10. Perquisition

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15 février 2014, La Baule-les-Pins

La déco du salon, aussi old style soit-elle, n’est plus vraiment raccord avec l’image que Cédric Costarelli en avait dans ses souvenirs. Un foutoir certain y règne. A l’évidence, c’est la pièce qu’avait choisie Élodie Hatkins pour y élire domicile. Le canapé convertible est déplié en lit d’appoint, le coussin avachi et la couette en boule laissant à penser que la maîtresse de maison ne se souciait guère de son couchage. Une odeur de tabac froid et de renfermé incommode Costa ; celui-ci ordonne à l’un de ses agents d’ouvrir les volets et la fenêtre pour renouveler l’air ambiant. Sur l’immense table basse en chêne, s’amoncellent en vrac un PC portable, deux smartphones, une pile de boîtes d’anxiolytiques et de somnifères, un verre en cristal, une bouteille de whisky à moitié vide, un paquet de Marlboro entamé et un cendrier en marbre noir rempli de mégots écrasés. Madame Odette Maupin semble aussi surprise que le policier par le laisser-aller apparent de feu sa voisine.

Guillaume, vous m’embarquerez l’ordinateur et les deux téléphones ; vous saurez bien me craquer les codes d’accès pour les faire parler...

OK Capitaine !

Madame Maupin, s’enquiert ledit capitaine, saviez-vous que Madame Hatkins prenait des antidépresseurs et des substances anesthésiques ?

Non… A chacune de nos rencontres ou entrevues, elle m’a paru saine d’esprit et équilibrée.

Bien, merci. Audrey, Guillaume, on poursuit la perquise à l’étage.

L’escalier puis la première chambre à gauche. Celle d’Élodie… Whitney blottie dans les bras de Kevin Costner sous une pluie diluvienne, immortalisés sur l’affiche de Bodyguard, des CD de l’artiste que l’on surnommait « The Voice » soigneusement rangés dans une tour tutoyant la chaîne hi-fi d’époque, le lit à baldaquin et les voilages écrus de princesse, rien n’a bougé depuis vingt ans. Sur la table de nuit, un cadre-photo attire l’œil d’Odette Maupin : Élodie et Cédric tout sourire, enlacés sur « leur » plage, l’océan Atlantique en toile de fond. Le cliché date bien sûr, mais la vieille dame ne tarde pas à faire le rapprochement entre l’ado enamouré flirtant avec la jeune et jolie rousse et le flic qui supervise les fouilles.

C’est vous, n’est-ce pas ? l’apostrophe-t-elle en désignant le cadre. C’était vous, l’amoureux d’Élodie avant qu’elle ne quitte La Baule pour Paris ! Je me disais bien que votre tête ne m’était pas inconnue ; en dehors de la coiffure, vous n’avez pas tellement changé...

C’était moi, oui, il y a longtemps… Mais je ne l’ai jamais revue depuis.

Nostalgique, Costarelli contemple le portrait du couple qu’ils formaient alors et se fait rattraper par ce passé qu’il idéalise. C'est comme une vague qui le submerge, un besoin irrépressible : celui de la retrouver, vivante et amoureuse.

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