CHAPITRE V : L’aigle blanc (1/3)

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Après une semaine de marche, la petite troupe s’arrêta à côté d’une vieille ferme qui tombait en ruine. L’herbe était si haute que Girin avait du mal à voir devant lui et qu’il devait suivre Elàlia pour ne pas se perdre. Les barrières qui délimitaient la propriété étaient à moitié détruite ayant sans doute subit les affres du temps. La bâtisse en elle-même ne semblait avoir que peu de dégât, le toit possédait quelques trous, mais les murs étaient relativement en bons états. La cheminée tenait encore debout et elle semblait encore en état de fonctionner. On pouvait apercevoir une grange complètement détruite installée un peu plus loin. Bohord s’exclama :

— Nous avons assez marché pour aujourd’hui. Passons la nuit ici.

— Bonne idée, ajouta Girin, vu le temps, il risque de pleuvoir et l’on pourrait mettre des branches afin de couvrir les trous dans la toiture pour nous protéger de la pluie.

— Je vais aller chercher de la nourriture avec la gamine, dit alors Aurore.

Tout le monde se retourna, surpris de cette décision.

— Euh… Sauf si vous aviez prévu autrement… finit-elle par ajouter, gênée.

— Non, c’est bon pour moi, Aurore ! dit Elàlia en souriant.

— On va préparer le camp avec Bohord dans ce cas. Ramenez-nous de quoi faire un bon repas !

— Tu ne devrais pas trop t’empiffrer, le nain, sinon on va devoir te faire rouler si ça continue ! rigola Aurore.

Girin, surpris de voir Aurore rigoler, ne releva pas et Elàlia pris Aurore par la main pour l’emmener et commença à lui parlait de tout et de rien. Bohord commença à ramasser des branches, puis il se tourna vers Girin :

— N’en veux pas à Aurore. Elle a du mal à exprimer ses sentiments, voilà tout.
— Oui, je sais bien… Mais elle reste quand même étrange. Depuis que vous êtes arrivé, elle est moins froide qu’avant, mais j’ai du mal à savoir ce qu’elle pense. Des fois, je la vois avec nous, puis le lendemain, c’est comme si c’était une inconnue…

— Ah, les femmes ! S’il y a bien une chose que j’ai toujours eu du mal à comprendre, c’est

bien elles ! rigola Bohord.

— Oui, vous avez sûrement raison, ria à son tour Girin. Vous… Vous avez une femme, ou quelqu’un ?

— Bien sûr. Comme tout le monde, du moins, je l’espère, souri Bohord.
— Et, où est-elle ? demanda Girin.

— Je ne sais pas…

— Oh, je suis désolé. s’excusa le nain en baissant la tête.

— Ne le sois pas. C’est la vie, voilà tout. Je n’ai pas été très présent après tout, c’est sûrement ma faute… Bon, Bohord changea soudainement de ton, nous avons du travail, ce serait quand même un comble que l’on ne finisse pas avant les filles ! Ce sont elles qui ont pris la tâche la plus compliquée.

— Oui, vous avez raison !

Sur ces paroles, Girin et Bohord continuèrent de préparer le camp.

***

Elàlia et Aurore marchaient côte à côte, sans se parler. Elàlia avait fini par se taire, pour qu’elles puissent se concentrer et être à l’affût du moindre mouvement dans les bois. Soudain, un bruit secoua l’herbe à côté d’Aurore et elle y jeta un couteau avec une rapidité impressionnante. Un bruit métallique se fit entendre, suivit d’un cri de douleur. Une dizaine d’hommes en armures sortirent de là et ils encerclèrent les deux femmes. Elàlia sortie sa dague, et Aurore fit de même, jurant de ne les avoir pas entendus. Un dernier homme sortit d’un buisson, en n’en tenant un autre qui avait un couteau planté dans la cuisse.

— Eh bien, vous avez de bons réflexes, mademoiselle. Dit-il.

— Que nous voulez-vous ? demanda Elàlia.

— Mon nom est Aquilius Decimus, fils de Atilius Decimus. Je suis sénateur et conseiller personnel de notre Impérator. Je dispose des pleins pouvoirs pour arrêter ceux que je juge allant à l’opposé de nos principes. Tenez le pour-compte et veuillez-vous identifier, je vous prie.

— Je m’appelle Aurore Béarn. Je suis citoyenne d’Imperium.

— Moi, c’est Elàlia !

— Vous n’êtes que toutes les deux ? C’est un coin plutôt dangereux par ici.

— Non, nous avons deux autres compagnons. Notre campement est à cinq minutes d’ici.

Un homme s’approcha d’Aquilius :

— On ne devrait peut-être pas perdre trop de temps ici, on n'a encore pas mal de route à faire…

— Je sais, mais ce n’est pas tous les jours que l’on voit une femme humaine avec une elfe. Allons voir leurs compagnons, puis nous verrons après si on les relâche ou non. De toute façon, il faut soigner Curtius, sinon il ne va pas aller bien loin.

— Bien, répondit alors l’homme en s’éloignant.

— Emmenez-nous voir vos compagnons, reprit Aquilius.

