Disparition

4 minutes de lecture

 

Angelska jeta son portefeuille dans son petit sac à main, puis elle prit ses grands paquets et sortit dans la rue. Elle était ravie d'avoir trouvé de nouveaux costumes chez Gucci, ça lui avait coûté une petite fortune – qu'importe, ce n'était pas son argent – et puis elle voulait que « son » Craig soit impeccable pour la prochaine réception qu'elle comptait organiser. Elle avait du mal à marcher avec ses chaussures à talons sur le trottoir verglacé. Ces immenses paquets n'arrangeaient rien à l'affaire. Mais elle s'en fichait pas mal : elle allait prendre un taxi.

Elle héla une grande Mercedes qui s'arrêta doucement. Elle monta puis indiqua l'adresse au chauffeur qui s'inséra dans la circulation.

Angelska était ravie. Elle s'était trouvé de jolis vêtements pour elle aussi, et elle comptait bien faire une belle surprise un peu coquine à Nathan en rentrant. Elle avait commandé un repas tout ce qu'il y avait de plus raffiné chez le meilleur traiteur de Moscou, le tout bien évidemment accompagné d'un champagne hors de prix. Au diable, les repas diététiques à base de tofu, de jus de soja et de germes de blé ! pensa-t-elle. De ce côté, Nathan commençait vraiment à sérieusement l'exaspérer. Et puis elle sentait bien qu'il s'était éloigné d'elle dernièrement. Elle ne savait pas trop s'il y avait une autre femme dans l'histoire, mais elle comptait bien y remédier dès ce soir.

Pour cela, elle avait prévu le grand jeu.

Repas succulent, champagne d'exception et petite lingerie sexy. Avec ça, il ne pourrait pas lui résister. Elle ne l'avait même pas prévenu, pour être tout à fait sûre que la surprise soit totale.

Angelska était tellement occupée à se délecter par avance de cette petite soirée qu'elle ne se rendit même pas compte que la Mercedes ne prenait pas du tout la direction demandée. Ce furent les cahotements du véhicule sur le revêtement défoncé qui la ramenèrent à la réalité. Elle se rendit soudain compte que la voiture avançait lentement dans une sombre petite allée.

Elle sentit une poussée d'adrénaline monter en elle et demanda d'une voix peu assurée :

— Où sommes-nous ? Ce n'est pas du tout l'adresse que je vous avais donnée !

— Désolé, madame. J'ai reçu des ordres.

— Des ordres ? Quels ordres ? fit-elle avec un trémolo dans la voix. De qui ?

— Ca, je ne sais pas. Tout ce que je peux vous dire, c'est que j'ai reçu une jolie liasse de billets pour vous amener ici. Tenez. On y est.

— Je...

— Désolé, madame.

— Je ne descendrai pas.

— Faites comme vous voulez, mais, à mon avis... vous n'avez pas le choix, fit le chauffeur avec un haussement d'épaules.

Il fit un signe vers l'extérieur. Angelska vit une ombre s'approcher de la vitre, puis quelqu'un lui ouvrit la porte de l'extérieur. Son rythme cardiaque s'était totalement emballé et elle commençait à avoir des suées.

— Veuillez me suivre, madame, fit l'homme habillé d'un costume noir pour le moins quelconque.

— Jamais ! Fichez-moi le camp !

— C'est un ordre, madame, fit-il en la prenant par le bras pour l'extraire violemment du véhicule, lui cognant la tête sur la portière au passage. Un peu sonnée, elle vit qu'il y avait un deuxième homme, tapi dans la pénombre de la ruelle. Totalement paniquée, elle essaya de se débattre, mais ne parvint qu'à se tordre la cheville.

— Vous aurez affaire à mon mari, hurla-t-elle, terrifiée.

A ces mots, l'homme la lâcha.

— Votre mari ? demanda-t-il, sur un ton presque amusé.

Angelska vit la voiture repartir et l'abandonner. Elle se savait perdue. Alors, elle répondit d'une voix faible, dans le vague.

— Craig. Nathan Craig, de Futura Genetics.

— Allons, Angelska. Ce n'est pas votre mari.

— Peu importe. Vous aurez affaire à lui.

Malgré l'obscurité et la tempête de neige, Angelska vit que l'homme lui sourit.

— Craig ? Ah ! Si seulement vous saviez... souffla-t-il.

— Quoi ? Si je savais quoi ?

— Oups. J'en ai déjà trop dit.

L'homme fit brusquement un pas vers elle et la projeta en arrière. Elle vola dans un tas de poubelles et roula dans une épaisse couche de neige poudreuse. Tout son corps fut instantanément transi de froid. De la neige s'insinua sous ses vêtements. Elle essaya de se relever, mais le deuxième homme était déjà sur elle, la maintenant fermement au sol, l'empêchant totalement de bouger. Elle vit le premier homme, celui qui l'avait poussé, se pencher sur elle.

Il lui sourit de toutes ses dents.

Tétanisée par la peur et le froid, elle voulut hurler, mais n'émit aucun son. L'homme empoigna un gros paquet de neige puis il le lui plaqua sur la figure. Le froid la brûla et, enfin, elle parvint à hurler. Mais cela eut pour seul effet de laisser s'infiltrer une énorme quantité de neige dans sa gorge. Et l'homme en rajoutait, encore et encore, lui tartinant le visage de neige, la forçant à en avaler d'énormes quantités. Elle n'en revenait pas.

Il était en train de l'étouffer.

Elle essaya de se débattre, mais c'était peine perdue. Très vite elle eut tellement de neige dans la gorge qu'elle ne put plus crier. Elle ne put même plus respirer.

