4 - L'opinion

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Mes yeux se figèrent dans le vide. Que devais-je faire ? Que devais-je dire ? Devais-je poser des questions et me trahir ? Que se passerait-il si on découvrait que je n'étais pas leur reine ? J'étais sans conteste dans un château du Moyen-Âge. Me prendrait-on pour une sorcière, me brûlerait-on ?

— Qu'est-ce que pensent les gens ?

Voilà. Une question vague mais qui pouvait peut-être m'apporter plein d'enseignement. En tout cas, je voyais mal comment me trahir. La servante eut un instant de silence et prit une profonde inspiration avant de répondre.

— Les avis sont partagés.

J'attendis la suite mais elle ne vint pas. Je haussais les sourcils de surprise et d'attente et la regardait.

— Continue, je ne vais pas te manger. Dis-moi la vérité.

— Certains pensent que vous êtes aussi émotive que d'habitude et que vous avez juste fait un vilain cauchemar. Et que, mmmh, je cite, vous « piquez encore une crise ».

Ça commençait bien. Mon corps et la personne qui l'habitait était plutôt caractérielle. Je voulus tester davantage.

— Ces commentaires me paraissent plutôt gentils, non ? Je suis sûre que pire a été dit.

— Oh là, oui ! s'exclama la servante en levant les yeux au ciel. Le comte de Foubert vous a encore traité de « foutue femelle », la comtesse de Pellesi a dit que vous seriez mieux à votre place en tant que fille de ferme à garder les cochons et j'en passe. Le pire, comme d'habitude, reste le prince de Boulain. Il voudrait profiter de l'occasion pour vous discréditer et vous écarter.

Son expression était anxieuse. Elle devait s'attendre à gérer un déluge de rage ou d'hystérie. Moi, je notais juste que j'avais déjà

— Et les autres ?

— Ils disent que c'est un signe que vous ayez aperçu notre déesse Marianne. Plus encore que vous lui ayez parlé et qu'elle vous ait accompagnée dans votre rêve.

— Beaucoup en doutent ?

— Ils attendent l'avis de l'archevêque, demain, pour oser croire que vous avez été bénie.

— L'archevêque, demain ?

— Oui, je devais vous en parler. Il vient pour juger si vos propos doivent être crus ou non.

— Il me taxera d'hérésie et d'excommunication s'il ne me croit pas ?

Je jouais avec le feu. L'archevêque était nul doute une référence à la religion catholique même si le dieu en question se nommait Marianne. Marianne… Mon cœur se serra et mes yeux se mouillèrent à nouveau. Un sanglot silencieux souleva ma poitrine. Je secouai mentalement la tête. Ce n'était pas le moment.

— Cet archevêque, il m'est favorable ?

— Non, il vous déteste. C'était son supérieur qui vous appréciait. Vous ne vous souvenez pas ?

— J'ai pris un rude coup sur la tête. Je ne me souviens pas de grand-chose, disais-je distraitement, l'esprit préoccupé par la question que je posais ensuite. Et si jamais il ne me croit pas, ou il décide de ne pas me croire, que va-t-il se passer ?

— Vous êtes la reine, il ne pourra pas vous faire grand-chose.

— Si c'était le cas, il ne prendrait pas la peine de venir.

— Vous pourriez avoir à faire une pénitence.

— C'est grave ?

— Cela va du jeûne au départ dans un couvent en passant par d'autres châtiments variés. Celui-là est imaginatif, je ne saurai dire.

— Et toi ?

— Moi, votre majesté ?

— Oui, toi, qu'en penses-tu ?

— Je pense que vous avez vu notre déesse Marianne, bien sûr.

Mensonge. Elle n'en croyait pas un mot. Elle avait parlé beaucoup trop vite pour être honnête. Pourquoi m'avait-elle menti ? Pourquoi ne me croyait-elle pas ? Enfin, cela, je ne pouvais pas vraiment lui en vouloir ? Je n'avais pas vu la moindre oreille de leur déesse. Elle portait juste le nom de ma fille. Les gens avaient tiré leurs propres conclusions des quelques mots que j'avais lâché dans mon désespoir. Était-ce une chance ou une menace ?

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