Chapitre 27. La collusion

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Sur le vol du retour, Luiz s’est isolé avec ses conseillers, Emerson au premier chef, pour faire le bilan du voyage et le point sur l’évolution de la situation au pays. Ce qui, au moins, aura eu le mérite de me laisser la suite présidentielle à moi tout seul, et tout le loisir de réfléchir à ce que Timothée m’avait expliqué dans le parc de l’Elysée, une fois ce dernier démasqué. Il m’a dit avoir été contacté par la DGSE* quelques jours à peine après la nomination de Luiz comme candidat du parti vert à la présidentielle brésilienne. Convoqué boulevard Mortier, au siège de l’agence, le jeune homme n’avait pas tout de suite compris pourquoi le gouvernement français s’intéressait à un obscur professeur de relations internationales originaire de Bretagne et récemment exilé à São Paulo. Le compagnon du candidat d’un parti qui n’était pas le favori de l’élection. Il n’y avait que très peu de chances pour que Luiz accède au pouvoir, et moi à un rôle de premier plan au sein du régime... Mais soit. La DGSE avait jugé utile de placer ses pions tôt dans la course, sans doute conscients de l’imprévisibilité de la vie politique brésilienne. Et l’histoire leur a donné raison. Quelques mois plus tard, Luiz était élu président de la république. Et, bien renseignés sur mes faiblesses, les services secrets français avaient pré-sélectionné un certain nombre d’hommes dont je ne pourrais refuser les avances. Dont plusieurs s’étaient déjà fait connaître par le biais d’une invitation OneFeed.

Timothée, ou Tim, de son pseudo, était le premier à qui j’avais répondu positivement. Ils avaient vu juste : un beau franco-espagnol, jeune et brillant, fraîchement sorti de l’ENA et alors en poste à la direction des pêches, qui fut immédiatement promu chef de l’unité des affaires internationales en prévision d’une future approche. Il ne restait plus qu’à trouver de quoi séduire le président Lepage, en quête de victoires marquantes sur le scène internationale, lui qui espérait pouvoir se porter candidat à sa réélection au printemps prochain. C’est ainsi que l’idée de la réserve de biosphère franco-brésilienne était née, dans la tête de quelques fonctionnaires zélés et conseillers de l’Elysée. Timothée avait été envoyé au front et joué sa partition à la note près, et je n’avais offert que très peu de résistance avant de mordre à l’hameçon. Pêcheur hors pair, il n’avait alors eu qu’à tirer sur la ligne pour me ramener dans ses filets. Une opération rondement menée...

Le plan était ingénieux à plusieurs égards. D’une part, la France avait désormais un moyen de pression sur moi, et, de la sorte, sur le Brésil. Révéler ce qui s’était passé entre Timothée et moi dans les jardins de l’Elysée ne manquerait pas de faire exploser une scandale de nature à ébranler le pouvoir brésilien. Timothée avait eu beau m’assurer que la DGSE ne faisait pas dans le compromat*, contrairement à d’autres services moins scrupuleux, je ne pouvais pas lui faire entièrement confiance. Après tout, lui n’était qu’un appât, et pas le cerveau derrière l’opération. Il était peu probable qu’on l’ait informé des tenants et des aboutissants de son action. Et si c’était le cas, on aurait très bien pu lui mentir.

Le dilemme était d’autant plus complexe que, s’il était permis de douter du bien-fondé de l’objectif ultime de l’opération – la réélection de Lepage à un second mandat – le moyen proposé pour y parvenir posait moins de problème. Créer une réserve naturelle et protéger une espèce de crevettes menacée, il y avait pire, comme mission secrète... Je n’avais pas l’impression que de coopérer avec la France en la matière irait à l’encontre des intérêts du Brésil – surtout si, comme moi, on considère la biodiversité comme une richesse à préserver plutôt qu’à exploiter... Il me paraissait donc futile de tenter de m’opposer à la volonté des services secrets français par simple esprit de contrariété. Vu les positions de Luiz en matière de protection de la nature, il aurait d’ailleurs été plus simple de lui faire passer le message directement, sans chercher à piéger son compagnon... A moins qu’il ne s’agisse là que d’une première demande de la part de la France, calibrée pour être facilement avalée, de manière à s’assurer ma coopération, et que d’autres suivraient, dans quelques semaines, quelques mois, quelques années peut-être, plus complexes, plus discutables, et, possiblement plus préjudiciables aux intérêts nationaux brésiliens. Impossible de le savoir. Toujours est-il que je m’étais mis dans de beaux draps, encore une fois...

