XVI

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Rikki n'était jamais descendue à cet étage. Il était arrivé que l'ascenseur s'y arrêtât cependant ; tout ce qu'elle en avait aperçu avait été un bureau dans une petite pièce vitrée et, derrière des grillages, d'immenses armoires métalliques.

On lui avait dit de demander Roland. Bernard avait même prit la peine de l'appeler pour le prévenir.

« J'ai une tête à m'appeler Roland ? » était ce que venait de lui répondre un jeune type longiligne sur lequel Rikki était tombée en entrant dans le bureau vitré.

Elle envisagea une seconde de lui rétorquer qu'effectivement « connard » lui irait sans doute mieux, mais, comme souvent, opta pour un silence contrit.

Des bruits d'une démarche où l'un des pieds trainait et raclait la poussière précédèrent l'entrée d'un homme, un Roland, un véritable spécimen. Tout concordait : une silhouette épaisse, les montures de lunettes en plastique, un pantalon de velours côtelé, une épaule plus basse que l'autre, un gilet en laine.

Rikki fut aussitôt conquise, avant même qu'il ne lui offre le plus beau sourire de Père Noël qu'elle avait jamais vu.

« Rikki, sans doute ? »

Elle lui serra la main.

« Et vous êtes celui qui pourra m'aider, j'espère. »

Elle jeta un rapide regard vers l'autre type qui l'avait déjà oubliée et faisait des tas avec des fiches bristol.

« Julian, mon stagiaire » précisa Roland. Rikki hocha la tête. Pas besoin d'une nouvelle interaction avec le gentleman.

« Qu'est-ce que je peux faire pour toi ? Je ferai mon possible. Pour l'impossible, laisse-moi un ou deux jours. »

Julian leva les yeux au ciel.

Rikki lui parla du décès du professeur de biologie et demanda à consulter les archives qui concernaient sa carrière au King's College. Elle avait besoin de comprendre son implication dans la vie de l'Université.

« Bon, il faut que tu me donnes les dates, parce qu'il est possible que certains documents soient déjà en consultation par une autre personne. »

« Un étudiant », avait-il précisé.

Rikki ne s'attendait pas à ce que ce fût celui-ci.

« Odon ? Qu'est-ce que tu fais ici ?

Il sursauta légèrement, releva la tête et l'observa quelques secondes, comme au réveil d'après rêve, lorsque l'on fait le tri entre les visions cauchemardesques et la réalité.

Il se leva d'un bond, balaya la pièce du regard.

« Tu veux t'asseoir ? »

Rikki resta interdite un court instant.

« Je ne suis pas venu pour toi », finit-elle par dire.

Il eut ce genre de sourire qui l'exaspérait, celui d'un chien qui vient d'être battu et qui cherche malgré tout l'affection de son maître.

Elle soupira.

« Qu'est-ce que tu cherches ? »

Il se tourna vers les documents étalés sur la table, coincée contre un mur, sous une fenêtre aux rebords poussiéreux, et se reconnecta avec son cheminement de pensée interrompu.

« Le Michael Swann Building, du King's College. Tu connais ? »

Elle plissa les yeux.

« Département de biologie ? »

Il hocha la tête, les yeux toujours rivés sur les papiers, son carnet, différents types de stylos.

« Biologie moléculaire, biochimie et tous ces trucs. »

Elle parcourut du regard les documents dispersés.

« Pourquoi ? »

Le ton avait été un peu abrupt. Elle se mordit les lèvres. Il se retourna vers elle.

« Et toi ? »

Elle changea de pied d'appui, balaya l'air de sa main.

« Pour un article. Je dois faire la nécro d'un prof. »

« Je le connais ? »

« Beauchamp »

Il fit une moue, se rassit et fouilla dans ses papiers.

« Prof de bio cellulaire. C'est lui ? »

Elle s'approcha de la table pour prendre le papier qu'il lui tendait.

« C'est son parcours universitaire. C'est ça qu'il te faut ? »

Elle parcourut le document en secouant légèrement la tête.

« Tu as des photos ? »

« Je n'en ai pas cherché. Ce ne sont pas les profs qui m'intéressent. »

Elle secoua la feuille comme si elle la soupesait.

« Alors quoi ? »

« Les murs. »

Rikki leva un sourcil.

« Les murs ? »

« Le bâtiment, sa construction, les plans, sa structure. Je suis en archi, tu te souviens ? J'en ai besoin pour une étude de cas. »

« Oh. »

Elle reposa la feuille et repartit vers le bureau de Roland.

Il la vit disparaître entre les rayonnages, la suivit mentalement au son de ses pas, et la vit réapparaître, une chaise à la main.

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