22 - Rafaël

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Rafaël

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   Jay m'a fichu la trouille, pour une broutille. Un petit rien du tout, qui m'a serré la gorge et fait quitter l'hôpital en catastrophe. Certes, la situation était compliquée de son côté, mais il aurait largement pu attendre pour agir dans un moment plus opportun. Au lieu de ça, il a foncé dans le tas, et a sollicité mon aide pour maîtriser un molosse de presque deux mètres, un sale type qui tournait à la poudre, la cible d'un dossier mineur.

Sur place, il m'a suffi de l'aider à le contenir pour qu'il lui passe les menottes. Quelle idée vraiment, de le prendre en chasse alors qu'il était au plus haut de son état sous drogue ?

— T'abuses Jay, je marmonne alors qu'il regarde les flics charger le bonhomme dans une voiture.

— Je pensais être plus fort que lui physiquement.

— Un conseil, retourne à la salle et n'utilise plus ce biper pour des trucs pareils.

Notre biper de boulot, connecté aux portables de chaque membre du duo, se charge d'envoyer les coordonnées GPS de celui qui en a besoin. Autant dire qu'à l'hôpital, en recevant celles de Jay, j'ai cru qu'il était mourant, pas qu'il avait besoin d'une paire de bras en plus. Bien sûr, il est un peu amoché avec son œil au beurre noir, et sa lèvre fendue, mais tout de même.

Je lui indique d'un signe que je le laisse gérer la suite des opérations et récupère ma voiture, les épaules légères : rien de grave, Jay va bien.

Le long du trajet, je repense au retour de Samuel demain, croise les doigts pour que tout se passe bien, que son état ne s'aggrave pas, qu'il n'ait plus jamais à recroiser la route de ces chiens de King100. Dans tous les cas, nous prévoyons de partir avec Ariana, et cette fois-ci, c'est décidé, bientôt acté. Une maison dans l'état de New York, le plus loin d'ici possible. Je compte pour l'occasion, rendre mon badge et rendre mon arme de service. Il faut nous mettre à l'abri, loin de la violence, arrêter de jouer avec le feu.

Samuel à l'hôpital m'a retourné le ventre. Ce sera la dernière fois.

Lorsque j'arrive dans notre rue, je remarque immédiatement ma petite amie en train de boire un verre sous son porche, les yeux perdus dans la contemplation de ce joli ciel coloré. Des nuances de rose, d'orange se réfléchissent sur son visage serein.

Une semaine que je vis à son rythme, à celui des jumeaux, et de cette crainte qui leur serre le ventre. Ils m'ont ému le week-end dernier, à pleurer autant voir plus que nous, à l'entente de la nouvelle. Danny m'a supplié d'aller voir Samuel, tandis que Mikky s'est empressé de lui dessiner une carte de bon rétablissement saturée de paillettes. Samuel était ravi de les voir lundi soir.

Ma petite amie me fait un grand signe de la main, et vient me rejoindre, avant de hausser un sourcil intrigué.

— Dam est pas avec toi ?

À mon tour de la fixer, étonné. Cela fait bien trente minutes que j'ai laissé Damian au lycée.

— Il... est pas là ?

— Il était avec toi sous preuve du contraire.

Son ton sonne sec, mais je devine qu'elle est plus inquiète qu'en colère en cet instant.

Rapidement, je sors de la voiture et en fais le tour pour la rejoindre. Hallucinée, elle me fixe, muette.

— Raf, il est où là ?

— J'ai eu une merde à gérer avec Jay, je l'ai lâché au lycée il y a trente minutes.

Elle inspire par le nez et ferme les yeux : elle relativise, et j'essaye de faire de même.

— Ok, on va pas se braquer tout de suite. Il doit être chez H, Lu ou Duke ? Je vais les appeler.

— Je vais faire le chemin jusqu'au lycée pour voir si je le trouve.

— Sois pas ridicule, t'espère le trouver assis sur le rebord du trottoir ?

Sa pique ne me fait pas mal. Alors, je lui propose d'aller vérifier chez H, pendant qu'elle appelle Lu, Duke, et d'autres gamins dont je ne retiens pas les noms.

Vivement, elle acquiesce, et retourne chez elle, le téléphone déjà à l'oreille.

Ça pue bon sang. Ça pue vraiment.

Je remonte dans ma voiture, et roule rapidement jusqu'à chez H, que je trouve en pleine préparation d'un barbecue avec une bonne partie de ses hommes. Lu est avec eux, je la remarque immédiatement.