*

La voiture officielle me dépose devant l’aéroport international de Rio de Janeiro sur le coup de treize heures. J’en sors avec précipitation, pose le pied à terre, respire une grande bouffée d’air presque frais, et me sens tout de suite plus léger. La canicule sévit depuis plusieurs jours à Brasilia, du jamais vu pour un mois de mars, qui, je le rappelle, est un mois d’automne, au Brésil. Le simple fait de mettre le nez dehors est devenu un calvaire, voire un danger pour la santé. Hier après-midi, nous avons atteint les quarante-sept degrés. Et la chappe de moiteur tropicale qui règne sur la ville, construite sur d’anciens marécages, rend la chaleur encoure plus insupportable. Comme si on vous enveloppait dans une couverture faite de votre propre sueur, et que l’on remplaçait l’air de vos poumons par la buée qui colle au miroir de la salle de bain au sortir d’une douche brûlante. Etant personnellement peu armé pour faire face à un tel climat, aussi bien physiologiquement que psychologiquement, je n’ai donc pas bougé le petit doigt pendant plusieurs jours d’affilés, ne sortant des appartements privés du président – climatisés – que pour aller quémander des sauts de glaçons en cuisine. Cette petite escapade est donc l’occasion rêvée d’échapper à cet impitoyable brasier et de se vider la tête avec un peau d’air marin, et – pourquoi pas – de caïpirinha. En effet, ce weekend, je fête mon anniversaire, trente-six ans déjà, et Maria a fait le déplacement spécialement pour l’occasion.

C’est elle que je viens chercher à l’aéroport. J’ai quitté Brasilia à l’aube, en voiture. Luiz a mis un terme au contrat qui unissait la présidence à une compagnie de jets privés, pour réduire l’impact environnemental de notre train de vie. Je ne m’en plains pas, loin de là... Ne pensez pas que je prenne mes aises au palais. D’ailleurs, j’ai demandé à Luiz le dispositif de sécurité le plus léger possible : un seul garde du corps, et un chauffeur. Pas plus. Moins que ça, la garde présidentielle n’accepterait pas... Je me contente donc de ce semblant de liberté et, le sourire aux lèvres à l’idée de retrouver Maria, entre d’un pas décidé dans l’aérogare pour lui donner un accueil brésilien digne de ce nom.

Quand elle sort de la zone voyageur, je la reconnaît immédiatement. Son incontournable queue de cheval brune sagement attachée sur la nuque. Le visage un peu pâle – les européens sortent à peine de l’hiver – mais rayonnant, la tenue impeccable, comme toujours, un chemisier vaporeux et une jupe haute et droite, soulignant à merveille sa silhouette élancée de femme trentenaire n’ayant pas encore eu d’enfants. Le regard dissimulé derrière d’imposantes lunettes de soleil, la belle espagnole me remarque très vite et, avec une spontanéité désarmante, se met à courir vers moi – ou du moins, à trottiner, entravée dans sa course par l’étroitesse de sa jupe – pour finir dans mes bras. Je la serre contre moi. Fort. Et longtemps. Notre étreinte est aussi interminable qu’elle réconfortante. Une joie sans limite inonde ma poitrine. Je n’ai jamais été aussi heureux de la retrouver.

Après de telles effusions, nous montons tous les deux à l’arrière de la voiture. Impressionnée par la voiture officielle et par le dispositif de sécurité, Maria n’en mène pas large. Intimidée, elle ose à peine me dire si elle a fait bon voyage, et comment vont les affaires, dans le cabinet d’avocats madrilène qu’elle a fondé il y a quelques années. Elle y fait ce que l’on appelle « strategic litigation » en anglais, que l’on pourrait traduire par de l’activisme judiciaire. Pour faire simple, il s’agit d’une pratique visant à intenter des actions en justice pour défendre l’intérêt général, le progrès social ou une cause particulière. Dans son cas, l’activité principale est centrée sur la protection de l’environnement, la spécialité de la belle espagnole. Elle passe donc le plus clair de son temps à monter des dossiers de plainte contre multinationales et gouvernements du monde entier. Il n’y a pas si longtemps, elle a même gagné son bras de fer contre Equinor, la compagnie d’hydrocarbures norvégienne, qui s’entête à poursuivre l’exploration gazière en mer du nord, me dit-elle du bout des lèvres.

Finalement, de raconter ses exploits judiciaires finit par désinhiber mon amie, qui accepte de passer outre la présence des deux employés de la présidence pour aborder la partie la plus intéressante de nos retrouvailles : les questions personnelles.

- Bon, assez parlé de moi, tranche-t-elle avec assurance. Raconte-moi tout, Loïc, de A à Z.

- Qu’est-ce que tu veux savoir ?

- Tout ! Le moindre détail m’intéresse. Luiz, la campagne, l’élection, l’investiture, la tournée diplomatique, la vie au palais, le nombre de tes gardes du corps, la couleur du siège des toilettes... Ne m’épargne rien ! Mais je voudrais surtout savoir deux choses, en fait... De un, qu’est-ce que ça fait d’être le premier « first gentleman » français du plus grand pays d’Amérique latine. Et de deux, peut-être plus important encore, qu’est-ce que ça fait d’être aussi vieux ?

