CHAPITRE V : L’aigle blanc (2/3)

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Le lendemain

Aux premières lueurs du jour, Aquilius se leva et ordonna le réveil de tous les soldats, y compris du petit groupe. Malgré les réticences d’Elàlia et de Girin pour se lever, ils finirent par le faire lorsque les soldats les jetèrent hors de leurs tentes. Le sénateur fit des signes étranges, comme la veille, afin que ses soldats se mettent en formation pour repartir. Avec une impressionnante diligence, tous les soldats se mirent en position en moins de trente secondes alors qu’ils étaient tous éparpillés. Le groupe les regardait faire, bouche-bée. La journée avançait à grand pas et le soir arriva vite. Les journées de marches étant longues, la ville ne tarda pas à être enfin en vue.

De la colline d’où ils étaient, ils pouvaient apercevoir les impressionnantes murailles qui bordé la ville, ainsi que de vaste champs tout autour. Mais tout était détruit ou à l’abandon. Au milieu des champs, des tours de sièges, des béliers, et des barricades offraient un tableau qui ne laissait que peu de place à l’imagination sur les récents évènements de la ville. Ils commencèrent à descendre et une fois en bas, les engins de sièges semblaient immenses à côté de la troupe. Il y avait encore quelques épées ici et là, ainsi que plusieurs tranchées qui n’étaient pas visible d’en haut. Elàlia demanda à Aquilius :

— C’est quoi tous ces trucs un peu partout ? La ville s’est fait attaquer récemment ?

— Nous étions en guerre contre Yè, il n’y a encore pas si longtemps. Ils nous ont attaqué et ont assiéger la ville durant plusieurs semaines. On a réussi à les repousser avec une armée qui est arrivée en renfort afin de bloquer leur ravitaillement. Ce fut une rude bataille, mais nous avons tenu bon. Leurs pertes étaient si grandes qu’ils ont dû signer un traité de paix... Mais c’était il y a plus d’un mois. Nous avons envoyé plus d’un million de pièces d’or et quelques dizaines de milliers de pièces d’argent pour aider à la reconstruction. Tous ça aurait dû être nettoyer il y a bien longtemps… Si ça se sait, les pillards risquent d’envahir les lieux si ce n’est déjà fait. Il y a quelque chose qui cloche. Si Octacilius est vraiment un…

Il se tourna vers Bohord :

— Il semblerait que nous ayons bien fait de vous suivre…

Bohord acquiesça de la tête. Un long silence suivit ses paroles. Ils arrivèrent enfin aux portes de la ville. Elle faisait plusieurs mètres de haut et deux minotaures étaient gravés dessus. Une fois entrés dans la ville, ils n’en revinrent pas : la ville était complètement à l’abandon. Il y avait bien quelques échoppes ici et là, mais elles étaient entièrement dévastées et désertes. Les maisons tombaient en ruine pour la plupart et les quelques habitations qui tenaient debout semblait avoir été cambriolé depuis bien longtemps. Des gens mendiaient tous les cinquante mètres et les quelques personnes dehors s’enfuyaient en voyant la troupe. Alors que le groupe marchait en direction du palais, ils arrivèrent sur un pont en bois à moitié détruit dont on se demandait encore comment il pouvait tenir debout et le constat était d’autant plus terrible dans la rivière qui traversé en dessous : des poissons morts flottaient un peu partout aux côtés de cadavres d’hommes ou de femmes dont certaines étaient nues, probablement violées avant d’être tué. Elàlia s’adressa à Aquilius :

— Il… Il y a plusieurs cadavres en bas…

— Oui, je viens de les voir… Je ne comprends pas comment la situation peut-être aussi chaotique.

— Vous ne regardez pas ce qu’il se passe dans vos propres cités ? demanda Girin.

— Normalement, chaque dirigeant de cité la gouverne comme bon lui semble, même s’ils doivent rendre des comptes à Imperium. Ils doivent d’assurer du bon fonctionnement et nous doivent ensuite un tribut, plus ou moins important. Lorsque la cité subit une catastrophe, comme le siège qu’il y a eu ici, on leur envoie de l’argent comme je vous l’ai dit… Nous allons devoir tirer tout cela au clair.

