Chapitre 2 :

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Elle ressemblait toujours à la même vieille dame que dans ses souvenirs. Iris se battit avec elle-même pour ne pas la serrer dans ses bras. La jeune fille sentit une unique larme coulée le long de sa joue droite. La vieille dame lui fit un sourire et elle lui rendit son sourire, certes, moins éclatant mais emplit d’émotion.

Mme. Keys… C’est donc vous la cheffe de tout cela ? Comment… Comment avez-vous fait ? Je veux dire, ce n’est pas banal, ni facile de créer une organisation secrète hors la loi. Surtout… À votre âge (elle vit Samuel l’interroger du regard). C’était ma voisine.

Et je le suis toujours même si tu ne vis plus chez tes parents, tu l’es quand même. Vous serez tous hébergés ici, et comme vous vous en doutez, vous êtes recherchés. Vous sortirez quelquefois. Je vais m’arranger pour que quelques membres de votre famille viennent vous rendre visite. J’aurais des missions à vous confier, mais avant vous devez, vous reposer. Tout est allé très vite depuis hier.

Attendez… Est-ce que par hasard, vous auriez accueilli des adolescents qui ne sont pas allés dans le désert ? se renseigna Samuel en avançant d’un pas.

Tout à fait. Je sais où tu veux en venir jeune Samuel. Ton ami Peter Klamail est bien ici. Pas besoin de me poser des questions, tu le verras bientôt. Des agents vont bientôt vous montrer vos chambres, mais avant j’aimerais parler seule avec Iris.

Le visage de Samuel s’éclaircit de bonheur. Peter était son meilleur ami, ils avaient été séparés lors du débarquement dans le désert, ses parents n’avaient pas voulu le ramener. Et maintenant, Samuel allait le revoir. Iris était heureuse pour lui, Samuel méritait de revoir son meilleur ami après tout cela. Mais ce mot-là lui rappela douloureusement Kilian et elle essaya de le mettre de côté pour le moment. C’était pratiquement le meilleur jour de sa vie. Le garçon fit un clin d’œil à Iris avant de partir avec les jumeaux, Sandra et Lilian. Iris se retrouva seule avec Mme. Keys. Elle n’avait plus envie de la serrer dans ses bras maintenant. La vieille dame paraissait inquiète et tendue, et Iris ne put s’empêcher de repenser au jour de l’annonce de l’entrée en guerre d’Opartisk. Chose, qu'à l’époque, Iris ne croyait pas réalisable. Maintenant c’était la réalité, l’Opartisk était même devenue le lieu de destruction préféré de leur ennemi. Le chef de l’association se leva et fit quelques pas. Iris détourna son regard et le posa sur le sol. La vieille dame la faisait repenser à Kilian. La retraitée avait été sa nounou, leur nounou à tous les deux. C’était là que les anciens meilleurs amis s’étaient rencontrés, qu’ils avaient quasiment fait leurs premiers pas ensemble. Mme. Keys aussi savait que Kilian avait des différends avec sa famille sans en connaître les raisons. Et c’était peut-être cela le problème avec Kilian. Elles ne savaient rien des liens et des événements avec sa famille. Elles ne comprendraient jamais.

Kilian et Cassandra… commença Iris.

Je sais. On m’a prévenue (Iris se sentit du coup toute gênée). Je me demande bien ce qui s’est passé dans leur tête. Je t’avais demandé de veiller sur Kilian, et je lui avais fait promettre de te suivre quoi qu’il arrive.

Comment expliquer à la vieille dame que tout ne s’était pas bien passé comme prévu ? Qu’ils n’avaient pas vraiment respecté leur promesse. Qu’ils avaient fait n’importe quoi. Qu’ils avaient eu des opinions différentes et ne voulaient pas suivre l’autre Iris allait devoir se justifier pour deux, mais le problème, c’est qu’elle ne savait pas vraiment pourquoi Kilian avait fait cela, pourquoi il avait choisi le camp opposé.

