Sir Ezra Lemmon

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En fait, je rectifie, je vais vous donner les détails.

Lorsqu'il s'est approché de moi, il m'a proposé de discuter et nous nous sommes installés dans un coin à une table.

Sir Lemmon était un homme extrêmement charmant, plutôt drôle. Ezra, de son prénom, originaire d'une petite ville aux environs de Dumfries, dans le sud de l'Ecosse, avait passé son enfance avec sa mère et ses cinq sœurs, son père étant décédé quand il avait deux ans. À l'âge de dix ans, il fut envoyé dans un pensionnat pour jeunes garçons indisciplinés à Leeds en Angleterre. C'est là qu'il fut mordu par son professeur d'étiquette.

Ah oui, je ne l'ai pas dit ? Sir Ezra Lemmon est né en 1832. Ça fait un paquet d'années, me direz-vous. Mais quand on sait que le monsieur assis derrière a fêté ses six ans en 1547, on se rend compte que cent-quatre-vingt-huit ans, ça fait plutôt jeune. Même si, à côté de lui, j'ai l'impression d'être une enfant de sept ans.

Au début, il a tenté de me mettre à l'aise, en faisant des blagues plus pourries les unes que les autres. Je me forçais à rire mais mon esprit tournait en boucle : Quand est-ce qu'il va me mordre ? Est-ce que ça fait mal ? Je vais en mourir ? Où est-ce qu'il va me mordre ? Ezra a du sentir mon stress monter car il a commandé un verre de limonade pour moi.

Au fur et à mesure que la soirée, je devrais dire la nuit, se déroulait, je me suis détendue. Je riais franchement mais je n'étais pas totalement dans l'ivresse. En tout cas, assez pour remarquer qu'il ne me quittait jamais du regard. J'en avais même oublié qu'il devait me mordre à la fin du rendez-vous jusqu'à ce que j'aperçoive que son regard déviait souvent vers mon cou. Il y eut un blanc pendant lequel Ezra se passa la langue sur les lèvres, ce qui me fit frissoner.

«Est-ce que tu savais qu'un homme parlait pendant vingt-deux minutes de sport dans une discussion ? » Ce matin, en ouvrant mon ordinateur, j'étais tombée sur un site d'infos comme celle-là et c'est la première chose qui m'est venue à l'esprit pour briser ce silence insupportable. Il m'a regardé étrangement avant de partir dans un grand éclat de rire qui dévoilait ses longues canines pointues.

Peut-être était-ce seulement un mauvais pressentiment, mais je sentais qu'il était affamé. Sa peau était plus pâle que tout à l'heure, il était essoufflé, sa langue passait sans arrêt devant ses lèvres comme pour tenter d'absorber tous les nutriments possibles. Mais le pire, c'était la façon dont il regardait mon cou. Comme un homme à jeun regarde un morceau de viande.

Alors, n'y tenant plus, je me suis levée et je me suis placée juste à côté de lui, mon cou bien en évidence en lui murmurant : «Finissons-en !» Il m'a regardé interloqué, ses dents brillant dans l'obscurité tamisée du bar. Puis, il m'a attrapée par le bras et m'a attirée dans un recoin sombre. Ses yeux prenaient une teinte violette. Il s'est baissé vers moi. Son souffle sur ma nuque, j'ai chuchoté dans son oreille : «Ça chatouille !» C'est l'ombre d'un sourire que j'ai aperçu sur ses lèvres avant que ses canines entre en contact avec ma peau.

Comment décrire cette sensation ? Je ne sais pas. Comme un baiser mais en plus beau, comme si une partie de moi était partie le rejoindre. Ce qui est totalement vrai d'ailleurs puisqu'il buvait mon sang. Vraiment, c'était presque agréable si on oubliait le côté gore de la scène.

On parle toujours dans les films et les livres des vampires comme une sorte de bête assoiffée de sang, incapable de se contrôler. Mais imaginez juste un instant, que l'on vous prive de nourriture toute une journée, c'est ce qu'il leur arrive car ils ne peuvent pas sortir en pleine journée. Imaginez la faim qui vous tiraille, une faim tellement dévorante que vous seriez près à vous jeter sur le premier morceau d'animal qui passe près de vous, qu'il soit vivant, mort, cru ou cuit. Si vous arrivez à vous représenter cette faim, c'est que vous êtes encore loin de la vérité concernant les vampires.

Tout d'abord, les vampires ne sont que des hommes, ils se nourrissent du sang de jeunes femmes. Ensuite, ils ne peuvent pas vieillir au-dessus de trente ans. Après cela, ils vivent éternellement sous cette forme. Ils ne peuvent circuler que la nuit tandis que le jour ils sont confinés dans une pièce sans fenêtre. De plus, le sommeil leur est interdit. Le manque de sang leur fait perdre le contrôle tandis que cet amour des globules rouges les révulse la plupart du temps.

Et vous, seriez-vous capable de vivre dans un corps qui vous horripile, sans personne à qui vous confier, avec le souvenir incessant du soleil sur la peau sans ne serait-ce que pouvoir l'apercevoir une fois à nouveau ? Je vous mets au défi d'y réussir sans perdre la tête une seule fois, après cela, vous aurez ma reconnaissance éternelle...

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