Le deuxième homme la maintint pendant encore quelques instants, tandis que son comparse finissait la sale besogne. Très vite, la jeune femme cessa de bouger. Il la lâcha, vérifia qu'elle ne faisait pas semblant, puis jeta un regard entendu à l'autre homme.

— C'est fini.

— Oui. Allons-nous-en, répondit-il en se secouant les mains de toute cette neige.

— Je n'aime pas cette technique.

— Ah ouais, pourquoi ?

— C'est barbare.

— Tu préfères les armes, peut-être ?

— Oui.

— Pas moi. C'est tellement plus amusant comme ça.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Recommandations

Alexis Van Acker
Des vers, des vers et encore des vers,
Dansent aux Bois-mes-Os, mes os
Semblent une forêt sous vent sévère,
Et tempête tisonne les plus beaux.

Les ornements comptent six parties, dans l'ordre :
- Ode : poème introductif en plusieurs parties (en cours)
- Haïkus qu'elle me réclame : (terminé)
- Haïkus critiques : (terminé)
- Nouveaux haïkus qu'elle me réclame : (terminé)
- Haïkus à la vitre : (en cours)
- Les ornements : poèmes de formes diverses (en cours)

Et sont suivis de deux recueils de vers divers :
- Vrac : (en cours, réunit certains de mes anciens défis)
- Vers glanés : (en cours)

Couverture : My Winnipeg, 2007 (photogramme, détail).
129
110
8
20
Papillon blanc


Une vague brume et puis cette supême dignité
La douleur plane dans l'air comme un puissant sceau
Qui signe la fin et le début...

La brique rouge et ses reflets noirs
l'arrondi et les pierres des pavés rouilles
Les cascades de branches nues, qui dévalent mélancoliquement

La brume qui se meurt
Dans la gravité de l'heure
La foule compacte se presse sur le trottoir
Immobile, anxieuse, parcourue d'un sourd mouvement
Une vague imperceptible,
Comme un frisson qui court
Dans un millier de corps,
En symbiose,
En larmes furtives.

Des silhouettes, ombres noires chapeautées,
Passent dans ce suprême silence
Des élèves à travers le temps,
Dizaines de visages au regard hagard
Sont sortis aux portes,
Ce vaste édifice les a recrachés,
En honneur à la défunte.

D'un coup
La rumeur se meurt.
Elle disparait dans la froideur de cette fin d'Octobre.
Des lumières vagues,
Un halo jaune pale et sale
Passe dans les nuages gris
Alors que le cortège s'engage
Dans la ruelle légendaire

La mort certes
Mais une perpétuité dans le temps
Qui brise les choses
Et s'enfonce dans l'intangible et l'ineffable.

Le convoi moteur éteint
Hommes et femmes inconnus
Et plus poignant que tout,
Le regard reconnait entre tous
La silhouette du directeur presque orphelin
Eblouissant de dignité dans sa douleur

O qu'il est beau ce respect
Cette déférence accordée à la disparue,
Qui fait de toute cette scène
L'accompagnement d'une féminité suprème
Vers sa dernière demeure
Au fin fond de l'Angleterre...

"La voix de mon Bien aimé a frappé,
Elle a voulu cueillir une rose, ma soeur..."
La voix se brise
Et son écho court se perdre dans les ruelles
Pour faire tressaillir les coeurs...
1
0
0
1
Défi
Isabelle Grenouillat

Enfin les vacances, je pars pour les Seychelles demain matin, l’avion part à 10 h, destination soleil, plage, piscine, farniente.
J’ai eu une année dure et fatigante, un boulot de dingue, une histoire sentimentale ratée et des parents âgés et grabataires dont il faut s’occuper tout le temps, avec l’aide heureusement de mon frère.
J’avais réservé une chambre dans un hôtel de moyenne gamme, je m’y plu tout de suite, c’était magnifique.
Cet établissement recevait des personnes de tout âge.
J’ai fait la connaissance de Franck, 45 ans, il était pizzaiolo dans un restaurant parisien. « Je suis ravi de faire votre connaissance » me dit-il, c’était réciproque. Nous avons sympathisé, en tout bien toute honneur. Nous nous promenions ensemble et nous prenions souvent nos repas à la même table.
Trois jours après être arrivés, nous avons aperçu une petite fille sur une balançoire dans l’espace jeux de l’hôtel, elle avait l’air heureux, elle riait. Cela m’a rappelé mon enfance.
Nous aimions essentiellement nous promener sur la plage pour regarder la mer et nager.
Un jour nous avons observé, dessinée sur le sable, une licorne. Je l’ai prise en photo avant que la mer ne la recouvre et l’efface. C’était magique, tellement bien reproduit que l’on aurait dit qu’elle était vivante.
Nous sommes allés aussi au marché faire quelques emplettes, des souvenirs de l’île. Le seul moment où j’ai été effrayée, entre les étals, nous avons aperçu un rat, un gros rat noir, j’ai hurlé et Franck m’a pris dans ses bras pour me rassurer.
Un peu plus tard au coin d’une ruelle, nous avons entendu deux français se disputer, l’un a dit à l’autre « ceci n’a aucun rapport avec Gisèle ». C’était incongru, nous qui étions si loin de la France, de rencontrer des compatriotes en pleine dispute. Nous avons ri mais nous ne saurons jamais le fin mot de l’histoire, peu importe.
Le séjour durait 15 jours pour moi et je suis repartie le cœur plein de souvenirs heureux.

Nous nous sommes échangés nos coordonnées Franck et moi. Il y aura peut être une suite à cette histoire.
3
2
2
1

Vous aimez lire Corentin ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0