- Tu as le même âge que moi, je te rappelle... grommelé-je.

- Oui mais moi les années n’ont aucune prise sur moi, rétorque Maria d’un ton amusé. Mieux encore, je rajeunis à vue d’œil. Regarde-moi !

- C’est vrai que tu as plutôt bonne mine, malgré l’hiver... Quel est donc ton secret ?

- L’amour...

Interloqué, je marque un temps d’arrêt. S’il y a bien une chose à laquelle Maria m’a habitué, c’est aux échecs amoureux. Depuis quasiment dix ans que nous nous connaissons, la pauvre a enchainé les coups de malchance, ne tombant que sur des hommes qui, sans doute intimidé par l’intelligence et la personnalité explosive de la belle espagnole, sont tous sortis de sa vie plus vite qu’il n’y étaient entrés.

- Pardon ? finis-je par dire, toujours sous le coup de la surprise.

- Je crois que je suis en train de tomber amoureuse, Loïc... Je ne t’en ai pas encore parlé, car je voulais attendre d’être sûre de moi, et surtout, je voulais te faire la surprise. Mais j’ai rencontré quelqu’un, et, cette fois-ci, je crois que c’est du sérieux...

- Trois mots : qui, quand, et comment ?

- Il s’appelle Javier, il est écrivain – et je te vois venir, non, ce n’est pas un faux écrivain qui fait semblant d’écrire le même roman autobiographique depuis quinze ans, c’est un vrai, qui écrit des livres que les éditeurs publient et que les gens achètent. Et je l’ai rencontré...

Maria marque une courte pause, rougissant légèrement, visiblement un peu gênée par les circonstances de sa rencontre avec Javier. Qu’elle ne s’inquiète pas, il en faut beaucoup pour me choquer !

- Bon, je pourrais inventer une histoire super romantique. Du genre où on se croise dans la rue, en plein centre de Madrid, sous une pluie torrentielle. Il me donne son numéro. Je le perds, puis je retrouve par miracle deux mois plus tard, et, quand je l’appelle, il ne m’a pas oublié – ou mieux, il m’a attendu pendant tout ce temps. Et il me demande en mariage sur le palier de son appartement après notre troisième rendez-vous. Puis on s’embrasse sous une boule de gui en fêtant Noël chez ses parents, où je lui annonce enfin que je suis enceinte de jumeaux... Enfin bref, je m’égare. Ce n’est rien de tout ça. Déjà, il n’a pas plu à Madrid depuis six mois... Ce qui commence à devenir un problème, d’ailleurs, on en reparlera, toi et moi ! Mais non, l’essentiel, c’est qu’on s’est juste rencontrés sur Forever.

- C’est quoi ça, encore ?

- Loïc... Tu es d’un ennui monstre, depuis que tu es en couple ! Fais-moi promettre de ne jamais devenir comme toi... C’est comme le bon vieux Tinder, mais pour ceux qui recherchent quelque chose de plus durable qu’un coup d’un soir.

- Un Tinder pour les vieux, quoi.

- Mais pas du... Ouais, enfin, peut-être... Et peu importe, au fond ! Ce qui compte, c’est que ça marche, et que je ne suis plus ta Bridget Jones attitrée : j’entame la seconde moitié de ma trentaine avec un homme dans ma vie !

*

L’hôtel où nous séjournons est situé sur l’avenue qui borde la célèbre plage de Copacabana. Non loin de là où Luiz avait donné son ultime meeting, lors de la campagne électorale. Entre autre... Le lieu est impressionnant. Le décor a le cachet rétro des établissements de luxe des années soixante. Et, contrairement à la plupart des hôtels du front de mer, souvent repris par de grandes chaînes de l’hôtellerie internationale, le Boa Vista n’a pas subi de remise au goût du jour depuis plus de trente ans, ce qui lui donne un charme fou, pour les amateurs du genre. J’en suis. Maria, un peu moins, à en juger par la grimace qu’elle tire en découvrant la salle de bain de notre chambre – entièrement recouverte d’une faïence vert émeraude à motif floraux, pour un effet « voyage dans le temps » garanti. La vue, en revanche, met tout le monde d’accord. Les grandes fenêtres offrent en effet un panorama imprenable sur la baie de Rio. Le garde du corps, qui occupe la chambre attenante à celle que Maria et moi partageons, semble lui aussi ravi de pouvoir passer quelques jours face à l’océan, plutôt que dans l’enfer caniculaire de la capitale brésilienne.

