi froid et austère. Peu de garde s'y trouvaient. La jeune femme avançait dans les couloirs, s'attendant à voir surgir Feiyl ou Elrynd au détour d'un couloir. Mais aucun des deux n'apparut à sa déception.

— Vous êtes déjà sorti de votre lit ?

La demie elfe se retourna et tomba nez à nez avec le père Nilsas. Ce dernier soupira longuement en s'approchant d'elle.

— J'avais demandé à ce qu'on vous garde jusqu'à ce que vous soyez complètement remise. La prochaine fois, je ferais en sorte que l'on vous enchaine au lit.

— Je vous assure que je vais très bien ! Ne vous inquiétez pas pour moi.

— Oui, ça a l'air d'aller mieux. La blessure de votre épaule a été la plus préoccupante. Il a fallu pas moins de trois prêtres pour la soigner totalement.

— Et Feiyl ? Comment va-t-il ?

— Vous avez fait un excellent travail. Il n'y avait pas grand-chose à faire de plus.

Jaelith semblait soulagée d'apprendre cette nouvelle. Quand elle avait vu Feiyl allongé sur le sol pendant le terrible combat, elle avait cru qu'il allait mourir suite à ses blessures. Le savoir en vie, et en forme qui plus est, lui remonta le moral. Le prêtre toussa, puis reprit la parole.

— D'ailleurs, cela fait longtemps que vous êtes capable de faire ce genre de choses ? Attaquer, soigner, protéger...

— Je ne sais pas vraiment. J'appelle la lumière, elle me répond. C'est aussi simple que cela.

C'est ce qu'elle pensait. Un large sourire illumina le visage du père Nilsas.

— Eh bien, c'est surprenant... Même si ce n'est pas la première fois que je vois cela.

— Pas la première fois ? Il y a quelqu'un d'autre capable d'appeler la lumière comme moi ?

— Le seigneur Gareth en est capable, oui. Sa foi en la lumière a toujours été très forte. Et ça m'a l'air d'être votre cas aussi.

Jaelith posa sa main gauche sur son cœur. La lumière... Oui, elle avait foi en elle. Elle lui parlait, et la lumière lui répondait. Toujours. Elle ferma les yeux quelques secondes et ressentit une douce chaleur l'envahir.

— Dame Jaelith... Ne perdez jamais la foi en la lumière.

— Cela n'arrivera sans doute jamais.

Un léger sourire apparut sur le visage de la jeune femme tandis qu'elle s'éloignait doucement du père Nilsas en la saluant. Elle marcha encore pendant de longues minutes avant qu'une voix ne se fasse entendre près d'elle.

— Ton épaule va mieux ?

C'était Freyki. La jeune femme l'ignora et se retourna. Le roi loup continua.

— Je dois te parler.

— Je n'en ai pas envie. Laisse-moi.

Elle ne s'était même pas retournée pour lui répondre. La réaction de l'homme à la cicatrice ne se fit pas attendre. Il l'agrippa sans ménagement pas le col de la tunique puis la força à se retourner pour lui faire face. Ses yeux noirs fixaient ceux de Jaelith. Elle soupira.

— Je ne suis pas ton jouet.

— Je sais.

— Tu m'as dit des choses ignobles.

— Je sais.

— Tu me déteste ?

— Non. Jamais.

Elle ne comprenait pas ce qui la forçait à agir de cette manière. Elle le voulait, mais il avait été odieux par le passé. Elle lui en voulait encore pour ça.

— Jaelith... Je suis désolé.

Les battements du cœur du roi loup étaient effrénés. Il crut qu'il allait exploser d'un moment à l'autre. La femme paladin ferma les yeux et leva la tête vers le plafond.

— Désolé ? C'est tout ?

— Jaelith...

Il la suppliait d'une voix rauque, tremblante. Elle ne l'avait encore jamais vu dans cet état.

— Ce n'est pas aussi simple. Est-ce que tu comprends à quel point tu m'as fait souffrir ?

— Je sais.

— Je t'ai offert mon cœur, et tu l'as jeté sous prétexte de me protéger.

Elle sentit qu'elle allait pleurer. Doucement, il la prit par le bras et la serra contre lui. D'abord étonné qu'elle le laisse faire, il avait enfouit sa tête au creux de son cou. La douceur de sa peau, son odeur, tout lui avait manqué pendant ces longues journées et nuits. Elle lui avait manqué. Mais elle était revenue.

— Je t'aime.

La voix rauque murmura à la jeune femme ce qu'elle voulait entendre depuis longtemps. Elle le voulait. Lui aussi. Jaelith ne pouvait plus lutter contre ce qu'avait décidé son cœur. Elle ne pouvait plus lutter contre ses sentiments. Il ne pouvait détacher son regard du sien, et il se pencha sur elle. Ses lèvres se posèrent sur celles de son aimée, tous deux savourant ce baiser qu'ils désiraient ardemment depuis longtemps. Au bout de quelques instants, ils se séparèrent, puis Freyki l'entraina dans sa chambre.

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