CHAPITRE V : L’aigle blanc (3/3)

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— Vous n’avez rien à craindre de ces hommes, ils sont là pour juger de la situation. Si vous avez des choses à dire ou que vous voulez que les choses changent, c’est maintenant qu’il faut le nous en faire part.

— Eh bien… Je dois dire que depuis le siège, la ville est en chute libre. Nous n’avons eu droit qu’à de sommaires réparations ainsi que peu d’aide des gardes de la ville pour contrer la criminalité qui n’a cessé d’augmenter depuis. Notre gouverneur, Octacilius, a refait entièrement reconstruire sa villa alors qu’elle n’avait subi aucun dégât durant le siège. Quand nous nous sommes rebellés, il nous a envoyé sa garde personnelle et ils ont tué un grand nombre de manifestants. Beaucoup de personnes sont partis après ça en laissant toutes les maisons à l’abandon. De toute façon, n’importe qui peut y entrer sans crainte de représailles… Et tous les soirs, on entend des chants et de la musique provenant de la villa du gouverneur. Il ne se soucie plus de nous, lui qui était pourtant si bon il y a quelques années.

— Je vous remercie de votre franchise, Cinna. Nous allons de ce pas aller voir Octacilius. déclara Aquilius. Vous avez un endroit où aller ?

— Oui… Je compter aller chez mon frère, il n’habite pas très loin d’ici. Je suis contrainte de fuir cette ville, moi aussi…

— Ne vous en faites pas, je vais régler ça, lui annonça Aquilius.

Il semblait être un autre homme, son attitude étant totalement différente. Il demanda à sa garde de s’avancer et il prit la tête, en demandant au groupe de rester en arrière. Ils arrivèrent enfin devant la villa. Elle était entourée de grands murs tout blanc. De nombreux arbres et plantes agrémentés le cachet de l’endroit, ainsi que plusieurs fontaines et des clôtures avec divers animaux, qui pouvait être de simples chiens à un grand ours noir, qui devait faire trois mètres de haut une fois sur ces pattes arrière. La villa en elle-même était immense, il y avait des colonnes partout à l’étage inférieur afin de soutenir un imposant balcon d’où on pouvait accéder par le côté droit, en passant par des escaliers dont même les marches portaient des gravures, pleine de couleurs et de joyaux incrustés. Aquilius s’approcha des gardes à l’entrée :

— Soldat, veuillez nous conduire à votre dirigeant. Dit-il avec une grande assurance.

— Euh… Oui, monsieur ! hésita un bref instant l’un des deux soldats avant de s’exécuter en voyant l’armure du sénateur, veuillez me suivre ! reprit-il.

Ils suivirent le soldat jusqu’à l’entrée de la villa. L’intérieur était encore plus incroyable que l’extérieur : les murs étaient décorés avec de grandes peintures et fresques, de grandes statues étaient installées un peu partout et deux grands escaliers allaient à l’étage. L’entrée seule paraissait immense. Le garde demanda au groupe de rester là et il monta les escaliers si vite, qu’il disparut en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Peu de temps après, un homme se montra en haut des marches, il était assez petit avec un surpoids plus qu’évident, son ventre faisant arrondir sa toge verte. Ses sandales laissaient apparaître des pieds sales et il avait du mal à marcher. Il descendit lentement, manquant de tomber une ou deux fois et il s’exclama :

— Aquilius, mon vieil ami ! Comment te portes-tu ?

— Arrêtez-le ! cria l’homme en armure blanche.

Le sénateur semblait très énervé et ses gardes arrêtèrent le gouverneur sans le moindre problème, ses gardes ne bougeant pas d’un pouce, malgré quelques protestations. Aquilius marcha jusqu’à lui et le frappa au visage.

— Pourriture ! cracha-t-il au visage du vieillard qui semblait totalement surpris, Tu as utilisé toutes les pièces d’or que l’on a envoyé pour… Ça ?! Pour refaire ta maison ? Ta cité crève de faim et toi, tu restes là à t’empiffrer ?! Tu n’es qu’une sous-merde ! Tu m’avais dit personnellement que tu reconstruirais la cité et que tu en ferais un paradis ! Depuis combien de temps es-tu enfermé ici ?! Je vais te ramener avec moi, à la capitale ! Le sénat va te juger pour manquement à ton devoir !

— Non… Attends ! Si j’avais su que tu viendrais si vite… Mais comment se fait-il que tu sois venu, d’ailleurs ? Les nouvelles annonçaient ton départ pour Yè !

— Fermes là, ordure ! C’est moi qui pose les questions ici ! Erik, reprit-il en se retournant vers Bohord, vous pouvez fouiller la villa de fond en comble si ça vous chante. Je vous remercie de m’avoir fait changer d’avis et de m’avoir fait venir ici.

— Qui sont ces gens ? s’écria Octacilius.

— Peu importe, ils sont le cadet de tes soucis. Emmenez-le dans le salon et attachez-le.

— Je vous remercie, déclara Bohord, nous allons nous y mettre dès maintenant.

Il se tourna vers les autres et ajouta :

— Bon, chacun prend un côté de la maison, et vous cherchez tout ce qui peut nous être utile. On n’a pas le droit à l’erreur. Et si vous trouvez quelque chose qui prouve son lien avec les masques noirs, alors venez tout de suite prévenir Aquilius. Je vous rejoins dans deux minutes.

— Je compte sur vous. Nous, on va aller fouiller l’extérieur de la villa. ajouta le sénateur.

Sur ces mots, tous partirent d’un côté afin de chercher des indices sur l’amulette. Un peu plus loin, à l’écart, un homme surveillait les mouvements du groupe. Sa cape couvrait ses vêtements et empêchait de voir ce qu’il portait. Avec un regard méfiant, il assista à toute la scène de l’arrestation d’Octacilius depuis les feuillages aux abords de la villa. Bien qu’il n’entendît rien, il resta immobile, guettant une cible. Une fois que tout le monde se sépara, il regarda Bohord qui semblait s’éloigner du groupe, allant se cacher dans des feuillages. L’homme s’approcha de Bohord et sortit une dague qu’il pointa sous la gorge du vieil homme :

— Si tu fais un bruit, je te tue.

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Florian Guerin


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Très bien, il allait souffrir. Mais quand bien même, il ne pouvait rester là, avachi dans le sable herbeux et lambiner jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il dressa la nuque, mais des doigts crochus lui arrachèrent une partie du visage. Sans honte, il hurla à faire rougir un porc effrayé.
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Il devait se mettre en route mais, avant toute chose, se débarbouiller et apprécier la gravité de l’ensemble de ses blessures. Avec précaution, il descendit dans un vallon peu profond. En s’humectant le visage avec l’eau de la rivière, il réalisa à quel point la soif le tiraillait. Après avoir absorbé d’innombrables gorgées, il se nettoya succinctement le corps.
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N'hésitez pas à me faire des retours, c'est toujours appréciable ^^

Bonne lecture :)
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Lucie Abatroi
Un texte très personnel sur un sujet peu connu et sûrement encore tabou chez les femmes (même si cela peut également arriver à des hommes), non, je ne parlerais pas de violence, un sujet beaucoup plus personnel, plus intime, mais qui est tout aussi important.
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