Une fois nos valises défaites, et nos tenues de voyage troquées pour un accoutrement décontracté, plus adapté au style de vie local, nous quittons le Boa Vista pour nous aventurer dans la jungle urbaine de la Rio. J’y retrouve le paysage vertical, haut en couleur, que j’ai connu à São Paulo, où les édifices légèrement décatis se mêlent à une nature luxuriante, avec en prime une ambiance festive et balnéaire qui fait cruellement défaut à la plus grande métropole du Brésil, plus guindée et conservatrice que sa rivale carioca*. Et puis, il y a la baie. La baie de Rio, dont la beauté presque surnaturelle, indéniablement à la hauteur de sa réputation, fait vite oublier le tumulte de la vie urbaine et son concert de klaxons, de cris d’enfants et de musique latine que crachotent les enceintes portables, accessoire indispensable de la jeunesse locale. Une vision captivante qui transforme chaque point de vue en cliché paradisiaque, où se marient ciel bleu, eau argentée et montagnes verdoyantes, le tout plongé dans un légère brume de chaleur qui gomme les lignes de séparation entre les éléments. En un mot : merveilleux.

Maria est tout aussi emballée que moi. Comme lors de nos précédents voyages, elle me demande de la prendre en photo à chaque coin de rue. Elle n’a pas changé. Et n’a pas grandi, non plus. La femme aux valeurs intègres, au caractère bien trempé et à la détermination de fer, qui n’a pas peur d’affronter les majors de l’industrie pétrolière dans les tribunaux du monde entier, se transforme inlassablement en post-adolescente narcissique, complètement absorbée par le besoin vital de partager une vision idéalisée de ses vacances sur les réseaux sociaux, dès que les circonstances le permettent. Ne prenez pas ça comme une critique – surtout pas. Ça me fait plutôt sourire, au fond. Et j’accepte de me plier aux volontés de la belle espagnole, redoublant d’efforts pour prendre les meilleurs clichés de mon amie dégustant une glace les cheveux aux vents avec le Pain de Sucre en arrière-plan, ou négociant le prix des tongs à un vendeur de plage d’Ipanema. Comme vous pouvez le constater, nous ne sommes pas forcément venus chercher l’authenticité... Mais je ne suis pas mécontent de retrouver Maria telle qu’elle a toujours été. Bourrée de qualités, et non exempte de quelques petits défauts qui la rendent si attachante. Et inimitable. Au final, il y a assez peu de constantes dans ma vie, depuis quelques années, et Maria en est une.

La journée se déroule comme dans un rêve. Toutefois, dans les rues paisibles et arborées d’un quartier huppé, notre promenade est quelque peu gâchée par une ribambelle de banderoles accrochés aux fenêtres des immeubles cossus :

« La redistribution, c’est le vol. Vos impôts, c’est mon argent. Luiz, rends ce que tu dérobes au peuple brésilien ».

« La prospérité du Brésil en dépend : dîtes non au moratoire da Silva sur l’exploitation forestière ».

« La patrie ou la mort. Dehors le traître du Planalto ».

Apparemment, Luiz ne fait pas l’unanimité chez les classes les plus aisés du pays... Ce qui n’est pas vraiment étonnant, vu que la fortune des riches brésiliens repose principalement sur l’exploitation à outrance des ressources naturelles du pays. L’agenda vert de mon président de petit-ami n’est donc pas fait pour leur plaire. Plus inquiétants, peut-être, sont ces mots inscrits à la peinture rouge sur une énorme pancarte accrochée sur le parvis d’un église évangéliste :

« Da Silva ne se contente pas de vivre dans la péché : il veut l’imposer à tout le Brésil. Halte à l’attaque contre la famille brésilienne. Da Silva démission ».

C’est une citation mot-pour-mot du discours au vitriol prononcé par le président argentin lors de notre voyage officiel. On dirait bien que, contrairement à ce qu’espérait Emerson, le triomphe de Paris n’a pas effacé le camouflet de Buenos Aires... Je m’efforce de ne pas trop y penser... Il y aura toujours des riches récalcitrants, et des fanatiques religieux. Inutile d’essayer de les convaincre, et encore moins de se laisser abattre par le poison sournois de leur idéologie réactionnaire.

Une fois le soir venu, Maria et moi allons prendre un verre sur la terrasse d’un bar branché du front de mer. Nous commandons un gin tonic chacun, en souvenir du bon vieux temps. La boisson est un peu passée de mode, désormais, et le serveur, une jeune homme d’une vingtaine d’années à peine, nous jette un regard narquois. Hormis cet employé plutôt désagréable, le cadre est idyllique. La brise océane caresse ma peau et l’apaise, après les assauts du soleil de la journée. Maria rit aux éclats en me racontant ses déboires lors d’un procès contre un géant minier australien, qu’elle a perdu pour un vice de procédure. Les subtilités de l’humour juridique m’échappent parfois, pour ne pas dire souvent, mais je ris de bon cœur, par mimétisme, et trop heureux de voir Maria si épanouie dans son travail. Je commence enfin à me détendre vraiment, et à me sentir en vacances, quand soudain, mon téléphone vibre. C’est une notification OneFeed. Un message de « Tim ». Timothée.

