CHAPITRE IX : La traque (1/2)

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Le groupe regardait Balgruf pleurer. Son frère mit sa main sur son épaule et le réconforta. Girin s’adressa à Nalir :

— Tu… Tu m’expliques ?

— Notre village s’est fait attaquer par un groupe d’orc. Ils ont tout dévasté et nous ont poursuivi ensuite pendant plusieurs kilomètres. Mon père nous a demandé d’aller à Brume pour demander de l’aide au Haut-Roi pendant qu’ils essaient de nous faire gagner du temps, mais il n’a rien fait. Il a perdu son fils unique à cause d’une maladie et s’est refermé sur lui-même. Il n’a rien voulu savoir. On est parti pour essayer de retrouver nos parents et ceux du village, mais on est tombé sur les orcs qui nous ont attaqués. Il nous est arrivé pas mal de merde ensuite et Balgruf et Elnir se sont fait capturer. On a réussi à sauver Balgruf, mais… Elnir s’est fait tuer. Depuis, on cherche celui qui a fait ça. D’après des infos qu’on a eues, il se trouve par ici, mais on n’a rien trouvé.

— Il s’appelle comment ? demanda Bohord.

— Zargar. Il est grand et il a la peau blanche. Il a un frère, Gargaz, qui est monté sur un troll. Ils sont liés directement avec un des disciples d’Asgoth. Mais je n’ai pas son nom.

— On doit aussi trouver Zargar ! s’écria Girin. On peut peut-être vous aider à le retrouver ? ajouta-t-il en se retournant vers les autres.

— Je n’y vois aucuns inconvénient, ça ne nous retardera pas, surtout s’il peut nous donner des infos, affirma Koto.

— Je suis assez d’accord mais pour cela il faut le capturer vivant, continua Aurore.

— Pourquoi le cherchez-vous ? questionna Varnir.

— On cherche l’Amulette du Temps, répondit le nain.

— Quoi ?! Celle que ton père a cherché toutes ces années ?

— Oui. On a décidé de s’allier pour la récupérer.

— Ahah ! Je te reconnais bien là, cousin ! rigola Ysard. Ton père serait fier de toi.

Girin se mit à rougir et baissa la tête. Elàlia prit la parole :

— Donc… On fait équipe ?

— Je n’y vois aucun inconvénients, souria Nalir.

— Bien, c’est décidé ! Nous voilà partenaire ! cria Girin.

Sur ces mots, tous finirent de manger leur sanglier en racontant leurs péripéties. Le lendemain, Bohord se leva en premier, et il partit à la cascade afin de se rafraichir. Alors que l’eau coulait sur son visage, il repensa à la veille, à la cicatrice qu’il avait vue sur Aurore. Il se gratta alors la barbe quand un bruit vint de derrière lui :

— Bonjour… dit Nalir.

— Oh, c’est toi ? Tu es matinal à ce que je vois.

— J’aime bien me lever avant tout le monde, ça me permet de réfléchir dans le calme.

— Oui, je comprends. Moi aussi, ça me plaît bien.

— Dis-moi… Ton nom me rappelle quelqu’un. Et à la vue de ton âge, il ne serait pas impossible que tu sois la personne à laquelle je pense.

— Et à qui penses-tu ? demanda le vieillard.

— À un homme qui a causé beaucoup de tort à mon peuple par le passé. Je ne l’ai jamais rencontré et mes frères n’ont pas dû faire le lien vu qu’aucun n’a réagi… Si tu es cet homme, je me demande bien pourquoi Girin est avec toi.

— J’ai beaucoup voyagé de par le monde, mon garçon. J’ai fait des choses dont je ne suis pas fier. Mais j’en recommencerais d’autres sans hésiter si cela devait se reproduire.

— Alors tu es…

Bohord le regarda silencieusement.

— Marchons, proposa-t-il.

— Bien… répondit Nalir avant de commencer à s’avancer.

— Je suis bien celui que tu crois. Si Girin reste à mes côtés, c’est juste qu’il ne doit pas me connaître. Après tout, je ne suis qu’un homme et il y a bien pire que moi, rigola-t-il.

— Mais ce que vous avez fait…

— Et toi ? N’as-tu fait que le bien autour de toi ? N’as-tu jamais rien fait qui puisse nuire à autrui ?

— Eh bien…

— Je comprends ce que tu veux dire, bien entendu. Mais je protège ceux de ma famille, de mon clan. Du moins, c’est ce que je faisais, il y a bien longtemps. L’homme que tu as connu, dont tu as entendu parler n’existe plus. Il est mort prisonniers dans des geôles il y a des années. Aujourd’hui, je ne suis qu’un simple vagabond à la recherche de… D’une chose qui m’était chère. Je ne l’ai pas retrouvé, donc je veux m’en remettre à cette amulette, c’est la dernière chance qu’il me reste.

— Quelle est cette chose ?

— C’est…

— Chut ! Baisse-toi ! coupa Nalir.

Devant eux, une fumée s’envolait vers le ciel. Un petit camp était installé et des orcsd étaient regroupés autour du feu. L’un mesurait près de deux mètres et avait la peau blanche. Nalir se tourna vers Bohord :

— Tu vois cet orc à peau blanche ? C’est lui ! C’est lui que l’on cherche ! Je n’arrive pas à croire qu’ils étaient si proche de nous tout ce temps ! Nous devrions retourner chercher les autres… Il ne faut pas qu’ils nous voient.