L’homme, dans son armure entièrement blanche, ce démarqué de ses hommes par une prestance imposante et un charisme incroyable. Mesurant près de deux mètres, il avait une barbe taillée de près. Ses yeux marrons allaient de pair avec ses cheveux brun coupé court. On pouvait distinguer sur son plastron un aigle debout qui avait son regard tourné sur la droite, l’emblème d’Imperium. Le même aigle était représenté sur ses brassards ainsi que ses jambières. Son bouclier était impressionnant et protéger son corps du genou à son cou. Son glaive était quant à lui incrusté de plusieurs pierres précieuses, signe de sa position prestigieuse. Il possédait aussi une petite dague, rangé dans un étui en fourrure. Ils allèrent retrouver Bohord et Girin qui avait pratiquement fini le campement. Aquilius se mit devant eux, dévisagea Bohord et commença à parler :

— Je me nomme Aquilius Decimus, fils de Atilius Decimus. Je suis sénateur et conseiller personnel de notre Imperator. Nous avons arrêté cette elfe, qui dit se prénommer Elàlia ainsi que cette jeune femme, Aurore Béarn. Veuillez-vous identifier à votre tour, je vous prie.

— Je suis Girin, fils de Glín, des Monts Ardents.

— Je me nomme Erik… Dites-moi, mon brave, auriez-vous deux minutes à m’accorder en privé ?

Tout le groupe regarda Bohord, ne comprenant pas pourquoi il avait menti. Aquilius le fixa encore un bref instant avant d’acquiescer de la tête puis de l’emmener avec lui à l’intérieur de la ferme pendant que les autres soignaient l’homme blessé. Bohord prit la parole :

— Tout d’abord, veuillez m’excuser, je vous ai menti. Mon nom complet est Bohord Arackne. — Bohord Arackne… Vous… Vous êtes…

— Vous me connaissez à ce que je vois, coupa Bohord, écoutez, je vous demanderai un maximum de discrétion quant à ma vraie identité. Les autres ne me connaissent pas et je souhaiterais que cela continue ainsi.

— Bien… Je comprends. Je me disais aussi, que je vous avais déjà vu. Mais, que faites-vous ici ? Et qui sont ces gens ? interrogea Aquilius.

— J’ai rencontré tous ces gens récemment à vrai dire. Nous avons des… Disons des objectifs communs. Je me porterais volontiers garant d’eux pour éviter tout problème. Nous sommes actuellement en route pour Rogaius, afin de trouver Octacilius.

— Octacilius ? Le chef de la cité ? Pourquoi vouloir le rencontrer ?

— Nous le soupçonnons de faire partie des masques noirs.

— Les masques noirs ? C’est une grave accusation que vous me faites là, annonça Aquilius, il va vous falloir des preuves pour que l’on vous croit.

— On ne souhaite pas le prouver, néanmoins, il serait de ce fait en possession d’un document qui pourrait nous intéresser.

— Quel type de document ?

— Je ne peux malheureusement rien vous révéler. Et si vous tentez de nous en empêcher, sachez que je n’hésiterais pas à me défendre, même si vous êtes sénateur. Et si vous me connaissez, alors vous devez être au courant de mes faits d’armes.

— Inutile de me menacer. Néanmoins, si Octacilius est bel et bien un masque noir, alors il est de mon devoir d’aller l’arrêter. Au vu de votre réputation, je vais vous croire et vous suivre, mais sachez que si vous essayez de me doubler…

— J’ai compris, ne vous en faites pas.

— Bien. Dans ce cas, allons tous ensemble à Rogaius. Nous devons néanmoins nous reposer cette nuit, à cause de Curtius. La jeune femme ne l’a pas raté.

— Bien, de toute façon nous comptions passer la nuit ici. Évitez d’énerver Aurore, elle n’a pas un caractère facile.

— J’essaierai de m’en souvenir…

Aquilius tourna les talons et en sortant, il fit signe à ses soldats de préparer un camp à côté de celui du groupe. Il leur expliqua rapidement la situation et qu’ils pouvaient se reposer pour cette nuit. Lorsque Bohord sorti à son tour de la ferme, Tous le groupe alla lui parler, afin de savoir ce qu’il avait bien pu dire au sénateur.

— Alors ? Que s’est-il passé ?! demanda Elàlia.

— J’ai réussi à le convaincre de nous suivre à Rogaius. Là-bas, il aura assez de poids pour faire plier Octacilius ou n’importe quel homme se mettant en travers de notre chemin.

— Et c’est quoi ce nom, Erik… ? questionna Aurore sceptique.

— Ce serait trop long de vous expliquer cela maintenant. Écoutez, ils vont nous suivre et grâce à eux, nous pouvons être sûrs que l’on va réussir à rejoindre la villa du gouverneur sans problème. Au fond, peu importe le reste, non ?

— Je voudrais quand même bien savoir, insista Aurore.

— Je vous expliquerais tout plus tard c’est promis.

Bohord se dirigea vers le campement des soldats, s’asseyant à leurs côtés. Alors qu’il les écoutait parler de leurs aventures et de leurs dernières campagnes, Elàlia fit une remarque aux autres :

— C’est marrant, on dirait qu’il est dans son élément avec eux… Comme s’il avait toujours vécu au milieu de soldat.

Girin et Aurore regardèrent Elàlia, sans dire un mot.

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Lucie Abatroi
Un texte très personnel sur un sujet peu connu et sûrement encore tabou chez les femmes (même si cela peut également arriver à des hommes), non, je ne parlerais pas de violence, un sujet beaucoup plus personnel, plus intime, mais qui est tout aussi important.
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