« Bonsoir Loïc, j’espère que vous allez bien. Je me permets de vous écrire pour vous demander si vous avez eu le temps d’évoquer notre projet de réserve naturelle à la frontière guyanaise avec le président da Silva. Sachez que je me tiens à votre entière disposition si vous avez besoin d’en discuter en privé avant de sauter le pas. J’ai cru comprendre, à l’issue de nos longs échanges parisiens, que vous pourriez vous laisser convaincre... Bien à vous, Timothée. »

L’allusion à peine voilée à notre écart dans le parc de l’Elysée me glace littéralement le sang. Maudits français... Ne vont-ils jamais me laisser tranquille ?

*

Quelques minutes plus tard, alors que je rumine toujours ma rage suite au message de Timothée, Maria commence à remarquer mon changement d’attitude. Inquiète, la belle espagnole me demande d’une voix douce :

- Tout va bien, Loïc ? Tu n’as pas l’air dans ton assiette, depuis tout à l’heure...

- Mouais... réponds-je, l’air sombre. Dis, Maria, je peux te confier un secret ?

- Tu parles à une avocate, là. S’il y a bien un chose que je sais faire, c’est garder un secret. Je fais ça à longueur de journée. Imagine juste que tu es mon client, ok ?

- Bien. J’espère que tu fais un peu de droit pénal international, alors...

- Loïc, qu’est-ce que tu as fait ? s’inquiète alors Maria, le visage décomposé, avant de poursuivre à voix basse : tu as blanchi de l’argent ou tu as tué quelqu’un ?

- Ni l’un, ni l’autre, je te rassure. Pour l’instant, je n’ai commis aucun crime, pas que je sache, en tout cas. Mais j’ignore si je vais tenir longtemps comme ça...

- Je t’écoute, dit Maria d’un ton posé, pas franchement rassurée par ma réponse.

- D’accord, mais tu n’as pas le droit de me juger.

- Une avocate ne juge jamais, ça, c’est le travail du juge. Moi, j’écoute, je note et je conseille. Pas plus, pas moins.

- Bon, ça va alors. Je commence par le début alors...

Je me lance. Et, aidé par le gin tonic, je lui déballe l’histoire qui me poursuit depuis mon passage éclair à l’Elysée. Sans filtre, sans chercher à exonérer ma responsabilité, ni à omettre les raisons qui m’ont poussé à commettre l’irréparable. Je lui explique la pression des enjeux diplomatiques liés au voyage à Paris. Le sentiment d‘avoir été délaissé par Luiz. L’approche réussie du jeune Timothée, séduisant et empathique, et tout ce qui s’en suit. La protection des crevettes. La réserve de biosphère. Le chantage affectif de mon amant d’un soir, et, à travers ce dernier, celui plus insidieux et totalement dénué d’affect, de la DGSE. A mesure que je déroule mon récit, le visage de Maria se durcit. Comme si elle encaissait chaque détail supplémentaire comme un nouveau clou enfoncé dans le cercueil de ma réputation. Quand je termine enfin, après lui avoir tout raconté, sans exception, Maria semble soulagée de voir la liste des chefs d’accusation en rester là. Elle reste silencieuse un instant, avec l’air de se creuser les méninges. Puis, après une bonne minute sans dire un mot, Maria ouvre enfin la bouche :

- Je vois...

- C’est tout ?

- Je réfléchis, laisse-moi une seconde... Oh et puis zut, puisque tu es si impatient, je vais te livrer mon analyse en direct. Déjà, du point de vue légal, tu n’as rien fait de mal. Même si tu prends le risque de faire passer le message à Luiz, comme on te le demande, c’est lui qui prend la décision, pas toi. Donc il n’y a pas de trahison, pas de trafic d’influence, rien de tout ça. D’après la loi, c’est même toi la victime, dans l’histoire. Harcèlement, intimidation... On peut facilement trouver un angle d’attaque. Mais j’imagine que ce n’est pas ça que tu me demandes, je me trompe ?

- Non, en effet, réponds-je. L’idée, ce n’est pas d’attaquer la France pour espionnage, je ne pense pas que les choses tourneraient en ma faveur, vu que je n’ai pas hésité deux fois avant de... Bref... Le dilemme est le suivant : soit je fais ce qu’ils me demandent, au risque de fournir un argument de plus à ceux qui veulent bouter Luiz hors de la présidence, soit je refuse et je me tais à jamais, au risque de subir la vengeance de la France. Je ne sais juste pas quelle option choisir...

- Pas évident...

- Tu l’as dit...

Maria prend de nouveau le temps de sonder les profondeurs de son esprit brillant. Puis, une fois qu’elle s’est fait son idée sur la question, elle m’expose sa proposition d’un voix claire, avec toute l’assurance d’une professionnelle :

- Ecoute, moi je pense que tu devrais en parler à Luiz. Tu lui explique tout. Sans omettre le moindre détail. J’imagine que l’incident du parc de l’Elysée ne posera pas de problème majeur à ton mec – je te connais, Loïc, tu n’es pas du genre à t’enfermer dans une relation exclusive...