À ma vue, Hugo fronce les sourcils, et fait signe à ses hommes de rester tranquilles avant de me rejoindre. Notre petit accrochage de la semaine dernière n'est visiblement pas encore digéré.

— Qu'est-ce que tu veux ?

Ses mots sont crachés avec colère. Il me toise avec mauvaise humeur, et doit noter mon air plus préoccupé que dédaigneux car en un claquement de doigts, son air s'adoucit un peu.

— Un souci avec Samuel ?

— Non, avec ton frère à toi. Dam est pas avec vous ?

Hugo me fixe un instant, avant de secouer la tête.

Au même moment, un message de Ariana me tétanise.

« Pas chez Duke, ni chez Isak. Je fonce sur les quais pour vérifier son container. Il est pas chez H ? » - Ariana.

« Pas chez ton frère non » - Rafaël.

Elle ne me renvoie rien après ça. Hugo m'interroge à nouveau d'un regard sûrement plus concerné qu'il ne le voudrait, car je note son grincement de dents contrarié.

— Je l'ai posé au lycée il y a quarante minutes, on a perdu sa trace depuis.

Cette fois-ci, Hugo fait un pas en arrière, et se racle la gorge avant de crier sur ses hommes :

— Si quelqu'un sait où est mon frère, c'est maintenant ou jamais ! Qui l'a vu pour la dernière fois ?

Les murmures grondent, les hypothèses se croisent, jusqu'à ce que celui que j'identifie comme Tazer ne lève la main, un sourcil arqué.

— Il est pas avec Don ? Je crois qu'il le cherchait tout à l'heure.

Mon cœur rate un battement. Une vague de froid me remonte le long de la gorge, et un instant, seulement quelques secondes, mon monde tourne, m'aveugle.

Donni, ou plutôt Donovan Ehler, mon suspect numéro un dans l'affaire des enlèvements de l'état de Californie.

Je suis presque certain que Donni est le responsable des enlèvements de jeunes, mais qu'il est surtout, le responsable du meurtre de Lina Cortez.

Je comptais l'arrêter après-demain, lors d'une descente chez lui.

Hugo me dévisage, et pose une main sur mon épaule pour me secouer avec brutalité, sa voix inaudible malgré le mouvement de ses lèvres.

— Mano, que passa ?

— Hugo, faut qu'on trouve Donni, maintenant.

— Pourquoi ? Tazer en sait rien si cet abruti de Don est avec Dam, il...

— Tu vas devoir m'écouter, et ça va peut-être pas te plaire. Mais pour le moment, mets tes gars sur le coup : il faut l'intercepter avant qu'il ne quitte la ville.

— Pourquoi il... ? Et puis, si tu me dis que tu as posé Dam il y a trente minutes au lycée il doit déjà être loin... ?

— Écoute-moi, c'est tout. Je t'en prie. Envoie tes gars sur les routes et passe-moi le numéro de Donni, je vais essayer de le localiser. J'ai... j'ai ce qu'il faut chez moi.

Hugo hésite un dernier instant, avant de se retourner pour se mettre à hurler des ordres en espagnol. Ses hommes s'agitent, se crispent, puis se saisissent de leurs armes pour rejoindre leurs voitures. Lu me rejoint et hausse les sourcils.

— J'ai pas de voiture moi.

— Tu montes avec moi, marmonne H. Rafaël, on s'expliquera tous les deux mais... là, je vais te croire. On prend la sortie sud, deux voitures vont se charger de la nationale, et deux autres de la sortie est. Charge-toi d'essayer de le localiser avec ton matos de la CIA ou je sais pas quoi là, et on se tient au courant ok ? Mais mec...

Il se mord pensivement la lèvre, mais ne termine pas sa phrase. À la place, il me donne un coup amical sur l'épaule, et entraîne Lu à sa suite.

Je hoche la tête, soulagé que Hugo m'écoute, et surtout qu'il me croit.

Rapidement, je remonte à bord de ma voiture, et démarre sur les chapeaux de roue.

Depuis l'arrivée de cette enveloppe chez ma petite amie, je me suis persuadé que la cible, c'était elle. Après tout, elle correspondait plus aux critères qui englobaient les autres victimes : jeune, jolie, proche de la vingtaine, mexicaine d'origine, famille fracturée. Encore une fois, je me suis trompé : la cible, ce n'était pas elle. Tous les stratagèmes que j'ai mis en place depuis la découverte de cette enveloppe n'ont donc servi à rien. J'ai surveillé la mauvaise personne, et ai été trop laxiste avec celui que convoitait véritablement le responsable des enlèvements.

J'aurais dû être plus méfiant.