Je… Je pensais qu’il resterait avec moi. Il ne laissait absolument rien paraître. Nous n’avons pas vraiment eu le temps d’avoir des explications très claires. Il a juste préféré penser à sa peau, et Cassandra aussi. La maladie leur fait extrêmement peur. Le conseiller Christian leur a certifié que tous les enfants, bébés et adolescents à part les surdoués étaient en danger à cause de la maladie et que dans d’autres clans, certains mourraient. Puis, pendant qu’on s’enfuyait, ils ont réussi à retenir Maryline et Kendra. On n’a rien vu. Kendra doit tellement être terrorisée…

Iris releva la tête et examina le visage de sa voisine qui était en pleine réflexion. La jeune fille ne rajouta pas un mot et attendit qu’elle parle. Le silence dura un moment, sans autorisation, Iris se permit de s’asseoir sur une des deux chaises de l’autre côté du bureau en face de celle tournante de Mme. Keys. La jeune surdouée essayait difficilement de ne pas se laisser ronger petit à petit par la culpabilité d’avoir abandonné Maryline et Kendra et celle d’avoir laissé échapper ses amis d’enfance. Elle essayait de sortir de sa mémoire son meilleur ami sans y parvenir, elle s’en sentit encore plus idiote et nulle.

Iris. On a dû te le dire souvent, mais arrête de dire cela. Tu ne peux pas convaincre et sauver tout le monde. On ne peut pas tout réaliser. Tu aimerais que tout soit parfait mais tout ne sera jamais parfait. On peut essayer d’améliorer le monde, mais on ne réussira pas à lui faire atteindre la perfection car celle-ci n’existe pas. Accepte de te faire une raison. Le monde ne sera jamais entièrement en paix, et tu ne peux pas y faire grand-chose, seuls les chefs haut-placés le peuvent. Concentre-toi sur toi. Tu n’as pas à essayer de sauver le monde, déclara la vieille dame.

Kilian et Samuel me l’ont déjà dit, dit Iris avec un rire nerveux.

Ils ont raison (elle hocha la tête). J’aime bien ce Samuel. Il a l’air d’être un garçon fiable, digne de confiance et loyal.

Iris leva les yeux au plafond et pria silencieusement pour que Mme. Keys ne se trompe pas. Iris aimait beaucoup Samuel, elle avait même l’impression qu’il pouvait être son pilier, mais la vieille dame venait de dire ce qu’elle avait dit il y a quelques mois à propos de Kilian. Iris n’avait pas envie que Samuel prenne les pas de Kilian, si elle le perdait, cela risquait d’être la goutte d’eau qui ferait déborder le vase. La bande des surdoués ne pouvait pas prendre le risque, en plus de cela, deux d’entre eux étaient prisonnières des conseillers, dans un endroit dont ils ne connaissaient pas la localisation. Elles étaient introuvables.

Par rapport à la maladie… Je comprends qu’ils aient peur. Il est vrai que seuls les surdoués ne sont pas touchés pour le moment. Cassandra et Kilian ne sont pas des surdoués, je comprends leur crainte. Puis, j’ai envoyé Amanda en Thuath, en mission d’infiltration. Elle m’a confirmé qu’une véritable hécatombe commençait dans ce clan. En plus de la crise financière très grave, Thuath voit sa génération future partir en poussière. Notre mission était d’éviter tout cela à tout prix, que ce soit, pour l’Opartisk ou les autres clans. Pour cette maladie, l’histoire des clans ne compte plus. Les chefs des clans devraient s’en occuper plus.

Amanda va bien ?

Oui, très bien. Le changement de continent, d’environnement et tous ces morts la chamboulent un peu, mais sinon tout va pour le mieux, elle va régulièrement au QG installé en Thuath. On en installe dans les autres clans notamment Siar et Dheas. On essaye aussi d’infiltrer l’État mais c’est sans succès. Ce n’est pas simple, nous le savons, mais nous voudrions tout de même essayer, cela ne coûte pas grand-chose. Cela deviendrait un gros coup si l'un de nous se faisait accepter. Nous ne savons pas, excepté les bâtiments ce que font les conseillers contre la maladie. Thuath essaye de chercher un remède en vain avant que sa population soit décimée.