Soudain, un cri venant d’une ruelle les alerta. Aurore prit sa dague et courra jusqu’à la source. Elle y trouva une femme, dévêtue ainsi que trois hommes sur le point de la violer.

— Lâchez-là. Dit-elle sur un ton menaçant.

— Et qu’est-ce que tu vas faire, ma petite ? rigola un des hommes.

— Je vais vous…

Une flèche frôla Aurore et atterrit droit dans l’entrejambe de l’homme qui tomba et se tordit de douleur. Aurore se retourna et Bohord lâcha une deuxième flèche qui transperça un second homme. Le troisième, le pantalon baissé, essaya de courir, mais il trébucha et resta à terre lorsqu’Elàlia se posa sur lui et le bloqua. Aurore folle de rage s’écria :

— Bohord ! Vous êtes complètement fou ?! À quelques centimètres près, c’était ma tête que vous touchiez !

— Oh oh oh… rigola le vieil homme, ne vous en faites pas, j’ai encore quelques réflexes, je ne vous aurai pas touché.

— La prochaine fois que vous me faites un coup pareil, je vous découpe en petits morceaux et je vous donne à manger à la gamine !

— Moi ? demanda Elàlia, je suis pourtant plus vieille que toi, Aurore ! dit-elle en souriant.

— Rah, mais faites-la taire ! s’énerva de plus belle Aurore.

Girin arriva en courant, tout rouge et complètement essoufflé :

— Prévenez-moi la prochaine fois que vous décidez de faire un sprint ! Je n’étais pas prêt !

— T’es surtout trop lent, fit remarquer Aurore.

— Je ne cours pas vite parce que je n’ai pas l’habitude de m’enfuir dès que l’on vient de me sauver la vie, moi ! lança-t-il.

Aurore lança un regard noir à Girin, mais avant qu’elle ne puisse ajouter quelque chose, le Aquilius pris la parole :

— Du calme, du calme, on a d’autres choses à faire que de vous entendre vous chamailler. Vous allez bien madame… ?

— Cinna. Mon nom est Cinna. Je vais bien, merci d’être intervenus…

— Il a raison, signala Bohord, on n’a pas le temps de s’engueuler.

Il se tourna ensuite vers la femme, évitant soigneusement le regard noir d’Aurore :

— Que pouvez-vous nous dire sur la ville ? Elle est complètement à l’abandon…

— Oui… Mais… Je ne peux pas trop vous en dire vous savez, je ne sais pas grand-chose…

Bohord remarqua que la femme tenait ses mains jointes et qu’elle fuyait son regard, notamment celui d’Aquilius qu’elle n’avait pas osé regarder, même en lui donnant son nom.

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Florian Guerin


Si on lui avait révélé les peines qu’il allait endurer, jamais Owen n’aurait ouvert l’œil. Il faisait frais, en cette fin d’hiver. Le ciel s’était couvert et la pluie nettoyait le sang de la bataille. La guerre avait été perdue par le royaume de Koordie et les envahisseurs devaient déjà arpenter l’intérieur des terres.
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Le chevalier errant remua ses bras et comprit d’où provenait la douleur éminente : son dos. Ces barbares sans honneur l’avaient frappé par derrière, le lacérant de l’omoplate au bassin. Si le coup était venu de l’avant, Owen aurait assisté à l’escapade de ses viscères. Devait-il pour autant se réjouir de la situation ?
Très bien, il allait souffrir. Mais quand bien même, il ne pouvait rester là, avachi dans le sable herbeux et lambiner jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il dressa la nuque, mais des doigts crochus lui arrachèrent une partie du visage. Sans honte, il hurla à faire rougir un porc effrayé.
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Sur le plateau, il avait repéré des reliquats flottants de magie. Owen n’était pas magicien, mais il savait que ces flammèches électriques feraient l’affaire. La remontée du vallon fut plus aisée que la descente. Soit la douleur s’était adoucie, soit ses muscles commençaient à s’accoutumer à leur peine.
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N'hésitez pas à me faire des retours, c'est toujours appréciable ^^

Bonne lecture :)
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Lucie Abatroi
Un texte très personnel sur un sujet peu connu et sûrement encore tabou chez les femmes (même si cela peut également arriver à des hommes), non, je ne parlerais pas de violence, un sujet beaucoup plus personnel, plus intime, mais qui est tout aussi important.
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