Mon cœur tambourine dans ma poitrine, tandis que je lance un appel à Ariana, en Bluetooth.

— Il est pas sur les quais, me hurle t-elle dans son micro.

— Ton frère et ses gars partent pour bloquer les sorties de la ville. Rejoins-moi à la maison, on va essayer de le localiser, dépêche-toi.

— Qu'est-ce qui se passe Raf putain ?

Sa voix n'est plus qu'un mélange douloureux d'inquiétude, de colère et de stress.

J'aurais dû tout lui dire. J'aurais dû lui en parler, mais lorsque j'ai mis le doigt sur cette information, j'avais peur qu'elle ne vrille, qu'elle ne reparte trop loin, comme elle a pu le faire lors de sa carrière au sein du gang. Qu'elle aille régler ses comptes avec Donni, de main à main, de corps à corps, qu'elle ne lui fasse payer la perte de Lina.

Je me mords la lèvre, car je sais que ce soir, je risque de perdre et Ariana, et Damian. Dans le premier cas, la perte ne sera que relative, alors que dans le second...

Mon rythme cardiaque est trop rapide, trop puissant. Jay, par le biais d'un certain Lorenzo Piani, a découvert que Donni fréquentait un réseau de blanchisseurs d'argent rodé et sûr. Un groupe de marginaux qui ne se rattache à aucun gang en particulier, mais qui s'occupe de rendre clean, ce qui ne l'est pas à la base.

Nous avons découvert l'existence de ce Lorenzo par le biais d'une carte de visite, négligemment abandonnée sur le bar chez Ariana. Une adresse de pâtisserie figurait sur la carte, je n'ai rien trouvé de suspect, Jay a pris la mouche, et est parti interroger cet homme. En creusant, il a découvert que Donni blanchissait de l'argent auprès de lui, non pas au nom des Cortez, mais au nom des King100, de l'argent sale qui selon Lorenzo, arrivait tout droit du Mexique.

Il faut bloquer sa voiture, bloquer Donni, avant qu'il ne quitte la ville et qu'il ne parte en direction du Mexique. Il ne faut pas perdre sa trace.

Tout n'est pas encore totalement clair, mais Donni, cet homme abject que j'ai vu menacer un gamin de quatorze ans d'une arme dans la bouche, vient peut-être de sceller sa vie en l'enlevant.

— Ariana, rejoins-moi, c'est tout. Je t'expliquerai.

— Dis-moi juste que Dam va bien... ?

— Dépêche-toi.

Je raccroche, et accélère. Ma voiture vrombit, et les phares sur la route, renvoient des flashs lumineux qui me font ressentir la vitesse par le regard.

Appel entrant de Jay, je décroche immédiatement.

— On s'est trompé, je gronde dans ma voiture. Jay on s'est complètement trompé ! C'était pas Ariana la cible, c'était pas elle !

Un silence au bout du fil. Seule la respiration de Jay trahit son état : d'abord calme, elle s'accélère et se saccade.

— … ils ont le gamin ?

— Ouais putain. Fonce trouver Lorenzo, il doit bien avoir un numéro de portable, quelque chose ? On doit localiser ce fils de pute ! Je vais essayer de mon côté, mais pas sûr que ça marche... il doit bien avoir des renseignements qu'on a pas sur d'où vient ce fric non ?

— Raf, reste calme, j'y vais. Tu es où là ?

— Je fonce à la maison, Hugo et les autres sont partis bloquer les sorties. On doit prévenir les flics ?

Mes doigts se crispent sur mon volant, tandis que j'accélère encore un peu.

— Je vais voir Lorenzo et je te rejoins. Pour les flics j'en sais rien. On sera peut-être plus efficaces sans eux pour le moment non ?

— Les fédéraux pourraient monter des barrages ?

— Ou bien nous envoyer chier. Raf, ils vont pas se décarcasser pour un gamin de gang.

Je gronde.

— C'est un gamin justement, ils peuvent pas passer ça sous silence.

— Je fonce voir Lorenzo, et te rejoins après. On va devoir aviser sur ce coup-là.

— On peut pas le laisser emmener Dam, putain Jay. On s'est trompé, on a pas surveillé la bonne personne ! S'il l'a pris, c'est il y a au moins trente minutes, je suis sûr qu'il… qu'il est déjà parti et que...

— Aller, reste calme, on va le choper, j'arrive.

Pour une fois, il se montre le plus calme du binôme. Il raccroche, et je pousse un hurlement dans ma voiture. Mes mains frappent le volant, trois fois.

— Merde, merde, merde !

Si Donni quitte la ville, on ne retrouvera peut-être jamais Damian.