L’État cherche aussi une solution pour guérir ou faire en sorte que la maladie ne s’aggrave pas en Opartisk. Ils nous examinaient pour savoir pourquoi les surdoués ne sont pas malades et pourquoi les autres le sont. Ils voulaient qu’on se joigne à eux pour remporter la guerre et infiltrer les autres clans pour suivre leur recherche sur la cause de la maladie. Mais, le conseiller qui était venu avait dit de belles paroles aux autres, ceux qui ne sont pas surdoués, en disant qu’eux aussi étaient importants. Ils ont gobé cela.

La veille dame soupira, elle fit le tour de son bureau, en réfléchissant, puis s’assit sur son fauteuil tournant. Elle leva les yeux vers Iris et lui fit signe de venir à ses côtés avant de fixer un cadre photo qu’Iris ne pouvait pas voir d'où elle était assise. La jeune fille se déplaça au côté de sa voisine d’appartement et observa à son tour le cadre photo posé sur le meuble en bois. Iris avait une impression de déjà vue sans analyser et bien regarder la photo. Elle l’avait déjà-vue quelque part… Elle l’avait déjà vue dans le salon de la cheffe de l’association, et elle était accrochée sur un mur de l’entrée chez ses parents. Les parents de Kilian en avaient sûrement un exemplaire dans leur maison. C’était une photo d’eux deux, Kilian et Iris. Ils devaient être âgés d’environ huit ans. Les cheveux auburn d’Iris lui arrivaient aux épaules à cette époque-là, sur cette image, ils étaient coiffés en couette. Iris ne sut décrire Kilian, le regard du petit garçon d'alors était tout simplement illisible. Elle n’arrivait pas à lire dedans. Iris vit qu’en bas à droite, « Été 2103 » avait été marqué. Dire qu’ils avaient huit ans, maintenant elle allait en avoir dix-sept, pratiquement neuf ans s’étaient écoulés depuis cette photo. Iris s’étonna de voir son meilleur ami en t-shirt manche longue en plein été. Cette saison-là était très chaude en Opartisk. Alors que la jeune fille portait une tunique à manches courtes lui arrivant aux genoux, fabriquée en tissu visiblement léger, Kilian portait un t-shirt manche longue et un pantalon en tissu léger. Pourtant, il n’avait pas l’air d’avoir trop chaud, mais son expression faciale était fermée, indéchiffrable.

C’est là que tu commets une erreur Iris. Sur ce point, les conseillers ont raison : vous n’êtes pas plus importants que les non-surdoués. Certes, vous êtes des personnages exceptionnels qui peuvent accomplir des choses énormes, mais les gens dotés d’une intelligence dans la moyenne ne sont pas inutiles du tout. Je peux comprendre que Kilian ait eu peur… Tu te souviens de Fred ?

Comment l’oublier celui-là ? Il a été un de mes très bons amis avant de se tourner vers une bande qui ne le méritait pas. Il s’est abaissé à un niveau si bas que je me demande comme j’ai pu être son ami.

Eh bien… Avant que tu partes, je t’avais dit que Fred avait pris le mauvais côté. Kilian aussi l’a pris. Mais ce n’est pas parce qu’il fait sa crise d’adolescence et qu’il fait n’importe quoi. Je pense, que dans sa tête, tout est très flou et éparpillé. Je pense qu’il est perdu. Qu’il s’est perdu.

Et… Vous pensez qu’on peut le récupérer ?

Cassandra et Fred, oui. Ils vont bien. Mais Kilian a toujours été un garçon mystérieux qui s’ouvrait très peu. Il se refermait sur lui quelques fois, mais j’ai bien l’impression que maintenant, il se perd et il se referme sur lui définitivement. J’aimerais pouvoir l’aider, c’est un garçon qui le mérite, mais je ne peux pas.

