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Je n’avais eu aucun rapport sexuel avant toi. Juste mon sexe et mes doigts. Au fil du temps, c’était presque devenu mécanique. Une habitude, une ligne à cocher sur la liste des choses à faire. Mon corps se réveillait, appelait au plaisir, je lui donnais ce qu’il voulait et il se rendormait. Je me sentais comme un robot, victime de mes hormones, objet de mon cycle menstruel.

Désir. Règles et désir. Désir. Désert et sécheresse.

Puis ça recommençait. C’était si prévisible. Plus le temps passait et plus je détestais ça. Ce désir entre mes jambes qui pointait ponctuellement le bout de son nez pour me rappeler qu’il n’y avait que ma main pour y répondre.

J’ai toujours cru que le jour où l’opportunité d’avoir des rapports s’offrirait à moi, je n’hésiterai pas. Et pourtant, j’ai pris peur.

Tu étais là, tu m’invitais à te suivre dans ta chambre, mais je n’ai pas pu. Je réalisais alors tout ce que cela voulait dire. Il ne s’agissait pas seulement de satisfaire mon désir longtemps étouffé. Non, cela signifiait me mettre à nu devant toi et partager une part animale de moi.

Car c’est comme ça que je voyais le sexe, qu’il soit doux ou non : quelque chose de bestial, une part de l’Homme qui date de la nuit des temps, un besoin qui, lorsqu’il se manifeste, nous ramène à l’état animal.

Cela signifiait aussi penser à toi. Combler tes attentes. Et je m’en sentais incapable. Tu l’as compris et tu as attendu, patiemment, que mes peurs disparaissent. Tu m’as aidé à voir le sexe pour ce qu’il est vraiment. Tu m’as parlé, longuement, bien longtemps après la tombée de la nuit.

Je t’entends encore me dire que oui, ce qui est montré dans les films et les séries n’est pas la réalité mais un fantasme, un embellissement, un enjolivement. En vérité, ce n’est pas aussi simple, ça n’a rien à voir avec les paillettes vendues dans les fictions ni avec la violence diffusée dans le porno. Tu m’as raconté que ta première fois n’était pas grandiose, mais que ce n’était pas grave, parce que tu avais choisi de le faire avec cette personne-là. Tu n’étais pas en couple avec cette personne, tu ne la connaissais que depuis quelques jours, mais vous en aviez envie, vous en aviez parlé, vous l’avez fait, et c’est tout.

D’ailleurs, ta première fois ne rimait pas avec pénétration. Parce que vous n’en aviez pas envie. Et ça ne vous a pas empêché d’y prendre du plaisir.

Tu m’as expliqué que c’est un moment de partage entre deux personnes qui se font confiance, voire qui s’aiment, mais qu’il ne s’agit pas là de concrétiser un amour. Tu m’as dit que c’était simple, agréable, comme un bon moment à passer. Comme une bonne rigolade entre potes.

Tu as terminé en disant que si ma première fois ne se passait pas bien, la deuxième serait peut-être mieux, ou la troisième, la treizième, la cent-deuxième. Chaque fois est une première. Première fois avec cette personne. Première fois dans cet endroit. Première fois dans cette position. Première fois à cette heure-là. Première fois avec plusieurs personnes. Première fois avec cet accessoire. Première fois après une rupture. Première fois pendant les règles. Première fois sans protection. Première fois de cette humeur. Une fois n’est pas plus sacrée qu’une autre. En fait, aucune n’est sacrée.

Quand le soleil s’est levé, je savais que ce ne serait pas forcément génial à chaque fois, mais qu’à partir du moment où ce serait ma décision, et celle de l’autre personne, alors ce sera toujours bien, même si c’est mauvais.

Mais surtout, la plus belle chose, la plus précieuse, c’est le choix. Je pouvais choisir les personnes avec qui partager mon corps et mes envies.

Quelques jours plus tard, c’est toi que j’ai choisi.

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Défi
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Ce texte, co-écrit par carolinemarie78 et Jacques Ioneau, en réponse au défi "Imaginaire", est une suite de Fleur de nave : "https://www.scribay.com/text/337348389/fleur-de-nave" .
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Voici un calcul simple :

Harcèlement + Injustice - Un "grand" homme.

10 ans après, on y applique également le calcul suivant :

Un beau détective + Un policier qui sort de l'académie - 420 de Q.I

Impossible mais non.

= Flandre
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Dans ces folles nuées de possibilités
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Courber l’échine, s’échiner à en pleurer

Le soir, saignant, devant son enfant affamé.
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Imaginaire. Mais sombre est sa vie de rêve.

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