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De la musique au loin. Un tourne disque sans doute. Elle tend l'oreille, essaye de deviner l'artiste joué, du piano, de la musique classique. Elle ferme les yeux et se laisse guider par la mélodie. Bientôt tout son corps s'anime et elle esquisse quelques pas sur son balcon. Entre les géraniums et le basilic. Elle virevolte et ses pieds quittent le sol, elle s'envole. Elle est époustouflante. Et pourtant si fragile. Son corps frêle, caché sous son léger vêtement porte des cicatrices. La vie est dure dirait-on. Mais elle est là, dans son nouveau chez-elle, preuve vivante du renouveau. Elle a repeint la salle de bain en jaune. Pour éclairer la pièce comme un soleil a-t-elle déclaré. Un beau jaune tournesol qui a fait grimacer sa mère. Elle est aussi très fière de son tapis bariolé déniché le matin même dans une brocante. Il se marie parfaitement avec le canapé gris du salon. Parfait pour réchauffer ses pieds l'hiver, à défaut d'avoir une cheminée. Pourtant elle a espéré, dans sa naïveté enfantine, pouvoir trouver un appartement avec un petit poêle. Pour le crépitement du feu. Mais Paris et son petit budget en ont malheureusement décidé autrement. Tant pis, elle s'est promis, qu'un jour elle aurait une piscine et une cheminée. Et une véranda fleurie où elle pourrait s'installer tranquillement pour lire, dans un fauteuil aux gros coussins moelleux. Un hamac au fond du jardin, entre deux grands arbres majestueux. Elle rit. Pour tout et n'importe quoi à la fois. Et quand elle rit tout son visage resplendit. Elle est époustouflante. Elle a toujours attiré les regards. Des hommes célibataires, fiancés ou mariés. Ils l'abordent, la complimentent, cherchent à la charmer par des paroles doucereuses ou des promesses en l'air. Mais, d'un pincement des lèvres, d'un regard hautain ou d'un geste agacé de la main, elle les repousse. Et, déçus, ils s'en vont en conquérir d'autres. Plus abordables et plus sensibles à leurs charmes. Ces femmes, si fiévreuses de plaire et si avides d'attention, qui n'hésitent pas à gratifier leurs prétendants de regards en coin ou de paroles mielleuses.
Elle porte à ses lèvres son verre de cognac et ses bracelets au poignet tintent doucement. Une jeune fille ne doit pas boire d'alcool fort comme ça toute seule. Foutage de gueule. Elle n'a qu'à faire de ces principes de la bonne société. Pourquoi donc ne pourrait-elle pas profiter de ce petit plaisir ? Et puis les règles ne sont-elles pas faites pour être bafouées ? Ses doigts blancs et fins entourent délicatement le verre, ses ongles légèrement vernis sont coupés courts. En un coup d’œil on devine qu’elle n’a jamais vraiment été intéressée par les travaux manuels. Non, la peau de ses mains est beaucoup trop fine, n’a jamais été abimée par la sueur ou la crasse. Elle est plutôt du genre avocate. Ou quelque chose dans les livres peut-être. Elle est réfléchie et mesurée. Mais les yeux pétillants et le regard malicieux. Elle regorge de vitalité, de joie et de volonté.
Bientôt elle soupire. Peut-être est-il temps pour elle de retourner se coucher ? Elle hésite. Son lit l’attend, et, avec lui, ses draps propres aux senteurs de lavande et son bien-aimé. Et puis, le réveil sera difficile si elle tarde trop. Mais elle s’interdit de penser au lendemain, à la sonnerie de son téléphone qui viendra la tirer de sommeil, l’enlever à son repos. Elle s’accorde encore quelques minutes. Juste le temps de mémoriser cet instant. Elle ferme les yeux. Faites que le temps s’arrête, faites que demain n’arrive jamais.
Tout à coup, des bras forts et protecteurs l'encerclent. Un parfum aimé vient chatouiller son nez. Il est là, elle a dû le réveiller. « Pardon, tu dormais. » Il ne relève même pas et continue à la serrer contre lui. Ensemble ils observent la ville endormie. Même le petit couple du 6ème a finalement éteint. Le tourne disque s'est arrêté et le silence s'installe progressivement dans la rue. Le sommeil se fait sentir.
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"Viens mon amour, Rachel, viens te recoucher, il est tard." Chuchote-il. Elle sourit et lui emboite le pas, sa main dans la sienne.
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no97434

- Maman, qui m'a donné mon intelligence?
- Ce doit être ton père parce que moi je l'ai encore.
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