- Non, tu as raison.

- Dans ce cas, le pire qui puisse arriver, c’est que Luiz te dise simplement que c’est une mauvaise idée, et que jamais il ne protégera les crevettes de Guyane. Mais j’en doute, le connaissant... Le plus probable, c’est qu’il te pardonne, et qu’il joue le jeu des français, tout en leur faisant comprendre qu’il n’est pas dupe, ce qui lui permettrait de demander subtilement quelque chose en retour. Un échange de faveurs, en quelque sorte...

- Comme quoi ?

- Je ne sais pas moi, rétorque Maria en balayant ma remarque d’un geste agacé, comme si c’était la dernière des priorités. Des concessions économiques. Un accord commercial. Un contrat d’armement. Je suis sûr que les conseillers de Luiz sauront trouver quelque chose...

- Et si, une fois qu’on joue le jeu une première fois, ils continuent à en demander toujours plus ?

- Tu pourrais toujours révéler le scandale et dénoncer les bassesses diplomatiques de la France. Ça voudrait dire admettre que tu as couché avec leur mouchard, par contre... Tu tiens à ta réputation ?

- Pas vraiment... avoué-je. Mes parents sont à la retraite, ils regardent de plus en plus la télé mais voient de moins en moins de monde, donc, quelque part ça renforce mon exposition médiatique mais ça circonscrit le problème à un noyau de personnes assez restreint...

- Dans ce cas, je crois que tu sais ce qu’il te reste à faire, termine Maria d’un ton satisfait. Et hop, voilà un problème de réglé ! Les crevettes de Guyane te remercieront...

*

Après des adieux déchirants à l’aéroport, Maria s’en est retournée en Espagne, et moi à Brasilia. Avec un pincement au cœur de quitter mon amie si tôt – nous n’avons eu que cinq jours pour profiter de la douceur de vivre carioca. L’interminable trajet en voiture entre Rio et la capitale fédérale a été épuisant, mais m’a largement laissé le temps d’être en paix avec moi-même, et avec l’idée de dire la vérité à Luiz. Quand on me dépose au palais, tard dans la soirée, je demande au personnel si le président est bien rentré du Planalto. On m’assure que oui : « il est dans son bureau ». C’est donc d’un pas décidé que je me dirige vers les appartements présidentiels, pour y retrouver mon bien-aimé et enfin soulager ma conscience.

La porte du bureau est entrouverte. Une faible lumière s’en échappe, celle d’une lampe de table, légèrement tamisée. Je m’approche lentement. Pas un bruit. Luiz n’est pas au téléphone, ni entouré de son habituel armée de conseillers. « Bonne nouvelle », pensé-je, « la voie est libre pour ma confession ». Pourtant, quand j’arrive enfin sur le pas de la porte, je distingue des sons étranges. Imperceptibles. Des craquements de parquet. Un souffle saccadé. Ou deux, peut-être ? De petits cris étouffés, accompagnés de gémissements discrets. Il n’y a pas de doute possible sur l’origine de ces derniers, c’est bien Luiz. Je ne m’y tromperais pas. Frappé de stupeur, j’hésite un instant à m’approcher plus, puis, piqué par la curiosité, décide de jeter un coup d’œil dans l’entrebâillement de la porte. Et reste bouche bée devant la scène qui se déroule dans le bureau présidentiel.

Luiz est affalé à plat ventre contre le bureau. La tenue débraillée, et la crinière brune en désordre. Le pantalon aux chevilles. Le visage marqué par une expression de plaisir absolu, que j’ai rarement la chance de voir. Derrière lui, Emerson se tient tout droit, la chemise largement ouverte sur son large torse imberbe. La poitrine superbement sculptée, les lignes tracées par ses muscles saillants apparaissant encore plus nettement dans le contre-jour et les reflets de la lumière de la lampe de bureau sur sa peau brune et luisante de sueur. Lui aussi à le pantalon baissé, découvrant de larges cuisses, épaisses et fermes, comme coulées dans le bronze. Et, sur sa figure, un masque qui ne peut traduire que l’extase la plus pure. Bien que l’angle depuis lequel j’observe la scène ne me permette pas d’obtenir une confirmation visuelle, il n’y a aucun doute sur le fait que tout ou partie du gigantesque pénis du conseiller principal est actuellement inséré dans le derrière de mon bien-aimé. Qui a l’air de sacrément apprécier, d’ailleurs.