Iris ne répondit rien, et ne voulait rien répondre. C’était vrai que vu sous cet angle. Jamais Iris n’aurait pensé que Kilian puisse aller tellement mal, il le cachait tellement bien. Vraiment bien. Ou alors les spéculations de Mme. Keys étaient fausses, et c’est ce qu’Iris espérait. Pourquoi voulait-elle tout le temps trouver une raison pour faire de lui le coupable dans cette affaire ? Peut-être parce qu’elle ne voulait pas avoir cela sur la conscience et se persuadait elle-même qu’elle n’y était pour rien. Alors qu’elle allait lui demander l’avenir de Kilian et Cassandra, quelqu’un toqua à la porte. Le visage du chef de l’association s’illumina un peu et fit un sourire à Iris.

Un petit moment de bonheur après la tempête mais avant la prochaine. Tu le mérites, vous n’avez pas vécu des choses faciles là-bas. Entrez !

Iris vit la poignée de la porte se baisser avant de regarder la vieille dame d’un air interrogateur. Elle ne releva sa tête que quand elle entendit la porte se refermer. Un grand garçon blond, à la barbe naissante leur faisait face. Il semblait plus vieux qu’auparavant pour Iris, comme si cela faisait des années qu’ils ne s’étaient pas vus, mais cela ne faisait que quelques mois à peine. La barbe changeait tout. Iris contourna vivement le bureau et se jeta dans ses bras, enfouissant sa tête contre l’épaule du jeune homme tout en ne se laissant pas complètement aller. Après avoir perdu Cassandra et Kilian, c’était si bon de retrouver Marin en chair et en os.

Je t’ai autant manqué que cela ? rigola-t-il en adressant un sourire à la vieille dame.

Cette dernière lui fit un clin d’œil avant qu’Iris ne s’écarte pour faire face à son ami et lui faire un pâle sourire.

Si tu savais tout ce qui s'est passé ! Tout ce que j’ai vécu ! Et les autres surdoués, tu vas voir, ils sont géniaux !

Il laissa échapper un rire avant de lancer un regard à la chef.

Je n’en doute pas Iris.

La jeune fille se rembrunit un peu.

Je ne sais pas si je pourrais t’en parler tout de suite. Mais je dois te parler d’une chose. Kilian et Cassandra…

Je sais. Ne t’inquiète pas Iris, je sais ce qui s’est passé, et je vois bien que c’est difficile pour toi d’en parler, je ne vais pas te forcer. Je vois bien, je sais bien. Si tu veux m’en parler, tu le feras quand tu seras prête. Moi aussi j’aurais aimé les voir venir ici, les revoir. Mais ils ont choisi un autre camp, le camp opposé au nôtre. Il va donc falloir s’y faire, la vie est ainsi, c’est comme cela. Il faut savoir encaisser les coups.

Marin posa une main réconfortante sur l’épaule d’Iris et la jeune fille repensa à Samuel qui lui avait fait ce même geste plus d’une fois. Bien qu’elle connaisse Marin depuis longtemps, elle avait l’impression que maintenant, c’était Samuel qu’elle appréciait le mieux.

Comment va Amanda ? voulut savoir Marin.

La porte s’ouvrit après que l’on eut toqué à la porte. Samuel se pencha en tenant d’une main le mur.

Excuse-moi. Je n’aimerais pas gâcher tes retrouvailles. C’est important je le sais, et on passera par là bientôt. D’autant que je pourrais bientôt voir Peter. Mais je ne voulais pas que tu manques l’attribution de nos chambres, surtout qu’une visite guidée dans cet endroit va nous être faite. Je m’en serais voulu que tu rates tout cela.

Iris lui fit un sourire et regarda Mme. Keys et Marin.

De toute façon, contrairement à vous, je pourrai les voir tous les jours, donc ce n’est pas grave (elle recula un peu). Bon, j’ai quelques trucs à régler. Je suppose que l’on se revoit très bientôt !

Puis Iris fit un signe de la main à Marin avant de sortir du couloir accompagné de Samuel qui poussa un peu la porte sans la fermer complètement.

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