— Retournes-y, je reste ici pour les surveiller, ordonna Bohord.

— Hors de question que je te laisse seul avec eux ! S’ils te repèrent, alors tu ne feras pas long feu...

— Ne t’en fais pas pour moi. Aller, va. S’ils bougent, je marquerai le chemin pour que vous puissiez nous retrouver.

Le nain regarda longuement Bohord avant d’acquiescer. Il retourna en toute hâte chercher le groupe. Le vieil homme écouta la conversation des orcs :

— Quand est-ce que les renforts arrivent ? J’en ai marre d’attendre ! Il n’y a rien de bon à manger par ici ! cria l’un d’eux.

— Moi j’aimerais avoir un gros chevreuil comme celui de l’autre fois ! Ou encore mieux…

— Un humain ! coupa un autre en hurlant. Un humain bien gras !

— Taisez-vous ! Arrêtez de me parler de bouffe, ça me donne faim ! ordonna l’orc blanc.

— Pourquoi est-ce qu’on ne part pas ? On a la clef !

— Parce qu’elle est derrière mon œil imbécile et que l’on ne pourra pas la sortir sans magie à moins de m’enlever l’œil et c’est hors de question ! Le message parlait de renfort qui devrait arriver d’ici peu alors on attend !

Un bruit de pas derrière Bohord le fit dégainer rapidement son arme :

— C’est nous, annonça Elàlia. Désolée de t’avoir fait peur. Les autres nains sont allés de l’autre côté du camp. Ils ont dit qu’on devait attendre leur signal avant d’attaquer.

— D’accord… Quel est le signal ?

— Euh… Girin ? dit-elle en se retournant vers le nain.

— Je ne sais pas… Aurore ? ajouta-t-il en se retournant vers la jeune femme.

— J’en sais rien moi, j’ai pas écouté.

— Et comment on fait du coup ? demanda le vieillard.

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Florian Guerin


Si on lui avait révélé les peines qu’il allait endurer, jamais Owen n’aurait ouvert l’œil. Il faisait frais, en cette fin d’hiver. Le ciel s’était couvert et la pluie nettoyait le sang de la bataille. La guerre avait été perdue par le royaume de Koordie et les envahisseurs devaient déjà arpenter l’intérieur des terres.
Owen avait survécu. Il ne savait pas vraiment comment, mais ses poumons continuaient d’inspirer et d’expirer. En revanche, le reste de son corps hurlait à l’agonie, le suppliant d’en terminer avec ces supplices.
Le chevalier errant remua ses bras et comprit d’où provenait la douleur éminente : son dos. Ces barbares sans honneur l’avaient frappé par derrière, le lacérant de l’omoplate au bassin. Si le coup était venu de l’avant, Owen aurait assisté à l’escapade de ses viscères. Devait-il pour autant se réjouir de la situation ?
Très bien, il allait souffrir. Mais quand bien même, il ne pouvait rester là, avachi dans le sable herbeux et lambiner jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il dressa la nuque, mais des doigts crochus lui arrachèrent une partie du visage. Sans honte, il hurla à faire rougir un porc effrayé.
Les doigts n’étaient en réalité qu’une touffe d’herbe. Une croute épaisse s’était formée par-dessus sa balafre au front et s’était empêtrée dans la végétation éparse. Owen tâta sa blessure. Elle partait de sa tempe droite pour s’achever sur le haut de sa lèvre supérieure. Son œil ? Le chevalier s’alarma en s’apercevant qu’il ne pouvait plus l’ouvrir.
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Il fallait se rendre à l’évidence, son œil était perdu. Que la mort emporte ces chiens de Worgros. Ne se contentant pas de décimer leurs adversaires sur la plage, ces salauds les avaient poursuivis jusqu’au plateau en surplomb. S’ils avaient atteint cette région, alors ils avaient certainement traversé le village d’Owen. Sa femme Marie et sa fille Espérance y logeaient, bien évidemment.
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Il devait se mettre en route mais, avant toute chose, se débarbouiller et apprécier la gravité de l’ensemble de ses blessures. Avec précaution, il descendit dans un vallon peu profond. En s’humectant le visage avec l’eau de la rivière, il réalisa à quel point la soif le tiraillait. Après avoir absorbé d’innombrables gorgées, il se nettoya succinctement le corps.
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Sur le plateau, il avait repéré des reliquats flottants de magie. Owen n’était pas magicien, mais il savait que ces flammèches électriques feraient l’affaire. La remontée du vallon fut plus aisée que la descente. Soit la douleur s’était adoucie, soit ses muscles commençaient à s’accoutumer à leur peine.
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N'hésitez pas à me faire des retours, c'est toujours appréciable ^^

Bonne lecture :)
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Lucie Abatroi
Un texte très personnel sur un sujet peu connu et sûrement encore tabou chez les femmes (même si cela peut également arriver à des hommes), non, je ne parlerais pas de violence, un sujet beaucoup plus personnel, plus intime, mais qui est tout aussi important.
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