Je ne crois pas l’avoir vu prendre son pied de la sorte, pas avec moi, en tout cas. Il y avait peut-être un peu de cette flamme qui brûle dans son regard ambré lorsque lui et moi avions partagé un moment aussi torride qu’inattendu avec Tobias, le photographe de Vanity Fair, mais Luiz n’avait alors pas pu aller au bout de son fantasme. Là, il semble être on ne peut plus comblé. Mon beau brésilien souffle comme un buffle à mesure qu’Emerson imprime ses saillies énergiques sur le derrière de son président, avec application et dévouement, à en juger par la concentration que l’on peut lire sur son visage aux traits virils. Les lunettes sans monture du conseiller glissent sur l’arrête de son nez, sous l’effet conjoint de la transpiration et du rapide mouvement de balancier qui anime son corps puissant, sans qu’il ne prenne la peine de s’en débarrasser. Son front est trempé de sueur, ce qui semble indiquer que leur étreinte dure depuis un certain temps déjà.

De crainte d’être aperçu par l’un d’entre eux, je fais un pas en arrière. Sans tout à fait parvenir à décrocher mon regard de ce spectacle, certes magnifique, mais aussi à peine croyable. Je suis littéralement frappé de stupeur. S’il y en a bien un que je n’aurais pas soupçonné d’avoir des vues sur Luiz – et encore moins de les mettre à exécution – c’est Emerson ! Lui qui est toujours si loyal, si sérieux, en permanence consumé par son travail, par la mission dont il se sent investi. En même temps, il faut bien avouer que la mission en question consiste principalement à suivre Luiz dans le moindre de ses déplacements et à lui rendre la vie plus facile et agréable. Rôle qu’il semble remplir à merveille, à cet instant précis. Et, alors que je contemple médusé les corps de Luiz et d’Emerson s’entrechoquer dans une cacophonie de gémissements de plus en plus prononcés, je passe en revue quelques épisodes des semaines précédentes, qui auraient peut-être dû me mettre la puce à l’oreille.

Le regard avec lequel Emerson a regardé l’investiture de Luiz, comme s’il en était éperdument amoureux... La gêne éprouvée par ce dernier lors des démonstrations publiques d’affection entre moi et Luiz... Les heures passées en tête-à-tête, tous les deux, soi-disant en réunion, mais sans aucun autre conseiller dans la salle... La manière dont Emerson m’a remplacé, lors de la visite officielle à Paris, paradant au bras de son président alors qu’on m’envoyait visiter un musée d’art primitif... Tout s’explique, à présent. Ils n’en sont sans doute pas à leur première offense. Ils paraissent si bien se connaître, se compléter, et se donner un plaisir mutuel si intense. Ça ne peut pas être leur première expérience en commun.

J’attends encore quelques minutes, que les deux amants terminent leur infâme besogne. Je jette un œil dans l’entrebâillement de la porte, de temps en temps, pour vérifier où ils en sont. Mais à y regarder de plus près, il n’y a pas l’air d’avoir beaucoup de variété dans leurs ébats. Le tout est plutôt mécanique. Et un peu laborieux, aussi. Emerson s’acharne sur le derrière de Luiz, qui gémit ou halète, en fonction de la violence de la saillie. Puis, après de longs efforts, l’un et l’autre finissent par jouir. Je n’ai pas la chance de savoir où et comment, mais j’imagine qu’ils n’ont pas changé de position depuis la dernière fois que je me suis risqué à épier la scène, et qu’Emerson est actuellement en train de se vider dans les entrailles de mon bien-aimé.

Les cliquetis de métal indiquent que Luiz et Emerson sont enfin en train de se rhabiller. Je laisse passer quelques secondes, pour ne pas débarquer en plein milieu d’un baiser post-coït. Malgré tout, quand je me décide enfin à frapper à la porte et à glisser ma tête dans la pièce où règne une odeur de sexe et de transpiration, Luiz et Emerson ne sont pas encore totalement prêts à recevoir de la visite. Luiz a une bonne partie du visage recouverte de ce qui ne peut être que la semaine de son conseiller. Emerson n’a pas encore terminé de boutonner sa chemise.

- Oh, Loïc, tu es déjà rentré ? dit Luiz d’un ton nerveux, s’essuyant brusquement le visage du revers de la main.

- Et oui, me voilà déjà, réponds-je, narquois. Je t’ai manqué, à ce que je vois.

Le visage de Luiz prend une teinte cramoisie. Celui d’Emerson aussi. D’ailleurs, comprenant vite que je n’ai pas le moindre doute sur ce qui vient de se passer entre eux deux, ce dernier choisit sagement de s’éclipser :

- Euh... Je vais vous laisser...

- Oui je crois que c’est mieux, Emerson, rétorqué-je sèchement. Bonne soirée.

Emerson quitte la pièce, le regard fixé sur le sol. Une fois seuls, je plonge le mien dans celui ambré de Luiz, pris de panique. Mais, passé le choc de la découverte de sa liaison avec son conseiller principal, je me radoucis. Je ne suis pas exempt de reproches sur le plan de la fidélité, je ne peux donc pas lui en vouloir. Quelque part, je suis même rassuré. Avoir pris Luiz la main dans le sac me facilite la tâche. J’ai désormais moins de scrupules à passer aux aveux...

