Penny

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Dissimulée sous les frondaisons d'arbres millénaires, Lophalia comptait depuis toujours sur la canopée amazonienne pour se protéger. Malgré les siècles écoulés, la fin de la magie, la souffrance de Terre-Mère, elle n'imaginait pas un seul instant les hommes stupides, au point de détruire jusqu'au dernier arbre de son refuge. Pourtant, c'est ce qu'il se passait.

Les flammes dévoraient le poumon de la planète, engloutissaient l'essence même de la vie. L'espèce humaine, au lieu de s'unir pour sauver ce bien commun, discutait, se déchirait, se disputait les ultimes lambeaux de ce trésor verdoyant.

Que restait-il à Lophalia pour parvenir à sauver sa vie ? Peu de choses, pourtant un espoir demeurait. Il était mince, certes, mais existait. Il suffisait qu'un être humain, un seul, croit suffisamment en la magie. Alors, il entendrait son appel, viendrait à elle, et pourrait la conduire jusqu'à la porte, l'issue qui s'ouvrait sur l'univers, où les autres créatures fabuleuses se réfugiaient depuis si longtemps.

Lophalia rassembla ce qui lui restait de force spirituelle. Elle appela à l'aide...

Saint-Étienne - France - 1ᵉʳ juillet

Patricia Martin, (Pat pour les intimes), de taille moyenne, un peu ronde, le cheveu châtain et raide et le regard marron, entassait entre autres, dans sa valise, jupes, chemisiers, ainsi qu'un ou deux pulls. En même temps, elle énumérait des directives à sa fille.

— Tu n'oublieras pas, en partant de poser la clef de la boîte à lettres chez Madame Haddad. Elle a accepté très gentiment de récupérer notre courrier. Oh... N'oublie pas le chat...

Elle se redressa et fixa Penny, qui, adossée au mur de sa chambre, arborait une mine boudeuse. Ce qui n'enlevait rien à son charme, bien au contraire. Il s'agissait d'une belle et longiligne adolescente. L'ovale de son visage tout en délicatesse était serti d'yeux sombres et pétillants. Ses cheveux bruns légèrement ondulés, retombaient sur ses épaules bronzés.

"Elle est si mince. beaucoup trop !" pensait souvent sa mère. La jeune fille, à seize ans, était dans une phase dite : "Non, mais regardez-moi, je suis grosse, je suis laide et j'ai des bourrelets partout !" De ce fait, elle picorait à chaque repas, dédaignait la viande, n'acceptait de manger que des légumes à l'eau, et se passait de petit déjeuner le matin.

Cela inquiétait beaucoup Patricia. Une fois encore, elle pensa que ce séminaire pour sa boîte, tombait mal.

— Voyons, ne fais pas cette tête. Ce n'est que pour trois semaines, ensuite je te rejoins chez grand-mère à Allègre.

— Pourquoi je ne peux pas t'accompagner déjà ?

— Penny ! Je ne vais pas à Cannes pour m'amuser, c'est pour le travail...

— Il n'empêche que tu seras au bord de la mer, au soleil, les doigts de pieds en éventail sur la plage...

— Ça m'étonnerait que nous en ayons le temps. Je t'assure, tu vas beaucoup plus te distraire que moi, chez grand-mère.

— C'est ça, Allègre, c'est le trou du cul du monde. Il n'y a rien à faire là-bas.

— Hé ! Jeune fille, modérez votre langage !

Penny haussa les épaules et détourna la tête. Sa mère referma sa valise.

— Tes bagages sont faits ? demanda-t-elle ensuite.

De mauvaise grâce, elle hocha la tête.

— Bien, trouve Noisette et mets-la dans sa boîte.

En même temps, elle regarda sa montre.

— Je dois me dépêcher sinon je vais rater mon train.

— Lionnel ne vient pas te chercher ? s'étonna Penny.

— On se retrouve tous à la gare, de plus...

Le carillon de la porte qui sonnait l'interrompit.

— Ah ! Ça doit être grand-mère, dépêche-toi de récupérer Noisette.

Penny acquiesça silencieusement et abandonna la pièce. Patricia fit de même.

Sur le seuil, une femme aux cheveux poivre et sel, au visage rond et à la mine rubiconde attendait. Elles se saluèrent, s'embrassèrent, ensuite Patricia demanda à sa mère :

— Pas trop de circulation sur la route ?

— Non, j'ai perdu plus de temps à me garer en ville. En définitive, j'ai choisi le parking de Jean Jaurès, c'est un peu cher, mais juste à côté.

La vieille dame sourit.

— Où est ma petite Penny ?

— Elle cherche le chat, pour la trouver, suis les nuages noirs... Je dois vraiment y aller...

Penny arriva dans le petit hall. Elle tenait Noisette dans ses bras. Une petite minette écaille de tortue au poil parsemé de taches claires. La jeune fille salua sa grand-mère.

— Bonjour, Mamie.

— Comment vas-tu ?

L'aïeule étreignit sa petite fille, avant de gratifier Noisette d'une brève caresse et de fixer Patricia qui endossait une veste légère. La femme ne s'attarda pas, quelques minutes plus tard, elle embrassait sa fille et Odette et quittait l'appartement en trainant derrière elle sa valise à roulettes. La grand-mère regarda Penny.

— Tes bagages sont prêts ?

— Oui, je n'ai plus qu'à glisser Noisette dans sa caisse de transport.

— Bien, je vais t'aider.

Toutes deux gagnèrent la cuisine...

Quelque part en Amazonie

Lophalia accrocha un esprit. Il l'interpella immédiatement. Elle accrocha à cette âme un mince, mais réel cordon mental. L'image d'une jeune fille s'imposa à elle. Mince, presque trop, la peau cuivrée, les yeux noirs flamboyants, l'esprit encore sensible au merveilleux. La licorne se dit : "C'est elle que je cherche."

Elle parla à son âme et reçut en retour une réponse, un prénom en fait. Lophalia, ravie, le trouva doux. Elle répondit : "Bonjour Penny."

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