21. Élodie & Virgile : Her too dark secret...

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Fin mai 2013, Paris

— La première gifle que tu reçois, tu ne t’y attends pas. Il t’a tellement mis en confiance des mois durant que tu ne t’y attends pas...

Élodie trempe ses lèvres dans le verre de chardonnay posé devant elle pour y puiser la force de poursuivre d’un ton monocorde, presque détaché, le récit de l’histoire « ordinaire » d’un couple au sein duquel la violence conjugale s’est sournoisement immiscée pour y élire durablement domicile. Face à Virgile, elle ose se raconter en essayant de tenir cette histoire à distance, de la dissocier de sa propre destinée, sa propre existence. Parce que cette épouse qui ploie sous le joug de son mari, ce n’est pas elle ; c’est juste une histoire comme les autres, celle, universelle, d’une femme battue parmi tant d’autres. Pourtant, cette histoire, c’est avant tout la sienne...

— Tu vois, ça commence comme ça : le ton monte pour un truc insignifiant, anodin, infime, et puis sans crier gare, sa main s’abat brutalement sur ta joue, en une fraction de seconde. Un premier camouflet, bientôt suivi d’un deuxième, puis d’un troisième tout aussi soudain. Sur le moment, tu ne réagis pas. Tu es tellement scotchée par la violence et la promptitude du geste que tu ne réagis pas. La stupeur te paralyse. Tu es juste là, face à lui, pantelante et immobile. Tétanisée peut-être, le cerveau en mode « off », incapable de faire quoi que ce soit. L’instant d’après, la tension s’estompe, il tente de se faire caresse mais tu te dérobes ; il craint que tu ne lui échappes. Il se confond alors en excuses, se jette à tes pieds pour te supplier de lui pardonner, promet que ça n’arrivera plus, sanglote même comme un môme. Tu ne sais pas pourquoi tu crois à cette mascarade qu’il ne joue que trop bien, pourquoi tu acceptes cette réconciliation sur l’oreiller que tu lui concèdes si docilement. Tu ne sais pas si tu es trop naïve ou trop amoureuse, ou bien si tu as déjà trop peur de lui résister. Car le régime de la terreur s’installe doucement dans votre couple. Pour ne pas éveiller ses colères que tu redoutes tant et qui marquent peu à peu ton corps, tu fais tout pour lui plaire. Tu ne te rends pas compte de cet isolement qu’il crée autour de toi pour accroître son emprise. Tu ne te rends pas compte que ta soumission totale ne lui suffira pas. Parce que son besoin de cogner, de se défouler sur toi ne s’arrêtera jamais. La violence de ses coups s’amplifie même au fil du temps, au point que tu te dises parfois qu’il va vraiment finir par te tuer. Mais tu te sens incapable d’y mettre un terme et demeures à tout jamais sa prisonnière, esclave exclusive de ses instincts les plus primaires...

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