*

Le traité franco-brésilien portant sur la création d’une réserve de biosphère transfrontalière entre la France et le Brésil a été signé quelques mois plus tard, lors d’une cérémonie organisée dans la localité amazonienne d’Oiapoque. Luiz et le président français, réunis sous le pavillon monté sur la place du village, décorée pour l’occasion de petits drapeaux bleu-blanc-rouge et vert-et-or, ont ainsi échangé les documents paraphés, puis une chaleureuse poignée de main, le tout sous l’œil attentif d’une délégation diplomatique et de photographes accrédités. En arrière-plan, un poster géant indiquait en lettres vertes et bleues : « le Brésil et la France s’engagent pour la planète ». Le logo de la réserve de biosphère représentait une crevette de Guyane, légèrement stylisée. L’opération de communication était parfaite.

Le président Lepage est ensuite arrivé à Brasilia pour une visite d’Etat mémorable, au cours de laquelle un juteux contrat commercial pour le développement du réseau routier guyanais, accordé à un consortium d’entreprises brésiliennes, a permis à Luiz de sortir renforcé sur le plan intérieur, mettant fin à plusieurs semaines de contestation de part des pêcheurs du nord-est du pays, privés de leur principale source de revenus par la création de la nouvelle réserve de biosphère.

Il semblait alors que tout allait enfin rentrer dans l’ordre, et que nous allions pouvoir envisager le reste du mandat de Luiz avec plus de sérénité. Et suffisamment de marge de manœuvre pour effectuer les réformes nécessaires pour rattraper le retard du pays en matière de politiques environnementales et climatiques. Luiz se montrait également plus proche de moi, plus accessible, plus disponible. Finies les réunions à huis clos avec Emerson, j’étais redevenu le centre de son attention tant convoitée. J’irais même jusqu’à dire que nous coulions des jours heureux entre le palais de l’Aurore et celui du Planalto. Ce qui explique sans doute pourquoi j’ai senti mon sang se glacer, un beau soir de juillet, lorsque, au journal télévisé d’une chaîne privée brésilienne, le premier titre fut le suivant :

« Scandale à la tête de l’Etat. Les mœurs légères du président da Silva et son compagnon, Loïc Pennec, mettent les intérêts brésiliens en danger. D’anciens proches du ‘first gentleman’ et l’entourage du président témoignent. Des révélations exclusives sur le passé sulfureux du chef de l’Etat et du français le plus célèbre du Brésil ».

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Le phare se réveille, le vieil homme avec lui. La lumière du soleil perce froidement les carreaux brisés et balaie son visage. Le bois grince sous les coups du vent et l'air marin s'invite sans politesse dans son intimité. C'est un soupir qui quitte sa machoîre fatiguée. Comme chaque matin, il est encore en vie.
Il se redresse. Il se redresse et prend conscience du jour, ses sens se remettent en route. Sa douleur aussi. C'est le lot de la vieilesse, la lenteur, l'inefficacité, la chute; lui a tout son temps. Ses yeux malades le guident jusqu'à la sortie. Il soulève le loquet, pousse la porte de bois et cueille son premier bol d'air, le plus important, celui qui fait avancer. Il regarde à l'est, vers l'océan, et murmure une prière routinière du fond de sa pensée. Le visage du ciel, rond et chaud, lui rend la révérence.
Il descend les marches, doucement. À mesure que son ami, niché dans les nimbus, s'élève en l'observant, lui, effectue son devoir. D'un bout à l'autre de la côte, de falaise en falaise, il scrute le sable, l'écume, la mer. Que l'océan va-t-il aujourd'hui apporter, et pour qui ? Une montre, un bâton, un coffre, une bouteille. Il ouvre bien cette dernière et s'enquiert de son message, mais les mots, quoique brouillés par la vieillesse, attestent qu'ils ne lui sont pas destinés. Alors il la dépose soigneusement, à l'exact endroit où elle était, et poursuit. Il laisse faire l'océan.
Sa chaise, presque fossilisée dans le sable, l'attend au milieu de la plage, non loin du point limite de la marée haute. Il s'assied et regarde droit devant lui, patiemment, scrupuleusement, comme un enfant, un écolier. Il attend le cadeau de la mer, il attend, il attend.
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« C’est toi, tu es là.
— Comme promis.
— Et alors ?
— Et alors quoi ?
— Rien.
— Rien, alors.
Le silence s’immisce quelques instants dans la conversation, avant qu’il ne poursuive :
Ça t’a plu, au moins ?
— Je ne sais pas.
— C’est comment ?
— Charmant.
— La nuit arrive, tu souhaites que je reste ?
— Tu peux t’en aller.
— Alors je m’en vais. Tu sais que je t’aime.
— Tu m’aimais.
— Je t’aimerai.
— Fort bien. Alors au revoir.
— Au revoir »
Et au son des rouleaux qui s'écrasent, parchemins pleins de mots et d'histoires de la mer, le vieil homme s'endort quand entre la nuit.

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